Premier long métrage de Clint Eastwood en temps que metteur en scène, le film marque de par sa réalisation maîtrisée, son scénario habilement construit et sa distribution remarquable. À voir!
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Bon thriller, par langanay (Frisson dans la nuit, Un)
On ne présente plus Clint Eastwood, et avec raison. Plus qu'un acteur, plus qu'un cinéaste, Eastwood est un mythe d'Hollywood, le dernier aux dires de certains. Décrié à ses débuts comme acteur médiocre, il a depuis conquis le coeur de la critique, du public... et tout particulièrement des cinéphiles. Son talent immense (il mène depuis plus de trente ans une double carrière d'acteur et de réalisateur), son humanité jamais larmoyante, sa sobriété, sa fierté lucide... c'est bien simple, il nous réconcilie avec les États-Unis!
Bref, petit saut dans le temps: à la fin des années soixante, Clint Eastwood rentre en Amérique, après avoir tourné en Italie la glorieuse trilogie de westerns-spaghetti "L'homme sans nom" (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le bon, la brute et le truand) avec le maître Sergio Leone, trilogie qui lui a apporté une grande notoriété. Dès son arrivée, il fonde Malpaso, sa propre boîte de production, avant de se lancer tête première dans la réalisation en 1971 avec Play misty for me (en français "Un frisson dans la nuit"). Pour cette première expérience, Eastwood choisit de faire dans le thriller classique. Il dispose d'un scénario à l'intrigue relativement simple, mais tout de même solide: Dave Garner, animateur de radio de nuit, reçoit tous les soirs un appel d'une admiratrice qui lui demande toujours de passer le disque "Misty". Cette admiratrice, une jeune femme du nom d'Evelyn, il la rencontrera dans un café et il couchera avec elle. Pour lui, l'histoire s'arrêtait là. Mais Evelyn est loin d'être aussi mentalement stable qu'il l'espérait...
La construction dramatique, composante primordiale d'un bon thriller, fait ici figure de véritable référence: Durant les premières scènes, le spectateur non averti pourra facilement croire au plus miteux des "soaps" américains: célibataire bien propre sur lui, mystérieuse inconnue, drague, voix langoureuses... Puis par petites touches sont distillés des indices concernant la vraie nature d'Evelyn. Nous sommes encore loin de nous douter de la dangerosité de sa folie furieuse. Sans doute est-elle un peu névrosée. Puis il y a sa tentative de suicide. Ça ne fait plus de doute qu'elle est folle à liée. Mais ce n'est pas tout, elle s'avèrera également violente, et agressera la pauvre bonne de Dave. La tension continue de monter lorsqu'Evelyn découvre que Dave fréquente une autre jeune femme... La charge en avant de ce film culminera en un final angoissant et captivant, bouclant un scénario merveilleusement maîtrisé de bout en bout. Hitchcock n'aurait pas fait mieux!
Un frisson dans la nuit occupe une place un peu à part dans la filmographie d'Eastwood réalisateur. On perçoit toutefois certaines des composantes essentielles de ses oeuvres à venir. Premièrement au niveau de la réalisation, précise et sans artifice, mais néanmoins "punchées". Eastwood sort d'un fructueuse collaboration avec le maître (notez de nouveau l'emploi du mot "maître") Sergio Leone, et pourtant il tourne le dos aux débordements baroques de son illustre pygmalion pour déjà chercher son style. Et pour un premier film, c'est déjà une réussite, si on laisse de côté l'interminable et inutile travelling du début (quoique c'était peut-être voulu qu'il en soit ainsi...)
Deuxièmement, la prépondérance des personnages sur l'intrigue. Déjà on note le goût d'Eastwood pour les personnages secondaires colorés sans toutefois être caricaturaux, tels l'ami noir bossant à la radio et l'inspecteur désagréable et poliçon. Comme il le fera de nombreuses fois par la suite, le metteur en scène s'octroie le rôle principal, encore une fois un homme maîtrisé et sûr de lui, mais pas dépourvu d'une certaine fragilité intérieure. Bref, le même personnage que Clint s'ingéniera à teinter de manière différente tout au long de sa carrière. Pour lui faire face dans le rôle d'Evelyn, nombre d'actrices auraient très bien pues être écrasées par leur immense partenaire. Or ici, c'est très loin d'être le cas! Jessica Walter casse la baraque en livrant une prestation horriblement crédible en dégénérée. C'est Donna Mills, alias la petite amie de Dave, qui se retrouve laissée à elle-même, bien trop fade et transparente pour détourner notre attention de la folle furieuse.
Au final, le film est bel et bien une réussite sur à peu près tous les aspects. Un frisson dans la nuit est un véritable petit joyaux pour les amateurs de thriller, ainsi qu'un film à voir pour tout ceux qui veulent découvrir les premiers pas d'un cinéaste hors du commun, et sans doute un des plus artistes américains.
Un remake du film, réalisé par Ben Affleck, devrait sortir au cour de l'année 2007... Et un autre remake inutile, un!
Premier long métrage de Clint Eastwood en temps que metteur en scène, le film marque de par sa réalisation maîtrisée, son scénario habilement construit et sa distribution remarquable. À voir!
Note du rédacteur: 9/10
Note moyenne de la rédaction : 7.67/10