Méconnu dans la filmographie du cinéaste, "M.Butterfly" se révèle pourtant être un pur film de Cronenberg par de nombreux aspects. Une touchante tragédie portée par deux acteurs bouleversants.
Adaptation du roman de David Henry Wang, aussi scénariste du film, M.Butterfly est un film assez discret dans la filmographie de David Cronenberg. L’un des plus méconnu, mais aussi en général l’un des moins apprécié par ses fans, M.Butterfly est pourtant, sous ses apparences de beau drame romantique, un pur film de Cronenberg. Cela commence dans la plus grande innocence, comme une histoire d’amour classique : Renée Gallimard (Jeremy Irons), employé de l’ambassade de France à Pekin, assiste par hasard à une représentation de l’Opéra Madame Butterfly. Il tombe alors amoureux de l’interprète principale, la diva Son Liling. Cette première partie, très belle, est assez lointaine de l’univers du cinéaste. Mais le naturel revient au galop…
En effet, et on s’en doutait bien rien qu’avec le titre, M.Butterfly est une tragédie. Dés lors que le personnage de Jeremy Irons fait le parallèle entre la pièce Madame Butterfly (de Giaccomo Puccini), et sa propre histoire d’amour avec Son Liling (il la surnomme « sa Butterfly »), le processus tragique s’enclenche, et le film devient alors, via certaines révélations, de plus en plus cruel, aussi bien avec le personnage principal qu’avec le spectateur. Car le spectateur est comme Renée Gallimard, manipulé, et bien plus que ça. Encore une fois, Cronenberg joue avec les apparences.
M.Butterfly se révèle aussi être un film de Cronenberg par les thèmes qu’il aborde. La sexualité troublante des personnages, que le cinéaste magnifie ici pourtant avec sensualité mais sans jamais déborder dans la vulgarité (ce qui n’est d’ailleurs pas son genre), est un sujet qui intéresse beaucoup le réalisateur de Faux semblants et de Crash. La frontière entre masculinité et féminité n’est jamais vraiment définie, de même que les préférences sexuelles, et ce pour presque tous les personnages principaux des films de Cronenberg. M.Butterfly ne déroge pas à la règle, ce qui amène aussi à un autre thème cher au cinéaste : la métamorphose. La transformation physique est au cœur du film, même si ça ne se voit pas au premier abord. Elle fait partie des apparences, des choses que cache le réalisateur au spectateur et qui se dévoilent petit à petit, en même temps que la cruauté de l’histoire se fait ressentir. Cronenberg montre le vrai visage de M.Butterfly, celui qu’on ne veut pas voir mais qui est bien réel. Et en ce sens, c’est bien un pur film de David Cronenberg.
M.Butterfly est donc un drame, une tragédie dans laquelle les personnages ne peuvent se défaire de leur destin fatal. Ce fut aussi le cas dans La Mouche, dans Spider ou encore récemment dans le fabuleux A History of Violence. Cronenberg est un cinéaste tragique, quel que soit le genre qu’il aborde (pas seulement le fantastique, le réalisateur étant souvent associé à ce genre). Et M.Butterfly est sans doute le film de sa carrière qui le prouve le plus (le titre du film est le nom d’une tragédie), illustrant la passion destructrice et la trahison. Un film qui lui permet de nouveau de faire découvrir l’inconnu, à nous et à ses personnages. M.Butterfly n’est jamais vraiment loin du fantastique, de par les thèmes abordés et l’ambiance étrange qui plane tout au long du film (notamment les représentations à l’opéra). Même quand Cronenberg réalise un drame, il le fait comme si il réalisait un film fantastique (voir Faux semblants, Spider, Crash…).
Porté par deux acteurs bouleversants, Jeremy Irons (qui retrouve le réalisateur après Faux semblants) et John Lone, M.Butterfly est un film fragile, risqué, à fleur de peau. Un film à la fois doux et cruel, un film sur l’amour et sur la sexualité. M.Butterfly s’intègre parfaitement dans la filmographie de David Cronenberg et mériterait à être plus connu.
Méconnu dans la filmographie du cinéaste, "M.Butterfly" se révèle pourtant être un pur film de Cronenberg par de nombreux aspects. Une touchante tragédie portée par deux acteurs bouleversants.
Note du rédacteur: 7,5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.75/10