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Interview Dante Tomaselli

Par Olivier

 

 

Alors que Dante Tomaselli espère, et nous aussi, une sortie sur grand écran de son troisième film, Satan's Playground (après Desecration et Horror), et ce pour la période d'Halloween, le réalisateur a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.

Puisque cette interview sera reprise par certains sites américains, Dante nous a demandé s'il était possible de mettre également la version originale en ligne. Vous retrouverez donc, ci-dessous, la version française et la version originale de l'interview. Bonne lecture !

Horreur.net : En quelques mots, pourrais-tu nous résumer l’intrigue de Satan’s Playground et nous dire quel type de peur tu as voulu exprimer à travers ce film ?

Dante Tomaselli : C'est l’histoire d’une famille en vacances qui se perd dans les bois, et plus particulièrement dans les Pine Barrens. Les Pine Barrens sont une vaste région sauvage dans le New Jersey que l’on dit être habitée par une créature mythologique.

J’ai voulu décrire dans ce film le Diable du New Jersey comme une force diabolique invisible. Je m’attarde sur une abstraction cauchemardesque de la famille. Une famille innocente, perdue, se retrouve confrontée à une famille dérangée, maléfique. Cette rencontre est à la base du film. Mais c'est plus sur les choses qui vont de pire en pire et sur un monde de cauchemar qui est réalité. La Mort est au tournant… elle se joue de nous en attendant son heure…

D’où te vient cette fascination pour le mystique, l’occulte ? Ton prénom Dante est-il juste une coïncidence ?

J’ai toujours aimé le surnaturel et l’occulte. Je suis très intéressé par l’astrologie, la chiromancie, les expériences extra-corporelles, le spiritisme, le Ouija. Pour ce qui est de mon prénom, mon grand-père s’appelait Dante Ruocco : il est décédé peu de temps avant que je naisse. C'est ce qui arrive en règle générale pour les Scorpions. Mon soleil est en Scorpion dans la première maison.

Il s’agit de ton troisième film. Qu’as-tu appris des précédents et comment cela se ressent-il dans Satan’s Playground ?

Satan’s Playground est pour moi mon film le plus abouti, définitivement. J’ai appris à tourner le max de plans dans la journée sans stresser, parce qu'on sait qu'à la fin ça vaudra le coup et qu’on aura atteint notre but. Avec chaque film, j’appréhende mieux le processus créatif. On n’a jamais fini d’apprendre.

Tes deux premiers films, Desecration et Horror, ont été salués par la presse spécialisée et les fans du genre. Pour ce film, ton budget est plus conséquent (500.000 $). En as-tu ressenti plus de pression pour ce film ou, au contraire, plus de liberté ?

Plus de liberté, sans hésiter. J’avais plus de lumière, une équipe plus importante, avec des vrais pros. J’avais aussi de meilleurs acteurs. Ça aide. Mais c'est toujours la même chose dans le sens où je devais tourner tant de plans dans la journée… Je n’avais qu’un laps de temps limité pour obtenir le résultat que je souhaitais. Cela a permis de maintenir tout le monde en alerte pendant le tournage. Il y avait une tension, une énergie qui était palpable avec tous ces gens qui travaillaient ensemble dans un même but, comme si nous étions tous liés par un même système nerveux.

Satan's Playground est mon nouveau bébé et je trouve que c'est le meilleur que j’ai fait à ce jour. Il ira probablement loin.

Lorsque l’on est fan du genre depuis sa plus tendre enfance et qu’on se retrouve à diriger des acteurs comme Felissa Rose, Ellen Sandweiss et Edwin Neal, qu’est-ce que ça procure comme sensation ?

Beaucoup de plaisir. C'est une expérience dont je garderai toujours de très bons souvenirs. Ce sont des personnages tellement hauts en couleur dans le film. Je n’aurais jamais pu rêver mieux, ils correspondent parfaitement à ce que je m’imaginais alors que j’étais en train d’écrire le scénario.

Felissa Rose est vraiment une actrice spectaculaire, très travailleuse et sincère dans son jeu d’actrice. Nous sommes tous les deux nés en 1969. C'est une fille qui aime la vie et sait profiter du moment présent. Je l’ai vraiment appréciée dans le rôle d’Angela dans Massacre au camp d’été (Sleepaway Camp). Elle a un regard hypnotique et de ces yeux ! Felissa endure tellement d’horreur dans ce film qu’elle offre une performance très forte émotionnellement, quasi athlétique. Beaucoup de larmes !

C'est pareil pour Ellen Sandweiss d’Evil Dead, un de mes films d’horreur préférés. Elle a une beauté délicate, de la classe. C'est une actrice formidable, élégante mais qui en même temps garde les pieds sur terre. Je l’adore. J’aimerais dans le futur l’avoir comme actrice principale dans un film sur les sorcières de Salem. Je l’imagine très bien attachée à un poteau et entourée par les flammes, avec les gens autour psalmodiant : « Brûle sorcière ! »

Edwin Neal quant à lui est un fou, un acteur complètement barré. Ce fut un plaisir de travailler avec lui. Il est très professionnel et c'est vraiment un chic type. Massacre à la tronçonneuse est d’ailleurs aussi un de mes films préférés.

Tu écris les scénarios de tes films. D’où te vient toute cette inspiration ?

J’écris tout ce qui vient de mon subconscient, vraiment tout ce qui vient, sans aucune autocensure. Même si, à la fin, il faut quand même faire du tri. Mon imagination a tendance à partir dans tous les sens. Pour moi, ça commence par une image, un visuel et tout se construit autour de ce point de départ, l’intrigue, l’atmosphère. Tout part d’une image, comme d’une diapo que j’aurais en tête.

A l’instar de John Carpenter, tu composes la musique sur tes films. En quoi est-ce si important pour toi ?

La bande-son, c'est pour moi 50 % du produit final. J’adore m’en occuper. J’ai une immense bibliothèque de sons que je travaille à partir d’Audio Paint. J’achète également des compositions d’autres musiciens que je mixe aux miennes. J’essaie d’attraper tout ce qui passe à ma portée. J’apprends en permanence sur les tonalités, les nappes de claviers et les atmosphères musicales. Il arrive souvent que les sons que j’écoute ou que je crée inspirent mes films. Je suis accro aux sons. J’adore les décortiquer. Ils sont indissociables de mes films. Je pense que les spectateurs devraient goûter les couleurs et toucher les sons. Un film devrait être hallucinogène.

Et après Satan’s Playground, des projets ?

C'est maintenant décidé : The Ocean sera mon prochain film. Je ne veux pas donner trop de détails pour le moment mais ce que je peux te dire, c'est qu’il y sera question d’une femme hantée par la mort par noyade de son mari et de son fils. C'est une histoire d’horreur « familiale » avec une toile de fond apocalyptique.

J’envisage également de réaliser une séquelle au film Communion sanglante (Alice, Sweet Alice) (ndr : réalisé par son cousin Alfred Sole en 1976).

Est-ce que tu dirais qu’il y a un renouveau du film de genre aujourd'hui ?

J’ai tendance à vivre dans mon monde, je pourrais difficilement dire quoi que ce soit sur les tendances actuelles. Je suis resté bloqué dans le passé, c'est-à-dire 1987 et les années antérieures. Je ne regarde pas vraiment tant que ça les films d’horreur récents.

Je me réjouis qu’il y ait une supposée renaissance. J’espère en faire partie.

L’intégrisme religieux est une véritable menace. Nous vivons dans une époque dangereuse et qui fait peur. On se croirait parfois de retour au Moyen-Age. Je vois des corps démembrés, des personnes en sang. Je préférerais ne pas voir tout ça, mais je les vois.

Je pense que les artistes à travers le monde ressentent cette intensité particulière, ce danger qu’il y a dans l’air. Les réalisateurs de films d’horreur ressentent plus particulièrement cette sensation d’urgence, de violence émotionnelle.

Mais en regardant l’état actuel de l’horreur, il ne faut pas se voiler la face : Hollywood nous présente toujours sa propre conception de l’horreur, une horreur aseptisée, une horreur McDonald. C'est ce qui domine aujourd'hui. Ce qui m’intéresse, c'est l’originalité, ce qui est unique. Je reste pour ma part un fidèle défenseur du surréalisme et des films d’horreur cultes des années 1970 et 1980.

Et si vous voulez en savoir un peu plus sur Dante Tomaselli, n'hésitez pas à consulter ici le dossier que nous lui avions déjà consacré.

VERSION ORIGINALE

Horreur.net : In a few words, could you summarize Satan’s Playground plot and which kind of fear did you want to express through that movie ?

Dante Tomaselli :It's about a vacationing family lost in the woods, specifically the Pine Barrens, which is a vast region of land in New Jersey rumored to be home of a mythological creature. I portrayed the Jersey Devil as an evil, invisible force. The focus is on the nightmarish abstraction of family. In Satan's Playground, the lost innocent family comes upon a deranged, malefic family. It is this encounter that is the basis of the movie. But it's more about things getting worse and worse and a nightmare world is all that exists. Death is right around the corner...playing...bidding its time.

Satan’s Playground is first and foremost a horror movie. Though it looks less mystical than Desecration and Horror, Satan is still there. Where does your fascination for religion and the occult come from ? Is your name Dante just a coincidence ?

Oh, Satan's Playground is mystical. I have always loved the supernatural. I enjoy the darkness. My grandfather's name was Dante Ruocco. Around the time he died, I was born. That's what usually happens to a Scorpio. I'm very interested in astrology, palmistry, out-of-body experiences, seances, Ouija Boards, all aspects of the occult. My Sun is in Scorpio in the First House.

It is your third feature. What did you learn from your first 2 movies and how did it affect Satan's Playground ?

I feel Satan's Playground is my most polished film, definitely. I learned how to squeeze in many shots per day with a cool head and an eye on the prize. I understand the process better with each film; I'm always learning...

Your first two features have been acclaimed by the horror press and community. For Satan’s Playground, you got a 500.000 $ budget. As a consequence did you feel more pressure on your shoulders than for your previous works or, on the contrary, more freedom ?

More freedom, definitely. I had more lights, bigger crew. Some high-tech cranes. Better actors. That helped. But it's still the same in the sense that I have to squeeze in so many shots in per day. It goes at such a fast pace. I only have a certain amount of time allotted to get it right. That keeps everyone on their toes, very alert. I don't sleep during shooting but I'm constantly visualizing what will be next. There's a tension, it's palpable, an energy, so many people all working together with the same goal. It's like a giant nerve-net. Satan's Playground is my new baby. I feel he is my favorite child. I hope he'll go far eventually.

What was it like working with Felissa Rose, Ellen Sandweiss and Edwin Neal?

A lot of fun; an experience I will always cherish. They're such colorful characters in the film, very dreamlike, exactly what I was visualizing when I wrote the script. Felissa Rose is really a spectacular actress, very hard working and earnest. I love her. We were both born in 1969. She lives in the moment -- very real. I enjoyed her so much as "Angela" in Sleepaway Camp. That hypnotic stare. Those eyes! Felissa goes through so much terror in the this film; she gives an athletic, emotionally charged performance. Lots of crying! So does Ellen Sandweiss, from The Evil Dead, one of my favorite movies all of time. Ellen has a delicate, classy beauty. She's a terrific actress, elegant and down-to-earth at the same time; I just love her. I want Ellen to star in a Salem Witch movie I will direct at some point in the future. I can clearly see her tied to a pole with fire all around her and people chanting, "Burn the Witch." Edwin Neal is wild...totally unhinged as an actor. He was a pleasure to work with, very professional, a good guy. The Texax Chainsaw Massacre is also one of my favorite horror movies of all time.

You write the script for your movies. Where does your inspiration come from ? What are your main influences ? When you are writing, are you thinking as a writer or as a director ?

I just write straight from my subconscious. Whatever comes out -- comes out. I don't censor myself. Although in the end, it's all about peeling back the layers and paring it down. My imagination tends to go wild. For me, it starts with an image, a visual, and then everything forms around that -- the plot, the atmosphere. It all goes back to a picture, like a slide in my mind.

Like John Carpenter, you compose the music and sound effects of your movies : how much important is it for you ?

My soundtrack is 50% of the film's equation. I love designing and scoring the soundtrack.

I have a huge library of sounds and I use them as Audio Paint. I also buy musical compositions by other composers to use in my palette. I want to grab everything. I'm constantly listening to tones, synth pads, atmospherics. Many times sounds that I listen to and create inspire my films. I'm addicted to sounds. I love layering them. They are completely entwined with my films. I think the audience should taste color and touch sound. A movie should be hallucinogenic.

Could you tell us more about your next movies ? The Ocean but also the sequel to your cousin's 1978 chiller, Alice, Sweet Alice ?

Alice, Sweet Alice 2 is on the horizon. The Ocean is definitely next. I really don't want to give away too many details but I can say that it involves a woman haunted by the drowning deaths of her husband and son. She inherits a mansion overlooking the crashing surf. It's a "family" horror movie with apocalyptic undercurrents.

Would you say that there is today a renewal of the genre ?

I am in my own fog. I can't really comment on trends. I'm stuck in the past...horror movies from 1987 and under. I really don't watch modern horror movies that much. I'm glad there is supposed to renaissance happening. I hope that I'm a part of it. Religious conservatism is threatening to take over. It's a scary, dangerous time, almost like the Dark Ages in a way, all over again. I do see body parts and bleeding people. I wish I didn't. But I do. Artists all around the world are feeling a particular intensity, I believe. There seems to be danger in the air...Horror filmmakers, especially are feeling a sense of urgency, an emotional violence. But regarding the state of horror -- let's face it - Hollywood still presents its own McDonalds Horror. That is what really dominates. I enjoy originality, something genuinely unique. I stand for surrealism and cult horror.

Propos recueillis par Olivier

 

 

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