Deuxième film de Carpenter réalisé pour la société Alive films (déjà producteurs de Prince des Ténèbres), They live avec son faible budget de 4 millions de dollars est le film le plus contestataire de son auteur. Regonflé à bloc par la liberté totale que lui confère ces budget serrés, Carpenter redinamise totalement son cinéma en s’en prenant directement au système.
Carpenter adapte ici la nouvelle "Eight O'Clock in the Morning" écrit par Ray Nelson dans les années 60. Les grandes lignes de l’histoire sont reprises ; soit l'éveil d'un brave citoyen américain à la dure réalité d'une colonisation extra-terrestre effectuée par des messages subliminaux retransmis par la télévision. Si ce traitement laisse entrevoir pour Carpenter les bases idéales pour une série B aux allures de western déguisé, cette histoire va permettre avant tout au cinéaste de régler ses comptes avec l'idéologie de son propre pays.
John Nada (l’ancien catcheur Roddy Pipper), un ouvrier au chômage, arrive de Denver à Los Angeles en vue de chercher un emploi. Il trouve un boulot précaire sur un chantier et fait la connaissance de Franck (Keith David déjà vu dans La Chose) qui devient son ami. Rapidement, John remarque des activités incessantes et bien mystérieuses dans une église. Mais une nuit, les forces de l’ordre envahissent brutalement la chapelle et détruisent tout sur leur passage, sans raison apparente. Intrigué, John remarque le lendemain un carton de lunettes de soleil dissimulé derrière un mur. Après les avoir posées sur ses yeux, ce qu’il découvre le stupéfie : une partie de la population est composée d'extra-terrestres que l’on ne peut distinguer que grâce à ces lunettes…
Le film très politique et engagé contre la société de consommation et les disparités sociales que celle-ci engendre, a donc pour héros John Nada (dont le nom signifie « rien ») qui est un vagabond en retrait de la société. Durant une demi heure, le film se bornera ainsi à montrer la vie de ces pauvres que le pays a abandonné en route, et ce jusqu’à la séquence du « nettoyage » des laissés pour compte de Justice ville par la police. Passé cette première partie le chapitre science-fiction commence réellement. Nada désormais détenteur des fameuses lunettes peut identifier des extraterrestres et tenter de convaincre son ami de leur existence. S’en suivront 7 bonnes minutes de baston anthologiques et gratuites pour que son pote accepte de mettre les lunettes, hommage à L’homme tranquille (The quiet man) de John Ford.
Nada en découvrant la vérité, va dès lors se décider à faire un carton sur les envahisseurs qu’ils soient flics, politiques ou simples passants. Littéralement, le personnage abat sur le champs ceux qui sont responsables de la pauvreté grandissante : pour Carpenter les consuméristes sauvages et les représentants de l’amérique des années 80.
Plus aucun doute sur tout cela lorsqu’on découvre la faciès squelletique des E.T. (un visage décharné et pourri), ainsi que leurs messages subliminaux : Obéis, Dors, Consomme, Regarde la télé, Maris-toi et reproduis toi, ….). Carpenter y vas fort et le fait que cela soit aussi ouvertement affiché surprend encore. Jamais depuis nous n’avons revu un film de genre aussi engagé que celui-ci. Critiquant à la fois la télévision (chargée dans le film d’asservir la population et de contrôler les pensées), la corruption (les aliens préviennent toute rébellion grâce au confort matériel et l’argent), le capitalisme éxagéré (« ceci est ton dieu » est l’inscription subliminale des billets de banques), et la répression à outrance (la police est constituée en grande partie d’aliens qui tirent arbitrairement), Carpenter nous livre en plus de tout cela un film extra jouissif au premier degré.
Carpenter prouve encore une fois avec They live que malgré un budget ridicule, il reste un grand cinéaste capable en un seul film de faire un brulôt contestataire hallucinant, un western urbain, une série B formidable et un film de science-fiction à l’ancienne. Chapeau bas.