| L'ambiance était électrique dans la salle lors de la projection d'Harry Potter et l'Ordre du Phoenix; ainsi, on a pu entendre moults applaudissements avant, pendant et après le film, témoignant d'un véritable engouement des fans présents mais aussi d'une véritable assemblée qui manifestement ne se soucie guère de la qualité d'un film. En vérité, ils applaudirent parce qu'il s'agissait de leur sorcier préféré et quand on est fan, eh bah on est fan c'est tout. A titre de comparaison, la même joie nous avait empli le coeur, quelques fans et moi-même, lors de la projection du Land of the Dead de Romero. Et à titre de comparaison, nous devions être 150 dans la salle, dont 30 à nous réjouir de pouvoir voir sur grand écran (chose assez rare pour être notée) un film du maître de l'horreur. Mais bon, chacun ses goûts même si je reconnais que le dernier film zombiesque du maître n'est pas exempt de défauts. Enfin bref, passons cette parenthèse pour nous attaquer au film de David Yates.

Posons nous d'abord la question de savoir si le film aurait eu un tel succès s'il n'était pas issu d'une célèbre franchise littéraire. Je pense que oui, mais sûrement pas à ce point. Alors, quels sont les défauts du film? Il est déjà trop long. Plus de deux heures, c'est long, surtout quand on est face à de longues scènes de couloir interminables. Yates se permet de filmer à outrance des plans qui suivent nos héros (ça reste à voir d'ailleurs...) dans de longs corridors (le pont de l'école, dans l'école, dans le ministère, à Londres...) qui ne font presque jamais la liaison entre deux scènes, mais sont posées là un peu n'importe comment. Mais ce qui surprend le plus dans cet ennuyeux métrage, c'est la pauvreté de la trame scénaristique qui, de nouveau, propose le même schéma: vie chez les moldus, voyage vers l'école, rencontre avec les anciens camarades, nouveaux arrivants, péripéties sans grande inventivité, climax en dessous du niveau de la mer, combat final baclé et joli plan sur l'école. Et hop, à l'année prochaine! Disons que pour un film de sorcier, la recette est toujours la même...

Pour ce qui est des "héros", le terme reste à définir. Si l'idée de censure et de révolte est bien amenée dans le film, la révolte des petits sorciers tarde à voir le jour (trop long encore une fois). C'est au moment même où Hermione déclame que c'est "génial" de ne pas suivre les règles que l'on se rend compte que l'on a affaire à des mômes soit dépassés par les événements, soit qui n'ont pas le charisme espéré. De plus, l'héroîsme à proprement parler se fait bien rare, voire quasi inexistant. Notez également les blagues bidons qui parsèment le métrage, principalement des vannes d'ados entre Hermione et Ron ("ton pull est moche... c'est toi qu'est mocheuuhh".)
Pour ce qui est des acteurs, on se retrouve avec une redondance exaspérante dans le jeu. En effet, les personnages évoluent au fil des livres (et des films), mais le jeu est identique au premier volet (prenez le Le Seigneur des Anneaux pour comparer et vous verrez que les personnages ET les acteurs évoluent au fil de l'histoire). Ca manque de naturel mais ce qui déçoit le plus reste le baiser raté d'Harry Potter. La scène hésite fébrilement entre plusieurs facteurs: un acteur adulte (on espère que ça n'est pas son preums bisous), un personnage adolescent et un baiser attendu depuis un bail. Total: un des baisers les plus ridicules de l'histoire du cinéma.

Musique sans saveur, réalisation à la limite du syndicalement correct, mais c'était sans compter la quasi absence de scènes de magie, comble pour un film de sorcelerie. On ne notera pas les quelques scènes ridicules où des oiseaux en papier volent, des sorciers s'amusent à s'enlever leurs baguettes, à faire léviter leurs petits camarades de classe... Sans commentaire. Bref, on ne retiendra qu'une scène de feu d'artifice plutôt réussie et un combat final visuellement correct mais qui ne va pas au bout de ses ambitions.
On notera également, et comme d'habitude, l'absence à l'écran du grand méchant qui fait si peur qu'on ne doit pas prononcer son nom (on se demande pourquoi d'ailleurs). A peine arrivé, il se fait laminer en quelques petites minutes et s'en va comme il est arrivé, très vite. Ralph Fiennes n'apporte aucun charisme à Voldemort et alors qu'on s'attendait à un vrai combat avec Harry, on se retrouve face à un bien beau pétard mouillé. En même temps, quand on sait que la franchise (j'insiste sur le terme franchise) comporte sept volumes, on se doute bien que ça n'est pas encore ce coup-ci qu'on verra le grand méchant crevé. On se contentera de comparer la présence physique et scénique d'autres grands méchants du cinéma pour se rendre compte des erreurs de la franchise Potter: Darth Vador et Sauron (invisible mais bien plus présent...) pour ne citer que ceux-là.
En ce qui concerne la distribution, on notera le jeu toujours au poil d'Alan Rickman ou de Gary Oldman (sans doute le meilleur acteur du film, mais bon, ça ne s'invente pas). Mention spéciale à Matthew Lewis (Neville) qui sort plutôt bien son épingle du jeu. En fait, face aux premiers acteurs du film, y a pas de mal.

Reste donc un film terriblement banal, parfois hors-sujet, mal joué, ennuyant à souhait, aberrant dans ses dialogues et qui ne va pas au bout de son côté sombre. Yates filme Potter avec ses pieds mais rempli parfaitement son rôle au vu de l'engouement du public. Sacré tour de passe-passe! Et oui, c'est ça aussi la magie d'Harry Potter, même si la recette sent le réchauffé et le copier-coller, ça fonctionne quand même! C'est magique!
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