La légendaire tueuse Elektra a pour mission de liquider ses nouveaux voisins, Mark Miller et sa fille Abby, que poursuit la puissante et maléfique organisation "La Main" pour de mystèrieuses raisons. Mais en les cotoyant, la solitaire Elektra s'y attache. Au moment d'agir, la tueuse se retourne contre ses commanditaires et décide de sauver ses proies...
On pouvait attendre beaucoup de Elektra, parce que le film donnait l’occasion de rattraper le triste Daredevil en développant le personnage d’Elektra (moche et insupportable dans le film précédent) via un spin off, et parce qu’il était réalisé par Rob Bowman, un des meilleur artisan de la série X-Files et réalisateur des très efficaces et surprenants X-files, le film et Le règne du feu. De plus, les superbes affiches et la bande annonce étaient prometteuses.
La courte durée du film (1 :30, étonnant pour un blockbuster) à ses avantages et ses défauts : on ne s’ennuie pas une seconde, ça passe vite et les événements s’enchaînent sans temps morts (le manque de rythme était déjà un défaut de Daredevil). Mais du coup, les personnages secondaires ne sont pas développés (comme dans Daredevil). Je pense notamment à cette belle brochette de méchants classes, la bande à Kirigi. Hormis Kirigi et Tatoo (deux personnages esthétiquement très réussis), les personnages et leur pouvoir sont bien peu exploités. On regrette aussi que les personnages de Cary-Hiroyuki Tagawa et de Terence Stamp n’aient pas plus de présence à l’écran, malgré leur importance. Celui de Goran Visnjic est creux, celui de la gamine insupportable…
Et Elektra Natchios, dans tout ça ? Bien plus attachante que dans le film avec Ben Affleck, elle se révèle même étonnante au début par sa froideur et son antipathie. Un personnage blessé, impitoyable et solitaire, qui va bien sûr gagner en humanité à cause de cette foutue gamine (amitié, etc.), cette dernière étant quand même la clé de l’histoire. Un personnage fatal (comme le montre la scène d’intro) et esthétiquement bien moins ridicule que dans Daredevil (ou Jennifer Garner y étais enlaidie comme jamais). Hélas, pour traduire la psychologie et le passé de ce personnage, le film est parsemé de flashbacks et de cauchemars, séquences lassantes et encombrantes qui cassent le rythme du film et qui atteignent parfois le ridicule (quand Terence Stamp, lors d’un flashback, lance à Elektra un « Connaît tu la voie ? », on se croirait dans un Jean-Claude Van Damme). Ceux qui s’attendent à un film vraiment fidèle au comics risquent de grincer des dents…
L’histoire est franchement inintéressante et linéaire. Le film surfe sur la vague des films d’arts martiaux, on a donc le droit à beaucoup de clichés du genre : Terence Stamp en vieil entraîneur sage (on l’attendais d’ailleurs plutôt en méchant), le petit scarabée Elektra, les ralentis, un combat dans la forêt, les tueurs de l’Organisation La Main, des ninjas, des shurikens, etc…Elektra propose quand même quelques bonnes scènes d’action, comme le combat final entre Elektra et Kirigi. Ces scènes d’action n’ont rien d’exceptionnelles, mais elles ont le mérite d’être fun et bien illustrées (on en attendais pas moins de la part de Rob Bowman), bien que trop courtes. Tout comme les effets spéciaux, corrects (en particulier les animations du tatouage de Tatoo) et pas encombrants. Ce blockbuster possède un petit coté série B (voir même série tout court) appréciable, un certain kitch de luxe.
Quand aux acteurs, ils n’offrent que le plaisir de leur présence physique. Jennifer Garner gagne en charisme ce qu’elle perd en expression (elle tire toujours un peu la même tronche), Goran Visnjic est inutile, et on a plaisir à retrouver Cary-Hiroyuki Tagawa (on avait pas de nouvelles de lui depuis La planète des singes de Burton), Jason Isaac (dans un rôle sympathique) et Terence Stamp, même pour de rares apparitions. La bonne surprise vient de Will Yun Lee (Meurs un autre jour), dans le rôle de Kirigi, impitoyable et puissant méchant. Le casting est donc plaisant, mais on aurait aimé que les personnages soient plus aboutis pour donner l’occasion aux acteurs de faire un peu plus leurs preuves.
Elektra ressemble donc plus à un film qu’à un long clip vidéo comme l’était Daredevil. On a aussi un vrai score et non de la musique pour jeunes. Le film de Rob Bowman, bien qu’opportuniste, se révèle sympa, bien joli (belle photo, look des persos...) et distrayant, malgré ses nombreux défauts. Au final, Elektra est à la fois une déception et un spectacle agréable.