Un film qui mérite d’être revu, plus que vu, car l’originalité dans la réalisation peut surprendre au premier abord, même si The Last Broadcast (1998), sorti seulement en vidéo en France et réalisé par Stevan Avalos et Lance Weiler, constituait un avant-goût. Mais ici l’antériorité s’était payée au prix cher avec des dialogues indigestes, surtout en VF, mais aussi avec une réelle incohérence sur la séquence finale avec un plan large et plongeant qui casse toute la prétention documentariste du film.
Il ne s’agit pas d’oublier Cannibal Holocaust (1979) de Deodato, LE précurseur du documenteur. Mais, dans Le Projet Blair Witch, il y a cette volonté de nous présenter seulement les bandes supposées retrouvées : aucune caméra extérieure ne vient rompre le charme du témoignage crépusculaire de trois jeunes gens.
Œuvre minimaliste, réalisée pour la modique somme de 35.000 dollars, Le Projet Blair Witch en rapporta 140 millions rien qu’aux Etats-Unis !
Il faut reconnaître ici l’usage judicieux qui fut fait d’internet pour promouvoir le film avant que celui-ci ne sorte, et ce afin de renforcer l’aspect documentaire du film car l’ambition était bien là : trois jeunes cinéastes auraient disparus en partant sur les traces de la sorcière de Blair Witch et on aurait retrouvé leur film. Je sais : on n’est pas loin du scénario de base de Cannibal Holocaust et ce n’est d’ailleurs pas la seule analogie entre ces deux films (voire par exemple les fins de Blair Witch et celle de la vidéo tournée par les Indiana Jones amazonien).
Par contre, la démarche est totalement différente : autant l’un cherchait à choquer par une débauche de massacres d’animaux et de scènes de torture, autant l’autre crée de véritables moments de terreur sans ne jamais rien montrer. Aucun effet spécial, aucune musique, ne vient soutenir ou provoquer la tension : ici, tout est dans le suggéré, tout est laissé à la discrétion du spectateur, et si vous avez une imagination horrifique débordante et s’il vous est déjà arrivé de faire des randonnées dans des endroits déserts, alors c'est bougrement efficace.
Filmé par deux caméras à l’épaule, alternativement en noir et blanc et en couleurs, le cadrage et les lumières sont nécessairement approximatifs mais c'était l’effet recherché. Quant au jeu des acteurs, inconnus et qui auraient mérité de le rester (non pas parce que ce sont de mauvais acteurs, mais parce que cela casse le mythe), il n’y a rien à redire : naturel à souhait. On se prend véritablement de sympathie pour ces jeunes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive, nous non plus d’ailleurs. Et il est surprenant qu’après plusieurs visionnages – en tout cas c'est ce que je ressens – la tension ne fait qu’aller crescendo dans la dernière partie du film lorsqu’ils se retrouvent dans la maison abandonnée (la course dans les escaliers est vraiment étrangement similaire avec celle que l’on trouve dans Frissons de Cronenberg).
Comme tout succès au box office qui se respecte, ce film a connu une suite : Blair Witch 2 Le livre des ombres, réalisé par Joe Berlinger, avec plus de moyens, plus d’effets spéciaux, plus d’horreur visuelle mais rien qui ne mérite des éloges particulières, même s’il est peut-être un peu plus flippant que la moyenne.