Les remakes ne sont pas l’apanage de ce début de troisième millénaire. Même le maître John Carpenter s’y est essayé à plusieurs reprises, avec plus ou moins de succès : il y eut l’excellent The Thing, remake du film du même nom réalisé par Howard Hawks en 1951, mais aussi le nettement moins bon Village des damnés, remake du film de Wolf Rilla (1960).
Une petite ville de 2.000 âmes, sans histoire, va être plongée pendant quelques heures dans une profonde torpeur provoquée par une mystérieuse force extraterrestre. Suite à cet événement étrange, plusieurs femmes tombent enceintes pour accoucher, le même jour, d’enfants qui, en grandissant, ont tout des bons petits aryens et vont vite être inséparables. Dotés de pouvoirs paranormaux, des morts plus que suspectes vont se produire dans leur entourage. Les parents sont désemparés mais, dans l’intérêt de la science et de leur porte-monnaie, ils laissent faire…
Si l’on accepte le postulat de départ – l’impuissance des parents devant leurs enfants, ce qui paraît peu crédible même si ces derniers ont étrangement les yeux qui s’allument (effet spécial récurrent du film) – on passe un moment plutôt sympathique, sans plus, la tension étant assez palpable tout au long du film. Mais mise à part la confrontation parents-enfants, Carpenter n’exploite pas toutes les pistes que pourrait défraîchir le scénario et un certain nombre de nos questions restent sans réponses : qui sont vraiment ces enfants ? d’où viennent-ils ? que veulent-ils ? quel rôle jouent les scientifiques et l’armée dans toute cette histoire ?… Il est vrai que l’on se retrouve aussi désemparés que les principaux protagonistes, mais c'est un peu frustrant. On en arrive presque parfois à croire qu’il y avait deux tournages et qu’ils se télescopent.
Passons maintenant aux acteurs. On retrouve dans le rôle principal Christopher Reeve, qui avait fait les belles heures de Superman, et ce seulement un mois avant le terrible accident qui le laissa paralysé. Il y incarne un médecin mais qui est loin des personnages cyniques et froids auxquels nous avait habitués Carpenter : ici, c'est un homme qui éprouve des sentiments, qui a une certaine fragilité, courageux certes, mais banal. Les filles, je n’en doute pas, apprécieront par contre de le voir en pyjama dernière mode ou encore en slip kangourou ! Figurent également au générique Mark Hamill qui a pris un sacré coup de vieux (il est vrai que la soutane, ça change de la tunique Jedi), mais aussi Kirstie Alley de la série des Allo maman ici bébé. Ça fait un peu has been tout ça alors que le film ne date que de 1995. Mention spéciale à Lindsey Haun, la meneuse et petite peste, et à Meredith Salenger dont le rôle en tant que version carpenterienne de la Sainte Vierge aurait mérité d’être un peu plus exploité.
Pour les effets spéciaux, là encore, ça fait un peu cheap, surtout que, je le répète, ce film est sorti en 1995 ! A part un homme qui s’empale sur son manche à balai et un autre qui se fait cuire sur son barbecue, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. En matière de musique, Carpenter nous avait également habitué à mieux, même si certains plans nous rappellent avec nostalgie l’ambiance d’autres films, plus réussis, du Maître (il faut savoir que le film a été tourné au même endroit que (Fog).
Film de commande (Universal), ce film aurait permis à John Carpenter, d’après les dires de ce dernier, de se faire construire une piscine : c'est déjà ça ! Reste malgré tout un certain plaisir, pervers il est vrai, à s’imaginer à la place de ces mioches, certes surdoués et bien disciplinés, mais chez qui la moindre contrariété provoque des réactions disproportionnées.