En signant l’indigent scénario de La colline à des yeux 2, Wes Craven fournit le bâton à ses détracteurs pour se faire battre et démontre que ce n’est plus la qualité artistique qui l’intéresse mais la rentabilité rapide et facile.
Le remake du film « culte » de Wes Craven (c’est selon l’avis de chacun) La colline à des yeux par le français Alexandre Aja avait fait l’effet d’une bombe à sa sortie. Débarquant en pleine période de remakisation intensive des classiques horrifiques des années 70, la version 2006 se démarque grandement de toute cette clique de produits prêts à la consommation qui assaillissent nos écrans. Aussi bien de cette flopée de films inutiles qui peinent à retrouver ne serait ce qu’un dixième de la qualité de l’œuvre originelle (le nanar The Fog, 666 – La malédiction…), que des quelques rares revisites plus malignes faisant preuve d’un peu plus de respect par rapport au matériau d’origine (les très bons Massacre à la tronçonneuse et L’armée des morts). Pourquoi sort-il du lot ? Parce qu’au lieu de miser simplement sur le glorieux nom de l’œuvre reproduite ou de rester dans l’ombre de son aîné (trop) mythique, Aja lui, non seulement respecte le travail de Wes Craven (producteur du film), mais inscrit intelligemment le sujet dans son époque. De ce fait, il impose sa version à un tel point qu’elle fait oublier du coup celle de 1977. Une complète réussite artistique et un franc succès au box-office américain qui appelait forcément à une suite. Suite (forcément ?) décevante.
Si le premier est un remake de La colline à des yeux, le deuxième n’est pas du tout celui de La colline à des yeux 2, film datant de 1985 et séquelle de l’original (vous suivez ?). Un incommensurable navet, véritable étron drolatique dans la filmographie très inégale du père Craven, qui aimerait bien faire oublier au monde entier cet écart de conduite. Pourtant difficile d’oublier l’improbable histoire de ce groupe de bikers partis participer à une course de moto et se perdant en court de route dans le désert, là où quelques années avant, une des membres du groupe fut la victime, elle et toute sa famille, de mutants cannibales. Une suite très Z, opportuniste, faite à la va-vite, au casting d’acteurs « djeuns » tous plus foireux les uns que les autres (on met une heure à comprendre que l’une des filles est aveugle) au scénario des plus débiles et à la mise en scène inexistante, utilisant un maximum de plans du premier film lors de nombreux flash-back (y compris celui d’un chien !). Un échec artistique et financier total qui ruina la franchise pour de bon, empêchant la parution de toute une accumulation de suites à l’image des Freddy ou autre Vendredi 13. Le succès inattendu de la version de 2006 pouvait se voir alors comme une chance pour Wes Craven de se racheter et d’offrir au public une suite digne de ce nom, ainsi que de retrouver une certaine crédibilité, perdue depuis son Cursed de triste mémoire, auprès de la profession et des amateurs de l’horreur. Chance qu’il n’a pas saisi puisque le résultat est loin d’être à la hauteur.
Ce coup-ci, ce n’est plus le calvaire d’une famille américaine face à des mutants cannibales (au design toujours réussi) que dépeint le film mais celui d’une escouade de soldats de la garde nationale chargée de ravitailler une section postée au Nouveau-Mexique, dans le fameux secteur 16 et qui vont faire les frais de l’accueil peu amical de la population locale. Faisons un bref état des lieux : la mise en scène du film reprend sans génie la charte graphique du précédent volet, le son grimpe subitement pour faire sursauter aux moments où l’on s’y attend le plus, on retrouve une critique de la politique américaine mais elle est amenée de manière beaucoup trop maladroite (voir la scène d’entraînement des militaires) et le tout se conclue par une nouvelle fin ouverte appelant un troisième opus. On ne critiquera pas trop le réalisateur Martin Weisz, choisit pour être un simple exécutant, qui de toute manière ne pouvait pas faire grand-chose d’un projet uniquement commercial, produit de manière expéditive (à peine un an entre le lancement du projet et la sortie sur les écrans), pour miser sur le succès encore frais du film d’Aja ayant quitté le projet justement à cause de cette production trop précipitée. S’il y a quelqu’un à blâmer c’est celui qu’on appelait il n’y a pas encore si longtemps « maître de l’horreur » (titre qui semble aujourd’hui bien usurpé) monsieur Wes Craven en personne.
Bien qu’il ne signe pas la réalisation de ce nouvel opus, Craven (toujours producteur) est le commandant du navire et ce sont ses choix (y compris les plus mauvais) qui s’imposent. Avec la collaboration de son fils, il fournit donc un scénario certes basique mais qui aurait pu faire illusion pendant 90 minutes, si celui-ci n’était pas ponctué d’idées « chocs » complètement saugrenues. Comme celles d’une victime sortant du fin fond des chiottes pendant qu’un soldat fais sa commission (cherchez pas à comprendre) où celle d’une G.I Jane s’éclipsant pour aller faire ses besoins alors qu’elle sait pertinemment que des prédateurs vicieux qui n’attendent que ça (qu’elle s’éclipse pas qu’elle… enfin vous avez compris) pour la capturer. De plus la grande erreur du script est de ne posséder aucuns personnages aimables. Tous sont une bande de trouffions plus cons les uns que les autres. Entre un grand nigaud, un pacifiste tête à claque et un nabot macho, colérique et narcissique (non je ne parle pas de Sarkozy)… ce n’est pas l’empathie qui nous subjugue mais une envie folle de les voir tous ce faire trucider jusqu’au dernier. Difficile alors d’être effrayé ou choqué par la violence, pourtant très prononcé du film, car celle-ci est approuvée par le spectateur. Tout un lot de démembrements, d’éviscérations et d’hémoglobine à la limite du cartoon puisque les auteurs confondent horreur viscéral et grand guignol, prouvant qu’ils n’ont rien compris de ce qui faisait la réussite de l’opus précédent. Seules deux exceptions sont à noter : la scène d’accouchement pénible au tout début et la scène de viol qui malgré leurs rapidités suscitent un trouble et arrivent à retenir l’attention. Un bilan au bout du compte assez maigre pour ce nouveau La colline à des yeux 2 n’atteignant pas la nullité de son déshonorant homonyme mais s’en rapprochant incontestablement.
En signant l’indigent scénario de La colline à des yeux 2, Wes Craven fournit le bâton à ses détracteurs pour se faire battre et démontre que ce n’est plus la qualité artistique qui l’intéresse mais la rentabilité rapide et facile.
Note du rédacteur: 3/10
Note moyenne de la rédaction : 4.50/10