Un film d’animation visuellement très beau et riche dans son fond. Paprika est un film complexe (il faudra le visionner plusieurs fois pour en apprécier toutes les subtilités) et une nouvelle expérience cinématographique qu’il faut plus ressentir qu’analyser.
Est-ce que la sortie du dernier film de Satoshi Kon sur les écrans français, alors que ses précédentes œuvres Millenium Actress et Tokyo Godfathers n’avaient eu droit qu’a une simple sortie en DVD, prouverait que le réalisateur est enfin reconnu en Occident comme une figure incontournable de l’animation japonaise au même titre qu’un Hayao Miyazaki ? Surement et ce n’est que justice.
Dès son premier film Perfect Blue en 1999, Satoshi Kon a démontré qu’il avait tout d’un grand et pose les bases de sa thématique principale : celle de la société japonaise. Que ce soit à travers un thriller hitchcockien (Perfect Blue) ou la chronique à la Franck Capra de SDF (Tokyo Godfathers), Satoshi Kon n’a de cesse de scruter la société dans laquelle il vit pour mieux en montrer les fondements mais surtout les maux. Car chez le réalisateur la société japonaise est montrée comme oppressante et difficile à vivre pour ses habitants. Il en va de même dans Paprika et de son héroïne principale, Atsuko Chiba jeune scientifique froide et droite qui utilise son alter ego imaginaire Paprika pour faire des choses qu’elle ne se permettrait pas dans le monde réel trop strict. Même si le caractère social est présent dans le film il semble moins incisif que les précédentes œuvres. De ce côté-là le film déçoit sensiblement bien qu’on peut voir dans cette histoire d’appareil capable de visualiser les rêves comme une certaine dénonciation du viol du dernier espace de totale liberté par la science. Ici Satoshi Kon s’intéresse plus à une de ses autres thématiques récurrentes celle de la contamination du réel par le rêve et la fiction.
Une thématique qui va souvent avec la première : dans le cinéma de Satoshi Kon, la société japonaise est tellement pesante qu’elle en oblige ses personnages à perdre le contact avec la réalité au point de ne plus distinguer cette dernière avec le rêve devenant le symbole de ce malaise. Comme dans sa minisérie Paranoïa Agent (l’une des meilleures séries d’animation japonaise de tout les temps), à laquelle on peut vraiment rapprocher le film, il est difficile de faire la différence entre le réel et le rêve, l’un intervenant dans l’autre et vice versa, exprimant ainsi de manière violente les différents traumatismes et frustrations des personnages. D’ailleurs on retrouve dans Paprika, des éléments des précédents films du réalisateur : l’intervention du rêve dans la réalité de Paranoïa Agent dont la fin est très similaire, l’enquête policière de Perfect Blue et le côté tragi-comique de Tokyo Godfathers. Le tout assaisonné de science fiction, de psychanalyse et d’onirisme visuellement imprégné de pop culture japonaise. En résulte un film à la beauté formelle baignée dans une folie (celle des rêves et des cauchemars) tour à tour envoûtante et inquiétante. On peut perdre son temps à comparer Paprika à Lynch, Gilliam ou encore Hitchcock mais c’est inutile, Satoshi Kon à son propre univers et son cinéma ne ressemble au final qu’à lui.
Un film d’animation visuellement très beau et riche dans son fond. Paprika est un film complexe (il faudra le visionner plusieurs fois pour en apprécier toutes les subtilités) et une nouvelle expérience cinématographique qu’il faut plus ressentir qu’analyser.
Note du rédacteur: 7.5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.50/10