Jigsaw prend en otage un chirurgien pour l'aider à rester en vie pendant qu'il observe son apprenti faire passer un terrible test à une nouvelle victime.
Après le très décevant Saw 2, l'idée de remettre le couvert autour de Jigsaw semblait aberrante tant le concept peinait à se renouveler. Au final, nos craintes se sont effacées rapidement devant la réussite de Saw 3, métrage généreux et outrancier qui se permet l’anthologie et la déception. Hé oui, une réussite relative donc.
Wouah ! I fell good !
Ca n’est pas tellement la présence de Darren Lynn Bousman qui nous rassure (le toto a quand même bien pourri la franchise avec Saw 2) mais plutôt le retour de Wan et Whannell au script. Les deux acolytes se remettent au travail avec une joie et un plaisir sadiques qui transpirent sur chaque bobine. Bien décidés à relever la barre, ils se permettent de pousser la limite du supportable dans des pièges qui reservent de grands moments de souffrance (mention spéciale au piège qui tourne et retourne un personnage dans tous les sens) et se font l’écho des grandes heures du gore transalpin.
Soyons honnêtes, on ne va pas voir Saw 3 pour autre chose que pour ces démonstrations d’horreur ultime. Et les viandards que nous sommes ne vont pas s’en plaindre, loin s’en faut. Toutes les dix minutes, une mise à mort inventive, une dose de souffrance extrême. Mais la question est de savoir si ce délire visuel se suffit à lui-même. Car loin du second volet, ce métrage se démarque également de l’original Saw dans sa trame narrative et ses enjeux émotionnels.
Et après ? Saw 3 se permet la démesure visuelle mais se garde bien de travailler les enjeux des souffrances et la profondeur des personnages. Là où certaines critiques ont dit du film qu’il s’agit de mater un gros bout de barbaque en écoutant du néo-métal, et certaines autres qui tentent de proposer des théories sur des personnages fouillés et plus complexes qu’auparavant, il y a un fossé ahurissant, vous en conviendrez. Saw3 ne mérite surtout pas le mépris, mais il n’est pas nécessaire de justifier quelques plans et lignes scénaristiques par des théories analytiques profondes. Saw 3 se définit parfaitement comme un pur « rollercoaster movie » avec tout ce que cela entraîne de hauts le cœur. Pour ce qui est des personnages, on navigue entre des idées excellents et un traitement foireux de ces mêmes idées.
ATTENTION SPOILERS Jeff, personnage piégé par Jigsaw et son apprentie, est torturé par la mort accidentelle de son fils, renversé par une voiture, dont le coupable n’a écopé que de six mois de prison. Ivre de vengeance au point de délaisser sa femme et sa fille, Jeff se retrouve prisonnier de ses propres pulsions, obnubilé par le désir de mettre à mort tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la mort de son fils. Et ce Jigsaw va lui proposer est un parcours du combattant (sorte de Fort Boyard hardcore) dans lequel il devra affronter ses propres peurs, mais également voir jusqu’où va son désir de vengeance, sa capacité à la rédemption et au pardon. Ce thème de la rédemption est poussé plus loin encore dans le métrage et se permet même de façonner un nouveau visage au Jigsaw. Contradiction du personnage qui teste la rédemption mais est définitivement incapable du moindre pardon et qui va jusqu’à ne pas se décrire comme un meurtrier ! Et c’est peut-être ça le plus extrême finalement dans le métrage de Bousman. Ce ne sont pas tant les scènes atroces qu’il nous propose mais plutôt les égarements de Wan et Whannell qui peuvent troubler. FIN DES SPOILERS
Finalement assez creux, les personnages ne permettent pas plus que dans Saw 2 de s’attacher à eux et donc de compatir à leurs souffrances. L’empathie disparaît complètement (qu’on ne me dise pas qu’en deux pauvres plans d’un mec avec un flingue devant son miroir, genre Taxi Driver bidon, on peut s’attacher à ses souffrances, mais bon). Bien plus encore, la structure narrative du film se détache complètement de sa base originelle, à savoir le puzzle. Saw avait cette force de proposer un métrage puzzle sont toutes ses formes (meurtres en puzzle, intrigue découpée et mystérieuse, spectateur non omniscient se retrouvant au même niveau de savoir que les personnages..) ; ainsi, la thématique fonctionnait sous tous les plans (visuel, narratif, émotionnel). Plus de puzzle dans Saw 3, certains twists pouvant être annoncés à grands renforts de trompettes et messages clignotants, cela serait pareil. Dommage.
Tiens, voilà du boudin…
Au final, on se retrouve avec un film bancal dans une certaine mesure. Là où certains l’apprécient pour ces qualités narratives, les autres le descendent pour son gore excessif. Il reste tout de même que Saw 3 reste un film de grand malade proposant de scènes d’anthologie, des pièges d’un sadisme inouï et une certaine claustrophobie bienvenue. Bousman s’est un peu calmé dans ses mouvements de caméra et se pose un plus pour filmer la mort, la peur, la délectation devant la souffrance. Cela dit, si certaines idées rehaussent le niveau général du film (le thème parent/enfant, le souvenir vécu dans la douleur, la rédemption), on n’est loin d’une œuvre profonde et intéressante. En bref, Saw 3 est une claque visuelle de tous les instants, un grand huit des tripes ravageur, un festin de gore qui ne prend pas le spectateur de haut. Un film généreux donc, et faut dire que ça faisait bien longtemps qu’on n’avait pas vu ça. Et faut le voir pour le croire.
Jigsaw prend en otage un chirurgien pour l'aider à rester en vie pendant qu'il observe son apprenti faire passer un terrible test à une nouvelle victime.
Note du rédacteur: 8/10
Note moyenne de la rédaction : 6.00/10