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La nuit des courts-vivants (8 avril 2004, Paris) : Graines de stars

Par Olivier

 

 

Après avoir interviewé David Frécinaux et François Descraques pour leur premier long-métrage, Carceral, qu’ils tourneront au mois d’août (article à paraître prochainement sur Horreur.net), l’équipe du site a été conviée à la nuit des courts-vivants, organisée pour fêter les 4 ans de l’association TNT.
Tout d’abord, un petit peu d’histoire : créée il y a 4 ans donc, et présidée jusqu'à cette année par David Frécinaux, l’association TNT (That’s New Talent) a pour ambition de réunir de jeunes réalisateurs, acteurs, scénaristes, d’abord passionnés de cinéma, des graines de star qui n’attendaient qu’un milieu propice pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
J’entends déjà les réticences de certains d’entre vous qui craignent un sempiternel cinéma d’auteur à la française, sûr de lui, pompeux et nombriliste. Eh bien rassurez-vous : cela n’est pas le cas. Et l'association TNT affiche clairement la couleur. Sa ligne éditoriale : le cinéma de divertissement et de genre, et je cite, « sans prise de tête ». Cela est suffisamment rare et rafraîchissant pour être souligné. Et attention, un cinéma sans prise de tête ne signifie pas un cinéma de piètre qualité : c'est pourtant ce qu’ont dû mal à comprendre les cinéastes français. Ah, une bonne série B à la française ! Tout le monde en a rêvé mais tout le monde l’attend encore…

Mais revenons à notre soirée. Malgré les tentatives de la CIA qui diffusa de fausses alertes à la bombe et fit arrêter certaines lignes de RER et métro, c'est devant une salle comble que les 10 courts-métrages furent présentés.
Mis à part quelques grincheux qui croyaient être venus voir du film d’auteur, c'est devant un public essentiellement jeune et curieux que les courts furent diffusés. Et il y en avait pour tous les goûts : de la comédie familiale Perpète au drame sentimental Je t’aime, lui non plus en passant par Les chroniques de l’étrange et le déjanté Ze Boys Band. Le seul point commun entre presque tous ces courts est sans doute la présence de Jérôme Tomray qui, même s’il n’aime pas qu’on le dise, est l’acteur incontournable de TNT.

Exception faite du sans doute un peu trop long Women In Black, qui a découragé certains spectateurs, j’ai passé une très agréable soirée. Il ne s’agit pas ici de critiquer ces films à l’aulne de productions et réalisateurs établis, mais, au-delà des imperfections, de se réjouir qu’à l’heure du conformisme et des produits standardisés et en manque d’inspiration, des cinéastes amateurs continuent de faire des films avec l’enthousiasme des pionniers. Et lorsqu’ils n’ont pas de moyens ni d’acteurs d’Hollywood, que reste-t-il à ces passionnés de cinéma pour attirer l’attention du spectateur ? L’imagination et l’originalité dans les scénarios, les plans… Et souvent cela fait mouche.

Parmi ces films, certains intéresseront plus particulièrement les fans de fantastique, d’horreur et de série B, notamment : Les chroniques de l’étrange et Enragée. Rencontre avec les réalisateurs.

Après Ghostbastards, dans lequel un concierge portugais finissait par devenir un monstre à force de se couvrir de plus en plus de poils à chaque fois que l’on salissait son parquet, dans ce nouvel épisode, Innocence, nos deux acolytes (alcooliques ?), Bob Robert et Manu (ndr : des amis de lycée du réalisateur), vont être confrontés à des vampires. Au programme, du pur divertissement à la Sam Raimi ou à la Peter Jackson, sans le sang ni les boyaux mais avec une fin, parsemée de meurtres d’enfants (bon, d’accord, ce sont des vampires, mais toute de même) assez surprenante, d’autant que c’est le frère du réalisateur (mais où va la jeunesse ? je vous le demande).

Au début d’Innocence, il y a des mouvements de caméra qui rappellent ceux de Sam Raimi ? Ce réalisateur fait-il partie de tes influences ?

François Descraques : Tout à fait. Dans le genre, mes deux plus grandes influences sont Sam Raimi et Peter Jackson. J’aime leur côté outrancier et j’admire leur capacité à réaliser des films avec des bouts de ficelle qui ont pourtant marqué pour toujours l’histoire du cinéma de genre. Leurs films font partie de mes films de chevet. De même que, dans un genre différent, Ghostbusters qui m’a fasciné lorsque j’étais enfant et que je continue à regarder avec énormément de plaisir.

Ce deuxième épisode des Chroniques est, comme le premier, axé sur une bonne dose de second degré. De toute façon, vu les deux protagonistes, Bob Robert et Manu, il est difficile de faire autrement…

FD : Oui. Je pense que, pour chaque génération, il y a deux types de cinéastes. Il y a ceux qui rêvent de faire du cinéma depuis tout petit et ceux qui veulent en faire vers les 20 ans après avoir été touchés par des films au contenu un peu plus sérieux. Cela se ressent dans les films qu’ils font. J’appartiens à la première catégorie.
Cela ne veut pas dire pour autant que mes courts sont des parodies du genre. Je respecte profondément les films d’horreur et les séries B. D’ailleurs, je ne pense pas que l’on puisse faire porter un film que sur une succession de gags. Il faut aussi qu’il y ait une histoire qui interpelle les gens. C'est pourquoi dans Innocence, j’ai tenu aussi à raconter une vraie histoire que les gags, nombreux il est vrai, ne viennent qu’agrémenter.

En matière de lecture, es-tu aussi porté sur tout ce qui est horreur ?

FD : J’ai dû lire quasiment tous les Stephen King. J’apprécie beaucoup également un écrivain comme Neil Gaiman qui officie dans le fantastique et dont les droits pour plusieurs de ces livres ont déjà été achetés pour des adaptions cinématographiques. Mon père, étant fan de SF, je suis tombé dedans tout petit et je suis aussi un très grand fan de SF, notamment de Philip K. Dick, dont les adaptations au cinéma, mis à part Blade Runner et Minority Report, n’ont malheureusement jamais été à la hauteur. J’aime aussi beaucoup les mangas.

Est-ce que tu travailles actuellement sur un autre épisode des Chroniques ?

FD : Oui. Le tournage est prévu pour dans 15 jours. Le titre est Résonance. Cette fois-ci, nos deux héros devront faire face à un studio d’enregistrement hanté. On fait dans le minimaliste car on n’avait pas de maison sous la main. A travers tous ces épisodes, je cherche à créer un lien entre Bob, Manu et les spectateurs. Il est vrai que mes personnages sont un peu stéréotypés, mais je trouve que, sans tomber dans l’excès, ils en sont d'autant plus attachants.

Passons maintenant à Enragée avec une femme qu’il vaut mieux ne pas titiller avant qu’elle ait pris son café. Rencontre avec Frédéric Gros et Sabrina Kerrar, les réalisateurs qui font la pair depuis 5 ans.

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire du cinéma ? Est-ce le cinéma en général ou est-ce un genre en particulier ?

Frédéric Gros : En fait, je suis un fou de cinéma depuis que je suis tout gamin, grâce à mes parents. Le déclic – l’instant où je me suis dit que j’allais en faire ma vie – c’est en 1992 lorsque j’ai vu A toute épreuve de John Woo. Mais à la différence de Sabrina, qui est plus ouverte, je suis un fanatique du film de genre.
En matière d’horreur, j’adore le gore vraiment gore ou alors, en matière de fantastique, ce qui est vraiment terrifiant, et donc notamment les films asiatiques et espagnols, dont Darkness dernièrement que j’ai particulièrement apprécié.

Quelles sont vos plus grandes influences ?

Sabrina Kerrar : Sans conteste, John Woo. Mais seulement ces premiers : A toute épreuve, The Killer, Volte-Face. Des films, comme Paycheck, ne sont pas des mauvais films mais ce sont de mauvais John Woo.

Vos autres courts avant Enragée s’inscrivaient dans le même genre ?

FG : Oui et non. On a réalisé une série, Z de chez Z avec Célophane, une fausse pub, mais aussi deux autres courts, dont l’un faussement fantastique, mais qui évoluaient dans le milieu du polar et de la mafia.

Qu’est-ce qui vous a motivé pour faire un court comme Enragée ?

SK : Ce qui est plaisant dans le fantastique, c’est de créer une ambiance et on a retrouvé ces éléments dans le scénario. On a même souhaité aller plus loin dans la mise en place de cette ambiance en incluant cette référence explicite à L’Exorciste (ndr : une scène particulièrement réussie).
Ce film est aussi une référence aux Contes de la Crypte avec la présence d’un narrateur mais, faute de moyens et faute de temps, ce clin d’œil ne ressort pas aussi bien que nous l’aurions souhaité.

Des projets ?

FG : Oui, on tourne un clip pour le chanteur Nemo dans les semaines qui viennent et, pendant les grandes vacances, on envisage de réaliser un bon film d’action. On te tiendra informer.

Décidément, notre beau pays fourmille de projets et de petits jeunes talentueux…

 

 

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