Après avoir interviewé David
Frécinaux et François
Descraques pour leur premier
long-métrage, Carceral,
qu’ils tourneront au mois d’août (article à paraître
prochainement sur Horreur.net), l’équipe du site a été
conviée à la nuit des courts-vivants, organisée pour fêter
les 4 ans de l’association TNT.
Tout d’abord, un petit peu d’histoire : créée il y a
4 ans donc, et présidée jusqu'à cette année par David
Frécinaux, l’association
TNT
(That’s New Talent) a pour ambition de réunir de jeunes
réalisateurs, acteurs, scénaristes, d’abord passionnés de
cinéma, des graines de star qui n’attendaient qu’un milieu
propice pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
J’entends déjà les réticences de certains d’entre vous qui
craignent un sempiternel cinéma d’auteur à la française,
sûr de lui, pompeux et nombriliste. Eh bien
rassurez-vous : cela n’est pas le cas. Et
l'association TNT affiche clairement la couleur. Sa ligne
éditoriale : le cinéma de divertissement et de genre,
et je cite, « sans prise de tête ». Cela
est suffisamment rare et rafraîchissant pour être
souligné. Et attention, un cinéma sans prise de tête ne
signifie pas un cinéma de piètre qualité : c'est
pourtant ce qu’ont dû mal à comprendre les cinéastes
français. Ah, une bonne série B à la française ! Tout
le monde en a rêvé mais tout le monde l’attend encore…
Mais revenons à notre soirée. Malgré les tentatives de la
CIA qui diffusa de fausses alertes à la bombe et fit
arrêter certaines lignes de RER et métro, c'est devant une
salle comble que les 10 courts-métrages furent
présentés.
Mis à part quelques grincheux qui croyaient être venus
voir du film d’auteur, c'est devant un public
essentiellement jeune et curieux que les courts furent
diffusés. Et il y en avait pour tous les goûts : de
la comédie familiale Perpète au drame sentimental
Je t’aime, lui non plus en passant par Les
chroniques de l’étrange et le déjanté
Ze Boys
Band. Le seul point commun
entre presque tous ces courts est sans doute la présence
de Jérôme Tomray qui, même
s’il n’aime pas qu’on le dise, est l’acteur incontournable
de TNT.
Exception faite du sans doute un peu trop long
Women In Black,
qui a découragé certains spectateurs, j’ai passé une très
agréable soirée. Il ne s’agit pas ici de critiquer ces
films à l’aulne de productions et réalisateurs établis,
mais, au-delà des imperfections, de se réjouir qu’à
l’heure du conformisme et des produits standardisés et en
manque d’inspiration, des cinéastes amateurs continuent de
faire des films avec l’enthousiasme des pionniers. Et
lorsqu’ils n’ont pas de moyens ni d’acteurs d’Hollywood,
que reste-t-il à ces passionnés de cinéma pour attirer
l’attention du spectateur ? L’imagination et
l’originalité dans les scénarios, les plans… Et souvent
cela fait mouche.
Parmi ces films, certains intéresseront plus
particulièrement les fans de fantastique, d’horreur et de
série B, notamment : Les chroniques de
l’étrange et Enragée. Rencontre avec les
réalisateurs.
Après Ghostbastards,
dans lequel un concierge portugais finissait par devenir
un monstre à force de se couvrir de plus en plus de poils
à chaque fois que l’on salissait son parquet, dans ce
nouvel épisode, Innocence, nos deux acolytes
(alcooliques ?), Bob Robert et Manu
(ndr : des amis de lycée
du réalisateur), vont être confrontés à des vampires. Au
programme, du pur divertissement à la Sam
Raimi ou à la Peter Jackson,
sans le sang ni les boyaux mais avec une fin, parsemée de
meurtres d’enfants (bon, d’accord, ce sont des vampires,
mais toute de même) assez surprenante, d’autant que c’est
le frère du réalisateur (mais où va la jeunesse ? je
vous le demande).
Au début d’Innocence, il y a des mouvements de caméra
qui rappellent ceux de Sam
Raimi ? Ce réalisateur
fait-il partie de tes influences ?
François Descraques :
Tout à fait. Dans le genre, mes
deux plus grandes influences sont Sam
Raimi et Peter Jackson. J’aime
leur côté outrancier et j’admire leur capacité à réaliser
des films avec des bouts de ficelle qui ont pourtant
marqué pour toujours l’histoire du cinéma de genre. Leurs
films font partie de mes films de chevet. De même que,
dans un genre différent,
Ghostbusters qui m’a
fasciné lorsque j’étais enfant et que je continue à
regarder avec énormément de plaisir.
Ce deuxième épisode des Chroniques est, comme le premier,
axé sur une bonne dose de second degré. De toute façon, vu
les deux protagonistes, Bob Robert et Manu, il est
difficile de faire autrement…
FD : Oui. Je pense que, pour chaque génération, il y
a deux types de cinéastes. Il y a ceux qui rêvent de faire
du cinéma depuis tout petit et ceux qui veulent en faire
vers les 20 ans après avoir été touchés par des films au
contenu un peu plus sérieux. Cela se ressent dans les
films qu’ils font. J’appartiens à la première
catégorie.
Cela ne veut pas dire pour autant que mes courts sont des
parodies du genre. Je respecte profondément les films
d’horreur et les séries B. D’ailleurs, je ne pense pas que
l’on puisse faire porter un film que sur une succession de
gags. Il faut aussi qu’il y ait une histoire qui
interpelle les gens. C'est pourquoi dans Innocence,
j’ai tenu aussi à raconter une vraie histoire que les
gags, nombreux il est vrai, ne viennent qu’agrémenter.
En matière de lecture, es-tu aussi porté sur tout ce
qui est horreur ?
FD : J’ai dû lire quasiment tous les Stephen King.
J’apprécie beaucoup également un écrivain comme Neil
Gaiman qui officie dans le
fantastique et dont les droits pour plusieurs de ces
livres ont déjà été achetés pour des adaptions
cinématographiques. Mon père, étant fan de SF, je suis
tombé dedans tout petit et je suis aussi un très grand fan
de SF, notamment de Philip K.
Dick, dont les adaptations au cinéma, mis à part
Blade
Runner et
Minority Report,
n’ont malheureusement jamais été à la hauteur.
J’aime aussi beaucoup les mangas.
Est-ce que tu travailles actuellement sur un autre
épisode des Chroniques ?
FD : Oui. Le tournage est prévu pour dans 15 jours.
Le titre est Résonance. Cette fois-ci, nos deux
héros devront faire face à un studio d’enregistrement
hanté. On fait dans le minimaliste car on n’avait pas de
maison sous la main. A travers tous ces épisodes, je cherche à créer un lien
entre Bob, Manu et les spectateurs. Il est vrai que mes
personnages sont un peu stéréotypés, mais je trouve que,
sans tomber dans l’excès, ils en sont d'autant plus
attachants.
Passons maintenant à Enragée avec une femme qu’il
vaut mieux ne pas titiller avant qu’elle ait pris son
café. Rencontre avec Frédéric Gros et Sabrina
Kerrar, les réalisateurs qui
font la pair depuis 5 ans.
Qu’est-ce qui vous a poussé
à faire du cinéma ? Est-ce le cinéma en général ou
est-ce un genre en particulier ?
Frédéric Gros : En fait, je suis un fou de cinéma
depuis que je suis tout gamin, grâce à mes parents. Le
déclic – l’instant où je me suis dit que j’allais en faire
ma vie – c’est en 1992 lorsque j’ai vu A toute
épreuve de John Woo. Mais
à la différence de Sabrina, qui est plus ouverte, je suis
un fanatique du film de genre.
En matière d’horreur, j’adore le gore vraiment gore ou
alors, en matière de fantastique, ce qui est vraiment
terrifiant, et donc notamment les films asiatiques et
espagnols, dont
Darkness dernièrement
que j’ai particulièrement apprécié.
Quelles sont vos plus grandes influences ?
Sabrina Kerrar : Sans
conteste, John Woo. Mais
seulement ces premiers : A toute épreuve,
The Killer,
Volte-Face. Des films, comme
Paycheck, ne sont pas
des mauvais films mais ce sont de mauvais John
Woo.
Vos autres courts avant Enragée s’inscrivaient dans le
même genre ?
FG : Oui et non. On a réalisé une série, Z de chez Z
avec Célophane, une
fausse pub, mais aussi deux autres courts, dont l’un
faussement fantastique, mais qui évoluaient dans le milieu
du polar et de la mafia.
Qu’est-ce qui vous a motivé
pour faire un court comme Enragée ?
SK : Ce qui est plaisant dans le fantastique, c’est
de créer une ambiance et on a retrouvé ces éléments dans
le scénario. On a même souhaité aller plus loin dans la
mise en place de cette ambiance en incluant cette
référence explicite à
L’Exorciste
(ndr : une scène
particulièrement réussie).
Ce film est aussi une référence aux Contes de la
Crypte avec la présence d’un narrateur mais, faute de
moyens et faute de temps, ce clin d’œil ne ressort pas
aussi bien que nous l’aurions souhaité.
Des projets ?
FG : Oui, on tourne un clip pour le chanteur
Nemo dans les semaines qui
viennent et, pendant les grandes vacances, on envisage de
réaliser un bon film d’action. On te tiendra informer.