Dead Zone a beau être une œuvre de commande (Cronenberg ne s’en cache pas) et une adaptation d’un roman de Stephen King, il n’en reste pas moins un film propre à son cinéaste. Celui-ci laisse de coté l’horreur biologique pour se concentrer sur l’horreur mentale, en prenant en compte que son film doit quand même viser un assez large public. Certes moins violent et plus abordable que la plupart de ses autres films, Dead Zone n’en demeure pas moins dérangeant, tout en horreur contenue.
Alors qu’on attendait un simple film d’horreur, Cronenberg a réalisé avec Dead Zone un drame axé sur un personnage devenu médium à la suite d’un accident (les accidents et la science fascinent toujours autant le cinéaste) et qui ne sait pas si son pouvoir est un don ou une malédiction. Le cinéaste analyse sa condition de « monstre » (les « monstres humains » sont au cœur du cinéma de Cronenberg) et l’intrigue ne démarre vraiment que dans la dernière partie du film. L’aspect fantastique, le cinéaste s’en moque. C’est plus un film de Cronenberg qu’une adaptation de Stephen King (le film s’éloigne d’ailleurs radicalement du roman).
Mais drame ne veut pas dire film ennuyeux, loin de là. Dead Zone est un suspense angoissant, parfois terrifiant dans les visions fulgurantes du personnage, et très prenant (avec différentes sous intrigues autour du personnage et de ses visions). La réalisation simple et efficace prouve que le cinéaste est tout entièrement voué à son sujet, plus qu’à de quelconques effets de style ou autres effets tape à l’œil. L’épuration formelle est au service d’une histoire profonde.
Christopher Walken, habité par la souffrance du personnage, est magnifique et porte une bonne partie du film sur ses épaules. On peut trouver que certains aspects du film aient vieilli (c’était il y a 21 ans, quand même) ou que Martin Sheen en fasse trop dans le rôle de ce sénateur fourbe (la politique est d’ailleurs assez caricaturée), mais ça n’entache pas la forte portée de ce film et l’émotion qui s’en dégage. La musique désespérée de Michael Kamen est encore une fois excellente et finalement assez proche d’un score de Howard Shore, le compositeur attitré de Cronenberg. Moins viscéral que l’ensemble de l’œuvre (passionante et cohérente) du cinéaste, mais plus touchant, on en ressort pensif et mélancolique…
Stephen King, ce nom vous dit quelque chose ? Oui, j'en suis sûr. Non ? Mais si voyons : Carrie, Cujo, Christine, ça, Maximum Overdrive, Creepshow, Dreamcatcher, La Ligne Verte ... tous ces films sont tirés de romans ou de nouvelles de cet écrivain. Dead Zone fait partie des "bons" films qui ont été tirés des écrits du "King".
Johnny Smith (Christopher Walken) est un professeur de fac sans histoire qui vit une idylle parfaite avec Sarah Bracknell (Brooke Adams), enseignante elle aussi. Mais un soir, alors que Johnny refuse l'invitation de Sarah à passer la soirée chez elle, il est victime d'un terrible accident de voiture avec un poids lourd. Johnny est dans le coma et il ne se réveillera que cinq longues années plus tard. A son réveil, il constate qu'il dispose d'un pouvoir hors du commun : il peut, au contact physique d'une personne, revivre le passé de cette personne et d'entrevoir le futur. Son pouvoir va lui permettre de sauver des flammes l'enfant d'une jeune infirmière qui le soigne. Bientôt, la police vient lui demander son aide pour confondre un dangereux assassin...
L'acteur Christopher Walken porte littéralement le film sur ses épaules, c'est indéniable. Sa prestation est remarquable, à tout point de vue.
Dead Zone s'apparente plus à un drame qu'à un film fantastique. En effet, le seul élément fantastique du film réside dans le don de prémonition de Johnny et ses effets. Il ne s'agit pas non plus d'un film d'horreur. On voit peu de sang dans le film. Et pourtant, ce film est un petit joyau du cinéma fantastique.
Comment ne pas ressentir un profond sentiment de compassion à l'égard de ce pauvre Johnny qui est accablé par un pouvoir non désiré et qui semble être envié par son entourage ? Johnny sauve des vies grâce à ses visions prémonitoires mais lui ? Qu'en est-il de sa vie ? Il perd sa mère, celle qui l'aime a refait sa vie. Que lui reste t-il ? Un personnage émouvant, attachant campé par un Christopher Walken toujours impeccable.
Derrière la caméra, on retrouve un nom lié au fantastique à jamais : David Cronenberg. Le réalisateur de Faux-Semblants, Videodrome, Scanners, La Mouche, Frisson et Crash signait avec Dead Zone un film presque d'auteur, fort et touchant.
A noter qu'au poste de producteur, on retrouve Debra Hill (ex-madame Carpenter) et au poste de producteur exécutif Dino De Laurentiis (producteur, entre autres, de : Orca, Flash Gordon, Conan le barbare, Peur Bleue, Evil Dead 3, Hannibal, Dragon Rouge...)