Peter Pan n'est plus le jeune et fringant aventurier téméraire et imprévisible du pays imaginaire. Aujourd'hui, il est Peter Banning, un brillant avocat qui a épousé Moëra Darling, la petite fille de celle avec qui il volait dans les airs autrefois. Mais son vieil enemi, le capitaine James Crochet n'a pas oublié qui était Peter Pan. Il décide un soir de kidnapper Jack et Maggie, les deux enfants de Peter. Ce dernier est retrouvé par la fée Clochette qui le ramène au pays imaginaire. Perdu dans un univers dont il n'a plus le moindre souvenir, Peter va retrouver, petit à petit et au contact des enfants perdus, ses réflexes d'antan...
Hook ou la revanche du capitaine Crochet n'est certainnement pas le meilleur film de son auteur, le réalisateur que l'on ne présente plus dans ces colonnes, Steven Spielberg. Il serait cependant dommage de faire l'impasse sur cette adaptation de l'univers de Peter Pan qui présente certes quelques lacunes mais qui propose aussi des variations intéressantes sur des thèmes chers à la fois à Spielberg. Celui-ci a d'ailleurs, pour la petite histoire, monté un spectacle sur la pièce de J.M. Barrie alors qu'il n'avait que 11 ans. Peter Pan et Spielberg, c'est donc une histoire de longue date...
Le choix d'employer un Peter Pan plus âgé et plus bedonant était judicieux (le public ciblé était alors plus large) et le ton adopté par Spielberg se voulait plus léger. Les personnages vraiment "méchants" dans le film sont ainsi peu nombreux. Même l'infâme capitaine James Crochet n'est pas aussi infâme que ça. Spielberg prend quelques distances par rapport à l'oeuvre de Barrie et ôte à Peter Pan son côté frondeur, presque froid et même méchant dans le récit original. Un côté que le réalisateur P.J. Hogan a essayé de retrouver (un peu en vain) dans une adaptation plus récente de Peter Pan. Mais qu'importe, Spielberg est sur sa lancée et a décidé de faire une comédie familiale avec une belle brochette d'acteurs : Robin Williams dans le rôle de Peter Pan (comme d'habitude, l'acteur s'en donne à coeur joie) et Dustin Hoffman endosse le crochet de l'ennemi juré de Peter Pan (ça change de Rain Man !).
Visuellement, le travail est remarquable et le budget confortable du film (70 millions de dollars) a permis à Spielberg de s'amuser comme un petit fou. Il invite d'ailleurs pas mal de ses amis pour des caméos pas évidents à relever pour les néophytes (George Lucas, Carrie Fisher, Glenn Close, Phil Collins...). Qu'il s'agisse du refuge des enfants perdus, de la ville des pirates ou du bateau de Crochet, les décors sont grands, beaux et très colorés. Et Spielberg de prendre son temps dans le déroulement de son histoire (le film dure quand même 2h25). Et pourtant, l'on ne s'ennuie pas une seule seconde, Spielberg enchaînant l'action et les moments plus calmes avec toute la maestria qui caractérise la plupart de ses films. Sans oublier une nouvelle bande-son réussie de John Williams (ce compositeur est-il capable de décevoir un jour ?).
Personnellement, je n'ai jamais vraiment compris le succès plutôt moyen du film de Spielberg car, s'il n'est pas son travail le plus abouti, Hook demeure un très honnête divertissement destiné à toute la famille qui profite d'un ton léger et de moyens importants pour que la magie soit un peu au rendez-vous. Certes, Spielberg s'est éloigné de Barrie et sa vision d'un Peter Pan qui aurait accepté de grandir est parfois maladroite. On pourrait aussi évoquer l'emploi assez bref et classique des enfants perdus, de la fée clochette et du fameux crocodile (sans oublier l'absence du personnage de Lili la Tigresse). Ou encore le cabotinage de Dustin Hoffman qui campe un capitaine Crochet dandy parfois un peu trop théâtral. Il est vrai que le film est bourré à ras-bord de bons sentiments et que l'on a pas de mal à deviner que le film est américain au bout de quelques minutes. Mais bon, Spielberg parvient toujours à s'en sortir avec les honneurs et son Hook est à prendre comme tel, une comédie familiale classique dans laquelle tout finit bien.