De la bédé culte signée Moore et O'Neill, Hollywood a tiré un film... hollywoodien ! Une déception pour les fans, mais du grand spectacle qui en donne pour son argent.
Horreur.net - Critique de Ligue des Gentlemen Extraordinaires, La (2003)
Critique de Gillou
L'histoire:
Nous sommes à la fin du 19ème siècle. Le mystérieux Phantom, un criminel possédant une petite armée provoque un incident diplomatique entre l’Angleterre et l’Allemagne. La guerre couve. M, un agent de sa gracieuse majesté réunit un groupe de personnages aux talents peu ordinaires : le mythique Allan Quatermain qui prenait une retraite paisible en Afrique, Mina Harker qui a été la victime d’un certain comte transylvanien aux longues canines, le Capitaine Nemo pirate des océans, le docteur Henri Jekyll qui a une fâcheuse tendance à se transformer en un criminel à la force surhumaine et enfin Hawley Griffin qui a trouvé le moyen de devenir définitivement invisible. Ils seront rejoints par un certain Dorian Gray qui a la particularité d’être immortel et un agent des services secrets américains nommé Tom Sawyer ! Tous vont devoir découvrir qui est le Phantom et déjouer ses plans destructeurs. Ce qui évidemment ne sera pas simple.
Petit historique. La Ligue des Gentlemen Extraordinaires est à l’origine une bande dessinée écrite par Alan Moore (V pour Vendetta, Les Gardiens, From Hell) et dessinée par Kevin O’Neill. Une œuvre incroyablement riche, bourrée de rebondissements, d’une ironie grinçante et dont le pitch avait de quoi faire saliver n’importe quel studio d’Hollywood : réunir des personnages de fiction entrés dans le panthéon de la littérature fantastique pour sauver le monde, rien que ça ! Le problème est que ce chef-d’œuvre est si riche qu’il est presque impossible à adapter fidèlement.
Et comme on pouvait s’y attendre le film ne reprend que les grandes lignes de la bande dessinée. Après un prologue percutant qui nous présente la menace représentée par le Phantom vient la traditionnelle réunion des divers protagonistes. La suite sera une course poursuite entre les héros et le méchant. Le scénario est donc assez banal dans sa construction. Dommage. Et puis tous les personnages ne sont pas logés à la même enseigne. Si Allan Quatermain est forcément le gentleman le plus important (avec Sean Connery, c’est logique) certains comme l’homme invisible ou Tom Sawyer sont très superficiels et surtout dénués de tout passé qui pourrait les rendre attachants. Heureusement d’autres personnages sont bien plus intéressants, Mina Harker évidemment et surtout Jekyll-Hyde dont la dualité est très bien rendue par le jeu des miroirs. Et le look de Hyde est assez incroyable, très loin de tout ce qu’on a vu jusqu’à maintenant.
Si le scénario est donc décevant, le film est mené tambour battant ! On ne s’ennuie pas une seconde devant cet enchaînement de moments forts et de morceaux de bravoure. Les effets spéciaux sont très réussis (la destruction de Venise, Mister Hyde) et les décors sont imposants (le Nautilus, le repaire du Phantom). Mais La Ligue des Gentlemen Extraordinaires n’est heureusement pas qu’une suite de scènes visuellement sublimes. La relation entre Mina Harker et Dorian Gray est assez troublante, et les sentiments quasi-paternels qu’éprouve Quatermain envers Sawyer donnent lieu à de belles scènes, surtout dans le final.
Ajoutons à cela une mise en scène efficace et une belle photographie et on obtient un film d’aventure tout à fait recommandable, sauf peut-être pour les fans purs et durs de la bande dessinée.
En résumé:
De la bédé culte signée Moore et O'Neill, Hollywood a tiré un film... hollywoodien ! Une déception pour les fans, mais du grand spectacle qui en donne pour son argent.
Note du rédacteur: 6/10
Note moyenne de la rédaction : 5.25/10