Une oeuvre phare qui parvient à l’exploit de surpasser les précédents films du cinéastes (pourtant des modèles dans leurs genres respectifs) et à s’installer instantanément aux côtés de chef d’oeuvres oniriques comme Brazil, Heavenly creatures, Alice in wonderland, The wizard of Oz, à surpasser de nombreux films historiques prenant pour cadre une guerre mais aussi à faire partie des tout meilleurs films tout genres confondus. Chef d’oeuvre point barre !
Attention la critique contient quelques spoilers !
Souvent considéré, à raison, comme le cinéaste à suivre pour tous les fans de cinéma de genre, Guillermo Del Toro était attendu avec sa nouvelle oeuvre présentée à Cannes en compétition officielle en mai 2006 (un fait suffisamment rare pour un film de genre pour le signaler).
Précédé d’une excellente réputation débarquait alors quelques mois plus tard, le film le plus personnel de son auteur.
En 1944, quelques années après la fin de la guerre civile espagnole, quelques groupes de résistance contre le Franquisme ont pris le maquis.
Carmen qui s’est remariée s’installe avec sa fille Ofélia, chez son nouvel époux, le cruel capitaine Vidal. S’adaptant difficilement à sa nouvelle vie, la jeune Ofélia se réfugie dans la lecture de conte de fée et découvre dans la forêt à proximité un étrange labyrinthe de pierre. C’est en inspectant ce lieu étrange qu’elle fera la rencontre de Pan, une étrange créature qui lui révèlera qu’elle est une princesse d’un royaume souterrain qu’elle devra reconquérir en accomplissant trois épreuves. Cependant, par delà les aventures oniriques d’Ofélia, la guerre continue de faire rage et la répression du capitaine Vidal, son nouveau beau-père, se fait de plus en plus sanglante...
Le labyrinthe de Pan est un projet de longue date pour Guillermo Del Toro, en effet bien avant la mise en scène de son premier film Cronos, le cinéaste avait déjà en tête l’histoire de ce faune faisant découvrir un étrange monde souterrain et inquiétant à une jeune femme. A la différence près que dans son idée d’origine, la petite fille était absente et que la femme enceinte du capitaine était le personnage qui s’imaginait avoir des relations avec le mystérieux Pan.
Comme dans son précédent chef-d’oeuvre L’échine du diable, le cinéaste va avant tout prendre pour toile de fond une époque dramatique et tumultueuse de l’histoire : la résistance des maquisards espagnols contre le gouvernement de Franco. Une époque susceptible de montrer l’horreur d’un personnage comme Vidal qui déclarera même lors d’un dîner entre notable prendre plaisir à son travail. Incarné sublimement par Sergio Lopez, ce personnage apparaît d’emblée comme l’une des plus belles ordures du cinéma. Les différentes séquences de tortures infligées ou l’assassinat de deux paysans chasseurs (sans parler du dénouement final) installent t bel et bien le personnage dans le rôle du monstre principal de l’histoire.
A travers l’histoire de la jeune Ophélie, nous allons ainsi être invité à faire de multiples allez retour entre le monde réel (de loin le plus terrifiant) et le territoire du labyrinthe peuplé d’étrange créatures et d’épreuves toutes plus insolites les unes que les autres. Un échappatoire tant pour la jeune fille que pour le spectateur, tant la brutalité du monde réel est retranscrit avec force par Del Toro (comme dans l’excellent l’échine du diable encore une fois). Il faudra là encore souligner la qualité et l’originalité des créatures et de l’univers sorties de l’esprit du cinéaste et interprétées par Doug Jones déjà dans le costume d’Abe Sapiens dans Hellboy. De toute évidence, Del Toro aime ses monstres et installe ceux du film au panthéon de son bestiaire personnel au côté du Kroenen d’Hellboy ou des Reappers de Blade II. Mention spéciale au « Pale man » dévoreur d’enfant qui se réveille lorsque la jeune Ofélia mange la nourriture qui lui avait pourtant été interdite. Une séquence bluffante et horrifique qui colle littéralement le spectateur au siège lorsque celle-ci se retrouve poursuivie par ce monstre dont les yeux sont situées sur les mains et dont la bouche est encore marquée par le sang des fées qu’il vient de dévorer (décapiter avec les dents serait un terme plus exacte).
Inutile de passer par quatre chemins tant Del Toro nous impressionne une nouvelle fois par sa maîtrise et par la richesse de son univers. Le labyrinthe de Pan est à n’en pas douter un film qui se prête à de multiples visionnages tant l’univers dépeint est riches et parsemé de multiples détails et d’interprétations. Poétique, troublant, violent, noir tout en étant merveilleux, ce film fait une nouvelle fois la démonstration que Guillermo Del Toro est bien l’un des cinéastes les plus important et les plus doués de sa génération. Se réclamant du conte de fée mais aussi du film de guerre, ce labyrinthe est un véritable chef-d’oeuvre d’une force émotionnelle inouïe qui fait une nouvelle fois la démonstration que la véritable horreur est avant tout au coeur de l’être humain. Le cinéaste parvient à retrouver dans cette histoire « d’Ofélia au pays des merveilles » version sombre, une poésie et une puissance que l’on n’avait pas vu depuis le Créature célestes de Peter Jackson (dont certains thèmes sont d’ailleurs communs).
L’interprétation est formidable (mention à Ivana Baquero et au fascinant Sergi Lopez quasiment aussi terrifiant de vérité que le Ralph Fiennes de Schindler’s list) et le film dégage une puissance visuelle qui n’est pas sans rappeler l’oeuvre de peintres célèbres (notamment de façon évidente dans la scène du « pale man » dont l’antre est recouvert de fresques rappelant les tableau de la mythologie grecque de Goya : Saturne dévorant son fils). Par ailleurs, les multiples niveaux de lectures qui peuvent découler de visions successives viendront compléter la richesse du métrage (la grenouille se nourrissant et accaparant les richesses vitales de l’arbre en se nichant en son coeur, n’est pas sans lien avec le capitaine accaparant dans une réserve toute la nourriture et les ressources du peuple). La personnalité complexe de Vidal (dont la relation à la montre de son père ramène à son désir de contrôler sa vie, ... et sa mort), la terrible réalité de la vie d’Ofélia, les thèmes sur le fascisme aliénant toute originalité, tout rêve et toute évasion de l’esprit (le final peut d’ailleurs rappeler celui du Brazil de Gilliam) font de ce film un véritable chef-d’oeuvre et l’un des évènements cinématographique de l’année. Un film bouleversant, magnifique et l’installation définitive d’un cinéaste au panthéon des plus grands.
Définitivement un film à voir et à revoir et dont la beauté n’a d’égale que la brutalité et la dureté de la terrible réalité de la vie d’une jeune fille dont l’échappatoire ne peut être que ce monde sur lequel elle peut régner et vivre avec ceux qu’elle aime. Un film dont le final laisse cependant peu de doute sur la vision et l’interprétation du cinéaste quant à la réalité des faits vécus par la jeune fille, et c’est en cela que le film atteint un niveau véritablement troublant et bouleversant.
Une oeuvre phare qui parvient à l’exploit de surpasser les précédents films du cinéastes (pourtant des modèles dans leurs genres respectifs) et à s’installer instantanément aux côtés de chef d’oeuvres oniriques comme Brazil, Heavenly creatures, Alice in wonderland, The wizard of Oz, à surpasser de nombreux films historiques prenant pour cadre une guerre mais aussi à faire partie des tout meilleurs films tout genres confondus. Un indispensable Chef-d’oeuvre, ni plus ni moins !
Deux tableaux de Francisco de Goya témoignant, entre autres, de l'inspiration du cinéaste par l'oeuvre du peintre: "Saturne dévorant son fils" (1821-1823) et "the witche's sabath" (1797-1798). Il est cependant également possible de penser aux oeuvres d'Arthur Rackham ou de Arnold Bocklin.
Une oeuvre phare qui parvient à l’exploit de surpasser les précédents films du cinéastes (pourtant des modèles dans leurs genres respectifs) et à s’installer instantanément aux côtés de chef d’oeuvres oniriques comme Brazil, Heavenly creatures, Alice in wonderland, The wizard of Oz, à surpasser de nombreux films historiques prenant pour cadre une guerre mais aussi à faire partie des tout meilleurs films tout genres confondus. Chef d’oeuvre point barre !
Note du rédacteur: 10/10
Note moyenne de la rédaction : 9.77/10