Un film au statut culte qui réserve encore de bons moments. Le crocodile n’est là que comme prétexte mais le thème réel du film n’est pas là. Un film esthétiquement intéressant qui présente des portraits de réels malades comme seul Hooper sait en montrer. Un film à redécouvrir en tout cas...
Trois ans après un premier film choc qui a révolutionné le cinéma d’horreur et fait scandale dans le monde entier, et sur lequel nous ne reviendrons pas ici (Massacre à la tronconneuse), Tobe Hooper livre son second film intitulé Le crocodile de la mort ou Eaten alive, ou bien encore Death trap. Dans la moiteur de la Louisiane se trouve, un motel glauque perdu au milieu des marais... Son propriétaire, Judd, est le maître d'un gigantesque crocodile gardé dans un enclos. Maniaque sexuel totalement dérangé, Judd donne ainsi à sa bête les cadavres des victimes qui ont le malheur de s’égarer dans son motel, l’inquiétant Starlight Hôtel....
Précédé d’une bonne réputation et d’un Grand Prix au défunt festival de Paris au Rex en 1977, ce Crocodile de la mort est incontestablement à ranger du bon côté de la filmographie de Tobe Hooper. Cependant, de la à parler de chef-d’oeuvre il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. Film à l’ambiance étrange qui se démarqua véritablement de la production des années 70 par un tournage intégralement en studio et dans lequel le réalisme prôné à l’époque (et celui de son film précédent) est totalement absent. C’est d’ailleurs peut-être l’élément primordial au succès du film alors, en avance sur son temps, et qui aujourd’hui ressemble d’avantage à une production horrifique des années 80. Hoopper rend alors une copie originale qui par ailleurs nous réserve quelques scènes de poursuite (notamment celle de l’enfant) qui annonce en prémices les plans les plus fous de Evil Dead.
Inspiré fortement comme de nombreux films par le Psychose d’Alfred Hitchcock, Eaten alive reprend ainsi de nombreuses idées du maître en les détournant et en se les appropriant comme le fera plus tard Brian De Palma. Pendant crasseux de Norman Bates, Judd passe son temps à écouter aux portes comme Bates passait son temps à épier sa future victime. Le réalisateur ira même jusqu’à initier une scène de douche en dénudant progressivement Marilyn Burns (l’héroïne de Massacre à la tronconneuse), seulement celle-ci frustrera vite le spectateur car s’achevant précipitamment par l’irruption soudaine de Judd...
Seulement, le problème principal du film est son scénario. Beaucoup de scènes sont un peu longues et semblent être là pour meubler un script un peu mince qui n’est rattrapé que par une bonne réalisation et quelques scènes gores et craspecs du meilleur effet.
Continuant de sonder la violence et la folie qui peut exister en l’être humain, le réalisateur montre ainsi une belle brochette de Rednecks tous plus allumés les uns que les autres. En tête Buck, joué par Robert Englund, un péquenot misogyne et vulgaire et dont son premier dialogue qui est aussi celui du film, sera repris en hommage par Quentin Tarantino dans Kill Bill premier du nom lorsque Uma Thurman est dans le coma et que l’infirmier qui a pris l’habitude de la violer lui lance le fameux «My name is Buck, and I’m here to fuck ». Par ailleurs, ne vous attendez pas à un film de monstre puisque l’immense crocodile présent sur l’affiche n’est rien d’autre qu’un simple prétexte pour surfer sur le succès des films de monstres animaliers de l’époque. Le véritable monstre ici est bien son maître, un schizophrène de la pire espèce, probablement vétéran du Viet-Nam. Un être isolé, traumatisé qui va se laisser aller à ses plus bas instincts.
Mélange de réalisme pur et de surréalisme total, le film surprend par son ambiance glauque et poisseuse qui n’est pas sans rappeler l’oeuvre précédente du cinéaste en y faisant d’ailleurs un clin d’oeil amusant lorsque Judd bâillonne une Marilyn Burns hystérique qui n’en finit plus de crier. Le message est clair, l’héroïne de "massacre" ne pourra pas pousser ses cris désormais célèbres. Fortement esthétisé, le film propose des décors presque surnaturels qui constituent le point fort d’une oeuvre plus fascinante visuellement et émotionnellement que pour ses véritables qualités. Aujourd’hui, le film a quand même vieilli et sa violence est quand même fortement amoindrie. Reste cette ambiance vraiment spéciale et les performances de Neville Brand, Robert Englund, Marilyn Burns et William Finley (ThePhantom of the Paradise en personne).
Un film au statut culte qui réserve encore de bons moments. Le crocodile n’est là que comme prétexte mais le thème réel du film n’est pas là. Un film esthétiquement intéressant qui présente des portraits de réels malades comme seul Hooper sait en montrer. Un film à redécouvrir en tout cas...
Note du rédacteur: 6.5/10
Note moyenne de la rédaction : 6.67/10