Sous les traits d'un divertissement hollywoodien, Nolan continue d'explorer sa thématique du faux-semblant et livre une parabole sur le monde du spectacle et du cinéma. Captivant.
Il est étonnant de voir avec quel brio Christopher Nolan gère sa carrière à Hollywood. En trois films, le réalisateur aura su mener sa barque sans se faire dévorer par les nombreux requins, naviguant dans les eaux troubles de la capitale du cinéma mondial. En effet, depuis Insomnia, le cinéaste jouit d’une liberté que rarement d’auteurs peuvent se vanter d’avoir obtenu au sein de l’industrie hollywoodienne. Une liberté qui lui a permis, à travers des films plus grand public (profitant des moyens plus que confortables que peut offrir Hollywood), de continuer d’explorer sa thématique, présente depuis son premier film: le faux-semblant. Car dans le cinéma du cinéaste tous les personnages ne sont en réalité pas ce qu’ils paraissent. Le jeune homme dans Following, le suiveur, Leonard Shelby dans Memento, Will Dormer dans Insomnia et Bruce Wayne dans Batman Begins autant de « héros » qui cachent aux yeux du monde (et parfois même à ceux du spectateur) leur véritable être intérieur.
C’est tout naturellement donc de voir le réalisateur s’intéresser au monde de la magie dont le faux-semblant est la base. En partant de l’histoire d’une rivalité entre deux magiciens (Hugh Jackman et Christain Bale tout deux excellents mais ce dernier remporte tout le prestige si je puis dire) durant l’ère victorienne, Nolan explore bien sûr l’envers du décor du monde de la magie (plusieurs trucages des grands tours de l’époque nous sont révélés), au détriment des gens de la profession. Mais au final tout cela n’est que prétexte pour parler d’un milieu plus contemporain : celui d’Hollywood.
L’intrigue du film, rondement bien menée, n’est n’y plus ni moins qu’une parabole sur le monde impitoyable du cinéma que fréquente depuis quelques années Chritopher Nolan. Les prestidigitateurs ne furent-ils pas l’équivalent de ce que sont devenus aujourd’hui les acteurs de cinéma ? Toute l’histoire devenant ainsi une mise en abyme : les deux héros étant d’abord les assistants d’un autre grand magicien (aujourd’hui ce serait d’un metteur en scène reconnu), puis ensuite chacun fait son numéro de son côté (premier court-métrage ou premier long), chacun voulant obtenir le prestige (les sirènes d’Hollywood : l’argent, la célébrité…)… et les exemples ne manquent pas : lorsque le personnage de Hugh Jackman essaye de comprendre puis de voler le tour du personnage de Christian Bale répétant ainsi le même tour, en l’enjolivant et lui enlevant toute âme ne peut-on y voir l’image des studios produisant à foison des remakes moribonds de chef d’œuvres du septième art, des studios qui se volent les projets entre eux voyant la profusion de projet similaires (Armageddon - Deep Impact, Le monde de Némo - Gang de requins, Madagascar – The Wild…), il est d’ailleurs amusant de constater que le film en est la victime (la sortie prochaine de The Illusionist, film traitant lui aussi de la magie).
Le film prend alors une autre dimension, celle d’un film qui en utilisant le faux-semblant (l’histoire regorge de trahisons et autres retournements de situations) devient un faux-semblant lui- même. Car encore une fois, sous les apparences d’un pur divertissement hollywoodien, Nolan livre une œuvre personnelle, dans laquelle on ne peut s’empêcher d’y voir certains rapprochements avec l’auteur : Alfred Borden (Christian Bale) est aidé en secret par son frère jumeau devenant une des pièces maîtresses et indispensables de son œuvre. Difficile de ne pas y voir une comparaison avec le propre frère du réalisateur Jonathan Nolan, co-scénariste sur le film et de Memento, restant dans l’ombre de son frère. Une thématique du double parfaitement ajustée avec celle du faux-semblant : le jumeau d’Alfred se trouve être la face sombre du personnage et le sosie de Robert Angier (Hugh Jackman) cachant la supercherie de son tour. Un film aux multiples niveaux de lecture qui supporté par une mise en scène captivante, un scénario à la narration torturée et complexe (mais jamais gratuite), une photographie magnifique et une reconstitution parfaite lui permettent de remporter pleinement l’adhésion. Vivement le prochain Batman.
Sous les traits d'un divertissement hollywoodien, Nolan continue d'explorer sa thématique du faux-semblant et livre une parabole sur le monde du spectacle et du cinéma. Captivant.
Note du rédacteur: 8/10
Note moyenne de la rédaction : 8.50/10