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Tom Welles (Nicolas Cage), détective privé à l'indéniable sang-froid, est
engagé par une riche veuve pour enquêter sur un film appartenant à son défunt
mari, filmant un snuff movie, afin de savoir s'il s'agit d'un véritable meurtre,
ou d'une supercherie.
Légende urbaine la plus décriée, le snuff movie consisterait à filmer un
vrai meurtre en temps réel. L'industrie cinématographique a rarement exploré
cette thématique trop dérangeante, qui associerait les deux genres cinématographiques
les plus souvent décriés pour leur caractère malsain : l'horreur trash et le
film X hardcore. Témoin Muet (1997), et le meilleur épisode de la série
des Masters of Horror (le glauque Cigarette Burns de John Carpenter)
sont les deux exemples les plus réussis de cette immersion dans le snuff film,
avec ce 8mm.

Cinéaste de commande (on lui doit les troisièmes et quatrièmes volets de
la saga des Batman), Joel Schumacher sait parfois offrir un rôle en or
à certains de ses comédiens. Michael Douglas, dans son exceptionnelle Chute
Libre (le meilleur film de Schumacher) et, à un degré moindre, Jim Carrey,
dans Le Nombre 23, avaient trouvé des rôles forts et intenses d'hommes
perdus, dépassés par les événements, et poussés dans leurs derniers retranchements
de manière subite et inattendue.
Dans 8mm, c'est le lisse Nicolas Cage qui dispose donc enfin d'un
personnage double, qui découvre un univers qu'il ne pouvait pas concevoir, et
qui finira par se muer entre une sorte de justicier de l'oubli, défendant bec
et ongles la mémoire d'une disparue rejetée par le microcosme hollywoodien.
Schumacher évite avec 8mm le piège de la surenchère visuelle et du voyeurisme.
Le thème du snuff est avant tout la base d'une observation sans fard de l'autre
facette de l'industrie du Septième Art, celle du sexe et de la violence gratuite.
Nicolas Cage, mari et père de famille posé et comblé, endosse avec vigueur
et talent ce rôle ambigu, celui d'un homme sain plongeant malgré lui dans un univers
troublant mais bien réel, duquel il ne sortira pas indemne. Autour de Cage,
d'excellents seconds rôles (Gandolfini, Phoenix, Stormare, Keener) apportent
une dimension réaliste supplémentaire à cette enquête sordide qui descend progressivement
dans les abysses du vice et du Mal à l'état pur. Le héros, tentera vainement
de décrypter les raisons de ce drame, avant de comprendre que certaines actions
ne peuvent avoir d'explication rationnelle (aucune excuse ne sera trouvée aux
tortionnaires déviants de ce film, contrairement à beaucoup de métrages offrant
un aspect séduisant au tueur, à l'instar d'un Hannibal Lecter par exemple).
Ainsi, l'auto-défense finale se justifie. En digne héritier d'un Charles Bronson,
Cage fera donc office de bourreau dans un épilogue aussi noir que le ciel abritant
le duel final entre Welles et Machine, tueur S-M cagoulé rendu encore plus écoeurant
par son humanité pitoyable, scène achevée dans un lieu symbolique (un cimetière),
point d'orgue d'une mise en abîme vertigineuse de la bestialité de l'être humain.

Oeuvrant entre polar et horreur, sur fond de sexe et de violence, 8mm ne
doit pas être interprété comme un long-métrage opportuniste surfant sur un sujet
attirant car déviant, mais comme la vision la plus réaliste et crédible possible
sur la part la plus obscure de l'industrie du cinéma, qui se fait ici l'écho
de notre société, repoussant chaque jour les limites de l'indicible, aidée en
cela par la technologie qu'elle a enfanté. Certains reprocheront peut être à
Shumacher sa difficulté à aller jusqu'au bout de l'idée même de ce film, et
de paraître parfois trop sobre, voire trop timoré (un tel sujet aurait probablement
mérité une mise en scène davantage heurtée, à la limite de la folie, façon David
Lynch), mais le cinéaste propose une oeuvre maîtrisée et interprétée avec justesse
par des acteurs de qualité.
A signaler que ce film a l'objet d'une suite sans le moindre rapport, en
2005, davantage située dans la veine d'un téléfilm érotico-policier.
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