On ne le dira jamais assez, Tim Burton est le plus grand cinéaste de sa génération : 12 films, 12 univers doués de points communs mais tellement uniques à la fois, presque tous couronnés du succès auprès du public. La critique, elle, ne s’est jamais gênée pour tirer à boulets rouges sur le grand Tim, comme de quoi le prétendus « experts » ne sont pas nécessairement les plus aptes à reconnaître le génie.
Oui, Tim Burton a gâté les cinéphiles en presque 20 ans de carrière maintenant. Néanmoins, ses récentes œuvres ont étés accueillies avec plus de froideur de la part de ceux qui autrefois vénéraient Burton : La planète des singes et Big fish, bien que doués tout deux de grandes qualités (surtout plastiques), n’apparaissent pas comme des films dignes de Tim Burton. Ce qui donne aux mauvaises langues l’occasion tant attendue d’aller crier à qui veut l’entendre que Burton fatigue. Détruire une statue apporte donc tant de satisfaction?

Néanmoins, cet été, l’espoir renaissait : Charlie et la chocolaterie, Burton semble retrouver un peu du génie qu’il avait en tournant Edward aux mains d'argent. Et l’espoir n’aura pas été vain, car maintenant Tim Burton nous offre Corpse bride.
Dès les premières minutes du film, on prend conscience que c’est à du Burton de haut niveau que nous allons assister : les premières images nous montrent le personnage principal, Victor, en train de dessiner : première passion de Tim Burton.

Par la suite, nous faisons connaissance avec ce personnage : pâle, les cheveux ébouriffés, timide et maladroit, mais doté d’un cœur d’or, c’est le héros burtonnien par excellence. Le pauvre Victor doit être marié de force à une jeune fille qu’il n’a jamais rencontrée… ce qui ne l’empêchera pas de tomber amoureux de la demoiselle en question. Hélas, en répétant ses vœux de mariage dans la forêt, il prend sans le vouloir une morte pour épouse…

Le sens satyrique qui faisait tant défaut à Big fish est bel et bien présent dans Corpse bride. Ici, le monde des vivants est gris et morne, la moitié de la populace paraît zombifiée… Les rares humains qui semblent avoir toute leur tête sont soit des petits escrocs (les parents de Victor et de Victoria espèrent mutuellement se sortir du trou grâce au mariage forcé, chacun des couples croyant bien entendu que l’autre est fortuné), soit des fanatiques (le pasteur). Par opposition, le monde des morts est coloré, joyeux et sympathique. Victor pensera un temps y demeurer, mais l’amour le fera quand même revenir.

La mise en scène de Burton n’est pas en reste. On sait que l’animation image par image avait déjà été employée dans L'étrange Noël de M. Jack, mais ici c’est Burton et non un autre qui réalise. Donc, le grand Tim nous assène quelques séquences d’une force et d’une beauté à couper le souffle (à ce titre, l’éveil de la mariée cadavérique est un des points culminants du film). De plus, les style gothique des décors ne pâlirait pas devant Sleepy Hollow.
Moi qui ait en horreur les passages chantés au cinéma, je m’incline devant la virtuosité du duo Elfman-Burton. Le premier compose, comme à son habitude, une musique splendide aux résonances féeriques, de même que quelques chansons du même goût que celles de L’étrange Noël de M. Jack.
Le tout est saupoudré d’humour parfois hilarant, qui ne tombe jamais dans la facilité et qui ne nuit pas non plus à la progression dramatique.

Pour finir, Burton (fidèle à son habitude) peuple la distribution de divers habitués de son univers : Johnny Depp (qui en est à sa 5ième collaboration avec Burton), Helena Bonham-Carter (La planète des singes), Christopher Lee (Sleepy Hollow et Charlie et la chocolaterie)…
Un petit bijou de 76 minutes, qui fait chaud au cœur et qui réconfortera les fans (déçus ou non) de ce réalisateur hors du commun.