Second film majeur de George A. Romero (son 4e au total), The crazies peut être considéré comme le chainon manquant de la trilogie des morts-vivants de son réalisateur (Night of the living-dead, Dawn of the dead, Day of the dead). Le film sortit tardivement en France en 1979 (dans un doublage français aujourd’hui disparu) puis en VHS sous différents titres : La nuit des fous vivants tout d’abord, titre ridicule (celui-là fallait oser quand même !) uniquement destiné à rappeler : La nuit des morts-vivants. Enfin il fût exploité en vidéoclub sous le titre Experiment 2000. Aux USA, le film est aussi connu sous les titres de Cosmos 859 (!!) et Code name Trixie.
Le seul intérêt du titre français est de faire un lien avec un précédent film de Romero ; et il faut bien avouer que cette analogie est justifiée. Les différences entre les deux films étant tout d’abord l’utilisation de la couleur et l’accentuation de l’aspect politique-fiction. En fait, le film est un hybride entre La nuit des morts-vivants et le futur chef-d’œuvre de Romero : Zombie. Les morts-vivants sont ici remplacés par des fous assassins victimes d’une arme bactériologique qui s’est répandue dans une petite ville isolée suite au crash d’un avion militaire. Dès lors, la contamination est en marche. Quiconque a le malheur d’être en contact avec un des contaminé ou avec de l’eau des environs devient à son tour victime d’une crise de folie irréversible. L’armée est dépêchée sur les lieux, met la ville en quarantaine et déclare la loi martiale.
Si Romero ne montre aucune scène de contamination, en revanche il ne nous épargne pas les scènes de pillages et les exactions de l’armée. Les soldats ne prennent aucun ménagement avec les populations civiles aucun détail ne nous est épargné dans cet état de chaos. Avant toute chose, Romero s’intéresse aux dérives fascisantes d’une prise du pouvoir par les militaires et envoi de nombreuses allusions à la situation de la guerre au Viet-nam. Par la satire, l’ironie et l’absurde, le réalisateur montre qu’il est désabusé par le gouvernement de son pays. Le véritable danger dans le film ce sont les soldats. En outre, le film se permet des scènes chocs comme ce père gagné par la folie qui éprouve soudainement une attirance pour sa propre fille. Une scène terriblement malsaine qui serait probablement interdite aujourd’hui et qui montre la folie des hommes lorsque les barrières sociales et humaines sautent. L’inceste fait soudain irruption dans le film et montre le bouleversement humain irréversible provoqué par la catastrophe. David Cronenberg saura se souvenir de cette scène et de ce thème pour ses deux premiers films : Frissons et Rage. Enfin, l’affrontement de 3 groupes distincts (les héros, les fous / Zombies et l’armée) sera un thème développé plus tard par le réalisateur dans l’excellent Day of the dead puis sera repris par Danny Boyle dans le magnifique 28 jours plus tard, film similaire sur bien des points au film de Romero.
The crazies apparaît comme le film le plus politique et contestataire de son auteur (c’est dire). Le film se classe sans peine en haut de la filmographie de Romero et constitue une œuvre-clé et personnel de son univers. Malgré quelques longueurs dans le dernier tiers du film, le film nous réserve son lot de fusillades et de scènes chocs doublé d’une vision extrêmement pessimiste de l’homme.
Attention SPOILER : En effet, le seul homme capable d’enrayer le virus sera abattu en étant pris pour un des assassins. Après 1h40 de visions d’exactions graves commis par les soldats et d’incapacité du haut-commandement à prendre des décisions efficaces dûes à un manque de communication réelle et d’une incompétence chronique, le film s’achève alors que l’épidémie est sur le point de se propager à d’autres villes. Ainsi tout ce qu’on a vu jusque là a été vain. La quarantaine, l’isolement et les atrocités commises n’ont servi à rien. Aussi, le magnifique titre original « The crazies » prend-il tout son sens et nous rappelle le célébrissime final de La planète des singes de Schaffner dans lequel Charlton Heston tombe à genoux devant les deniers reste de sa civilisation et déclare : « Les fous, ils l’ont fait sauter leur bombe ! »
Décidémment, les fous ne sont pas ceux que l’on croit…