| Anna (Virginie Ledoyen) est une jeune femme qui arrive à Saint Ange, un pensionnat pour jeunes orphelins alors que ceux-ci s’en vont après l’accident qui a coûté la vie à l’un d’entre eux. Elle se retrouve donc seule avec la directrice des lieux, la très froide Francard (Catriona MacColl, vue notamment dans L’Au-Delà et La Maison Du Cimetière de Fulci), une jeune femme au comportement étrange, Judith (Lou Doillon) et Helenka (Dorina Lazar), la contremaîtresse de l’établissement, afin de nettoyer l’endroit après le départ des enfants. Elle commencera bientôt à faire de terribles cauchemars, à entendre des rires, des bruits de pas, des voix. Après l’avertissement, le jour de son départ, d’une petite fille de faire attention aux « enfants qui font peur », une chose deviendra pour elle une évidence : des enfants sont encore dans la bâtisse, quelque part…

Pour la petite histoire, le réalisateur, Pascal Laugier, avait rencontré Christophe Gans (Crying Freeman,Le Pacte des Loups) après son court-métrage Tête de Citrouille. Celui-ci lui avait alors confié la réalisation du très bon making-of du Le Pacte des Loups. Ici, il coproduit Saint Ange et offre au jeune réalisateur la possibilité de s’exprimer dans un film honnête, sincère, et chose assez rare en France pour être remarqué, qui flirte allègrement avec le fantastique.
Le film s’ouvre comme un authentique film de fantômes, avec cette grande bâtisse austère, entouré d’un jardin aux motifs torturés. On retrouve là toute une imagerie typique, que le réalisateur renforce par des références beaucoup plus récentes, puisqu’il avoue s’être beaucoup inspiré du magnifique Les Autres d’Alejandro Amenábar (Tesis, Ouvre Les Yeux) et de l’incroyable La Secte sans nom du très talentueux Jaume Balagueró (Darkness).

Toutefois, ce film n’est malheureusement pas exempt de défauts : si Virginie Ledoyen n’est pour une fois pas complètement insupportable, Lou Doillon joue toujours aussi mal et a tendance parfois à en faire un peu beaucoup, ce qui porte un coup fatal à certaines scènes qui auraient eu besoin d’un petit peu plus de finesse, de poésie (la scène de la mort des chatons par exemple). De plus, on comprend assez mal les enjeux du film ou la motivation des personnages. Le personnage d’Anna, notamment est magnifiquement traité, complexe et beau, mais on a du mal a comprendre pourquoi elle s’investit tant, et de façon si soudaine, dans la recherche de ces supposés enfants enfermés quelque part dans l’orphelinat. Du coup, l’identification devient parfois difficile et on en perd un peu les pédales.
A côté de cela, force est d’avouer que le film est parfaitement maîtrisé d’un point de vue formel : la photographie de Pablo Rosso (Les Enfants d’Abraham, de Paco Plaza et… suite de La Secte sans nom, on s’y retrouve…) est magnifique, parfaitement dosée dans ses contrastes, les axes et mouvements de caméra sont étudiés et soignés. Finalement, seule la direction d’acteurs souffre de quelques « dérapés » et hormis un final incompréhensible tant au niveau de l’intention de jeu que de la narration, le film se suit assez joyeusement et va même jusqu'à proposer quelques idées assez innovantes, terrifiantes, comme par exemple l’image du miroir brisé, qui telle une bouche aux dents acérées s’ouvre devant nos deux comédiennes.

Voilà donc un film, qui, une fois de plus, ne va pas révolutionner le genre, mais qui, malgré tout, marque le paysage cinématographique fantastique français d’une référence plutôt solide en la matière, surtout pour un premier film. En plus de ça, on assiste de la part de Christophe Gans a une véritable volonté de promouvoir le fantastique français et les jeunes réalisateurs désireux de montrer, en France, autre chose que L’Américain ou Double Zéro, cinéma caca-prout-pipi pour lequel nous sommes passés champion du monde toutes catégories. Non pas que je n’apprécie pas l’humour tâcheron d’un Eric et Ramzy, mais il me semble primordial, par souci de diversité et donc de qualité, que notre beau pays s’ouvre à des genres plus à même de conquérir le cœur de nos voisins à travers le monde… d’autant que ça n’est pas la demande qui manque !
Une seule question persiste : pourquoi, dès que l’on fait du fantastique en France, s’oblige t’on a faire des films incompréhensibles dans leur dernière bobine ? Le mystère demeure entier (cf. Haute Tension)…
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