Alors que le tout numérique envahit le grand écran, la démarche de Nick Park, le créateur de Wallace et Gromit, accompagné pour l’occasion de Steve Box (animateur sur Un mauvais pantalon et Rasé de près, deux courts-métrages antérieurs mettant en scène nos deux héros), pourrait paraître incongrue, voire désuète. Et pourtant… Que nenni !
On ne saluera jamais assez la prouesse de toutes celles et ceux qui ont œuvré pour donner vie à ce film et ses personnages. Chaque figurine utilisée dans le film est constituée d'un squelette métallique recouvert d'une pâte à modeler spéciale (l'Aard-mix), plus résistante que la pâte à modeler courante. Un geste ou un seul déplacement de personnage demande jusqu'à 24 postures par secondes ! C'est dire le travail titanesque de toute l’équipe qui a su en outre préserver un cachet artisanal, et pour le coup plus touchant car nous renvoyant directement à notre enfance, avec notamment une texture moins lisse pour la pâte à modeler que celle utilisée sur Chicken Run.
Certes, Nick Park n’a pu s’exonérer totalement de l'imagerie numérique et il a dû y avoir recours afin de compléter certains plans pour simuler l'eau, la fumée, le brouillard... mais sans rien enlever au charme artisanal du film.
Passé ce préambule nécessaire, Le mystère du lapin-garou n’est pas seulement une prouesse technique et visuelle : c'est aussi un authentique film.
Par film, il faut entendre des personnages : ils sont riches et variés ici et leurs expressions sont des plus convaincantes et communicatives, tant dans l’émotion que l’humour. Et par personnages, il faut entendre des hommes et des femmes, mais aussi des animaux car, outre le chien Gromit (véritable acteur de film muet), les lapins sont des acteurs à part entière de ce film.
Par film, il faut entendre des dialogues : en l’occurrence, ces derniers ont été travaillés avec soin et les jeux de mots, partiellement retranscrits par la version française, sont nombreux et ne choisissent jamais la facilité, car l’humour dans ce film, que ce soit dans les dialogues ou les situations, n’est jamais lourd ni vulgaire. Ce film, profondément humain et honnête, à mi-chemin entre Tex Avery et les Monty Python, est plein de fraîcheur
Par film, il faut entendre un scénario : l’histoire du lapin-garou et ses sous-intrigues se suivent d’un bout à l’autre avec intérêt, Nick Park ayant évité l’écueil consistant à ne faire de son film qu’une succession de saynètes trop peu liées l’une à l’autre (seule la poursuite en « avion » entre Gromit et sa némésis s’en rapprocherait le plus). Nick Park nous offre un véritable film d’horreur végétarien, en hommage aux productions Universal des années 1930-1940. Les clins d’œil sont nombreux : King Kong, Frankenstein et, plus récents, Gremlins ou Critters…
Enfin, cerise sur le gâteau, un film, c'est aussi une musique (ici, l’œuvre de Julian Nott, déjà compositeur des musiques des premiers courts-métrages de Wallace et Gromit, et supervisé par Hans Zimmer), une mise en scène et une pléthore de détails, de l’insolite à celui du quotidien, impossibles à apprécier dans leur ensemble en un seul visionnage, qui participent tous, chacun à leur niveau, à une œuvre cinématographique qui mérite d’ores et déjà son statut culte.