Lorsque Carpenter réalise un épisode d'une série déjà culte, tout cinéphile averti se poste devant son écran, les yeux grands ouverts, en espérant assister à un spectacle hors du commun. Mais Pro-Life pouvait il égaler Cigarette Burns ?
Pour le fan ultime de Big John que je suis, la sortie de Cigarette
Burns, en 2005, après quatre ans sans se délecter du moindre bijou du
Maître de la Série B, dans le cadre de la première saison des Masters
of Horror, constituait une sorte de trip ultime, comme un gamin avalant
un hamburger après deux jours de repas riches en légumes verts. Sorti
un an après ce retentissant épisode, sommet de l'univers horrifique
télévisuel marquant avec fracas le retour aux affaires du grand
Carpenter, c'est avec beaucoup de fébrilité que j'ai découvert
Pro-Life, épisode de la saison II des Masters Of Horror, datant de 2006.
De
l'univers sombre et glauque de la Fin Absolue du Monde, Carpenter
marque d'entrée une différence par la photographie bien plus lumineuse
de ce huis-clos évoquant le cas d'une jeune femme enceinte souhaitant
avorter car, selon elle, son enfant n'est pas normal. C'est une
théorie asses logique si l'on regarde la mine patibulaire de son père,
homme d'église ravagé du bulbe, opposé à tout avortement. Carpenter
s'attaque de nouveau à la foi, Ron Perlman remplaçant le regretté
Donald Pleasence (Prince des Ténèbres) dans le rôle du prêtre. Carpenter
privilégie plus le rythme que l'intrigue, l'entrée en force dans
l'hôpital de Perlman et fils rappellant parfois les oeuvres de jeunesse
de Big John (Assaut). Le rejeton du cinéaste, Cody, assure d'ailleurs une BO très respectueuse de l'univers paternel, à la fois rapide et rock'n roll.
Mais
le scénario de cet épisode est le point faible de ce métrage, car on
finit par s'y perdre un peu, Carpenter laissant finalement trop
longtemps planer le doute sur l'identité réelle des méchants : sont-ce
les médecins, l'homme d'église ou alors le monstre trônant dans le
ventre gigantesque de la jeune fille ? Dans cet étrange bric à brac,
Perlman se perd un peu dans un rôle ubuesque, tandis que Carpenter
penche, dès la deuxième moitié du segment, vers de la série Z pure et
dure. Le souci est que l'on se demande s'il s'agit d'une parodie,
d'un hommage aux films de monstres des années 50/60 ou si Carpenter est
sérieux.On passera la scène, davantage ridicule et confuse, voire
drôle, qu'effrayante, de l'avortement sur un médecin homme, pratiqué
rudement par Perlman, pour se concentrer sur un final digne d'un film
d'Ed Wood.
La fin du film est presque une supercherie, prouvant que
Carpenter a probablement filmé d'un oeil lointain ce mélange de S-F à
deux sous et de suspense, croisement improbable entre La Chose et
Assaut. On assiste donc à un épisode atypique, assez moyen, qui
démontre bien la baisse de qualité évidente de la deuxième saison de la
série Masters Of Horror. Pourtant, rien que ces références
démontrent la supériorité du Maître sur tous ces petits jeunes
cinéastes sans talent qui ne se servent de l'univers du cinéma de genre
pour faire leurs preuves, et ensuite rejoindre la grande Mecque
d'Hollywood, à l'heure où Los Angeles remake tous les premiers films de
Carpenter, sans goût et sans génie. En attendant, cette nouvelle incursion de Carpenter dans la petite lucarne ne mérite qu'un coup d'oeil poli mais discret.
Le renouveau de Carpenter passera par les salles obscures, assurément...
Lorsque Carpenter réalise un épisode d'une série déjà culte, tout cinéphile averti se poste devant son écran, les yeux grands ouverts, en espérant assister à un spectacle hors du commun. Mais Pro-Life pouvait il égaler Cigarette Burns ?
Note du rédacteur: 5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.75/10