Rob zombie nous livre un vrai film de tarés bien plus maîtrisé que son premier opus, une œuvre totalement amorale et violente sans aucune concession qui érige ses monstres au rang d’icônes. Une grande claque.
Reprenant les personnages de son très sympathique House of 1000 corpses, Rob Zombie décide de changer totalement de ton pour une radicalité totalement réaliste et une brutalité totalement assumée. En surfant sur l’actuelle vague dure, sanglante et réaliste du cinéma d’horreur actuel, le cinéaste apporte sa pierre à une vague très brut et très seventies que celui-ci avait contribué à lancer avec son premier volet des pérégrinations de Baby, d’Otis et du Dr Spaulding (rappelons en effet que le retour du survival brutal et très 70’s dans l’esprit avait bien été lancé par Zombie avec sa Maison des 1000 morts réalisé en 2003, et s’affirmait comme précurseur d’une époque dont les dignes représentants seront le Massacre… de Nispel, Saw, et L’armée des morts, avant que la déferlante ne se poursuive en 2006 avec de nombreux métrages ne lésinant pas sur le gore et le malsain tel l’incontournable La colline a des yeux de Aja, Wolf Creek, Reeker, The descent ou bien encore Hostel).
De cette vague dont il fût donc le précurseur, Rob Zombie va nous livrer l’un des films les plus aboutis et réussi du genre. Reprenant les évènements là où le film précédent nous avait laissé, The Devil’s rejects va commencer sur des bandes d’informations défilant et rappelant les forfaits commis par la famille Firefly. Le shérif Wydell, bien décidé à venger la mort de son frère, investis donc la ferme familiale dans une scène de fusillade qui scotche immédiatement le spectateur par sa brutalité, sa beauté visuelle (un gunfight poisseux et sombre qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow) et la crudité des actes commis et à venir des Firefly, (tel la présentation de la « compagne » d’Otis qui n’est autre qu’un cadavre d’une femme, nu et en putréfaction que ce dernier serre contre lui, et dont on imagine sans peine les actes qui ont précédés). Les fauves se retrouvent dès lors en fuite, alors que la mère de famille (Leslie Easterbrook que l'on avait plus vu depuis les Police academy) se retrouve entre les griffes du Shérif Wydell. Commence alors une simpliste mais hallucinante traque où les prédateurs deviennent les fugitifs…
Dès lors le spectateur va se placer derrière les fugitifs et éprouver une certaine empathie pour eux. C’est bien là un des tours de force de Rob Zombie que de nous rendre sympathique ces monstres qui durant leurs fuite vont continuer de tuer et torturer comme à leurs habitudes. De ce point de vue, les carnages qui les accompagnent sont bien plus réalistes et dérangeants que dans le premier film. Ici nous sommes bien dans un road-movie poisseux semblant tout droit sortie des années 70 (l’histoire se déroule d’ailleurs à cette époque) qui immanquablement nous fera sans aucun doute penser au Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (le film qui inspire la quasi-totalité de la production horrifique actuelle il est vrai). En véritable cinéfile, le réalisateur ne force pas le trait et ne balance pas des références à tout bout de champ mais distille une ambiance et une folie proche du cinéma de cette époque (Hooper donc mais aussi Peckinpah, Wes Craven ou Jodorowsky). Détail amusant et clin d’œil appuyé en revanche concernant l’univers de Star Wars dont le cinéaste se dit un fan immense : le film original de Lucas est censé être sortie à l’époque où se passe l’histoire et plusieurs dialogues font référence à l’évènement tel le dialogue sur la princesse Leia ou sur les droïdes. Enfin, n’oublions pas que la famille firefly ira se réfugier chez le personnage de Ken Foree, un noir ayant une activité plus ou moins prospère mais illégale qui finira par les trahir pour son profit personnel avant de finalement se remettre de leurs côtés, personnage faisant donc clairement référence au Lando Calrissian de L’empire contre-attaque.
Passé ces sympathiques clins d’oeils assez discrets qui se fondent parfaitement dans une histoire formidablement écrite et ne lésinant pas sur des dialogues que Tarantino ne renieraient pas (celui sur les poulets notamment), le film passé son introduction hystérique prends le temps de développer tous ses personnages. En suivant leurs exactions, le spectateur se retrouve dans une situation dérangeante et inédite car là ou le Tueurs nés d’Oliver Stone caricaturait et dénonçait le monde des médias, The Devil’s rejects n’expose que des faits et horreurs commis avec un seul but : le plaisir immédiat pris par Otis et Baby. Aucune dénonciation de quoi que ce soit donc, mais juste une partie de route effectuée avec une bande de tueurs psychopates suivant leur propre logique et leurs propres règles.
Ainsi, la séquence du motel est l’un des points d’orgue du film et l’une des plus déstabilisante pour le spectateur du fait de la sympathie que celui-ci commence à avoir pour les Firefly. En montrant Otis faisant preuve d’un sadisme poussé mélangeant le sexe et le sang (n’oublions pas les penchants nécrophiles du personnage exposés en ouverture), le cinéaste met véritablement mal à l’aise le complice direct qu’est le spectateur qui suit ce personnage depuis le début. Plus pertubant encore, l’extrémiste shérif Wydell qui au non de dieu jure de se venger de ces rebuts du diable qui ont tué son frère et emploi des méthodes tout aussi sadiques et barges que celles des Fyrefly, alors que celui-ci est pourtant sensé être du côté du bien. Or par bien des aspects et grâce à une fantastique interprétation de William Forsythe celui-ci est tout aussi malsain et inquiétant que ceux qu’il pourchasse…
Ainsi, Rob Zombie va dans ce mélange de fureur, de sang et d’humour noir réaliser une pièce maîtresse du genre et un chef d’œuvre quasi instantané qui se terminera par un final monstrueux : une nouvelle fusillade démentielle accompagné de la chanson « Free birds » de Lynyrd Skynyrd (d'ailleurs mention toute particulière à l’excellente bande originale du film). Une nouvelle démonstration du talent énorme du réalisateur qui parsème son film de nombreuses références mais qui le fait avec un amour du genre qui transpire sur chaque bobine (les clips de ses chansons faisaient déjà très souvent référence au cinéma fantastique). Non contant de livrer un film extraordinaire de maîtrise et de cohérence il nous offre quelques scènes d’anthologies qui seront probablement cultes d’ici quelques années : la fusillade d’ouverture, la prise d’otage dans le motel, la séquence du masque de peau se terminant sous les roues d’un poid lourd (à ce propos il serait intéressant de recenser toutes les similitudes entre les 2 premiers films de Rob Zombie avec le Massacre à la tronçonneuse 2 de Tobe Hooper, dont cette séquence s’inspire, il y aurait également les mœurs de la famille de dégénérés, la vengeance du Ranger (William Forsythe / Denis Hopper même combat) ayant eu un frère tué, les séquence à l’éclairage très coloré, etc….).
Au final, Rob zombie nous livre un vrai film de tarés bien plus maîtrisé que son premier opus (un peu ce qu’était Mad Max 2 vis-à-vis de son prédécesseur), une œuvre totalement amorale et violente sans aucune concession qui érige ses monstres au rang d’icônes. Une grande claque au casting parfait pour un road-movie horrifique qui nous embarque avec des monstres aux valeurs totalement opposées à celle de la société mais pour qui paradoxalement le spectateur se prend d’affection et qui apparaissent bel et bien comme des être humains. C’est peut-être bien là que réside la chose la plus inquiétante et perturbante du film…
Rob zombie nous livre un vrai film de tarés bien plus maîtrisé que son premier opus, une œuvre totalement amorale et violente sans aucune concession qui érige ses monstres au rang d’icônes. Une grande claque.
Note du rédacteur: 9.5/10
Note moyenne de la rédaction : 9.00/10