LE pire film de tout les temps, réalisé par LE pire réalisateur de tout les temps. Voici la réputation de « Plan 9 from outer space ». Pourtant, ce n’est pas 2-3 internautes à l’exagération facile qui l’ont dit. C’est même un cercle très sérieux de critiques (les mêmes qui ont décernés le titre de Meilleur film de tout les temps à l’excellent « Citizen Kane » d’Orson Welles). Bien que cela soit ridicule, une critique étant d’abord et avant tout une opinion subjective, force est d’avouer que c’est un réputation peu envieuse, et ce même pour un nanar…

Pierre angulaire de l’œuvre d’Edward Wood Jr., mieux connu sous le nom d’Ed Wood, « Plan 9 from outer space » frappe évidemment par son incroyable médiocrité en matière d’écriture et de mise en scène.
Mieux vaut ne pas compter les exemples de « manque de rigueur », sinon on risque d’être détourné de cette passionnante histoire d’extra-terrestres pilleurs de tombes. Mais citons-en quand même quelques-uns, histoire de rire un peu : la cabine d’avion, simulée par un rideau de douche et un truc en carton ressemblant vaguement à un tableau de bord, les soucoupes volantes dont on peut apercevoir les fils (filmées sur mur de fond bleu où sont peint quelques nuages, pour faire plus réaliste. Le problème, c’est que des nuages, ça se déplacent), et l’inoubliable passage où le vampire (???) s’avance vers ses proies apeurées et… immobiles, les yeux fixés sur le vampire en question.
La liste est longue, aussi je préfère m’arrêter là, de peur de priver le spectateur de quelques surprises aussi hilarantes qu’anachroniques.

Niveau histoire, préparez-vous à entrer dans le cerveau malade du vieux Ed : un docteur (Bela Lugosi) meurt dans un accident de voitures (filmé hors champ, mais on entend quand même un cri) peu de temps après avoir enterré sa fiancée (Vampira). Tout deux se réveillent, lui en cape noire et redingote, elle pourvue d’un décolleté plongeant. Les extraterrestres réveillent les morts dans le but de former une armée pour vaincre les vivants! Au final, ils en réveilleront trois… on gagne pas la guerre avec trois types, Ed!
Les mêmes séquences sont réutilisées à plus soif, les décors sont en carton-pâte… et Ed Wood s’amuse. Mais comment? Comment peut-il prendre du plaisir à tourner un tel navet? Cet homme doit être malsain…
Eh bien oui, Ed Wood s’amuse, car c’est un passionné. Avec ou sans budget (en fait, surtout sans budget), il trouvait le moyen de faire ce qu’il aime : du cinéma. Ce n’est donc sûrement pas moi qui vais renier cet homme.
Qu’est-ce qui est le pire? Essayer de faire une œuvre qui marquera les esprits, qui divertira le public, et se planter parce qu’on est sans budget et sans talent, ou réaliser un film commercial de bas étage (voir même la suite d’un film à succès reprenant des ingrédients identiques à ceux du film de base, uniquement pour faire du fric) en se foutant carrément de se démarquer?
Pourquoi Ed Wood serait moins apte que Michael Bay ou Roland Emmerich à faire un bon film? Je rappelle encore une fois la notion de budget. Enlevez aux deux lascars susnommés leurs millions, et ils ont l’air bien intelligents.

Eh oui, il y a des injustices dans le domaine artistique. Le pauvre Ed ne s’en remettra pas, finissant sa vie alcoolique, drogué et réalisateur de films pornos… triste fin pour avoir voulu suivre ses rêves…
En 1995, Tim Burton réalisera Ed Wood, inspiré de sa vie. En général, des inconnus mettent en scène la vie de grands hommes, ici on aura droit au contraire. Le résultat sera l’un des meilleurs films de la carrière de Burton.
Alors ne désespère pas, Ed! T’auras peut-être pas réalisé de chef-d’œuvre, mais t’en auras inspiré tout un!