Après un accident de voiture qui a valu la vie à son compagnon, Sarah s'apprête à passer le réveillon seule chez elle, lorsqu'une femme frappe à la porte et cherche à pénétrer chez elle à tout prix.
Le pari n’était pas gagné : renouveler le film de genre français dans ses entrailles les plus profondes, sur un plan formel mais également dans l’écriture. On ne tournera donc pas autour du pot, A l’intérieur est un chef d’œuvre noir et intense, une plongée abyssale dans les tréfonds d’une horreur sans nom.
Attendu depuis déjà un bon bout de temps par tous les amateurs de film de genre, A l’intérieur apparaît d’emblée comme une libération émotionnelle et artistique. Eh oui, enfin un film français arrive à nous en mettre plein la gueule en deux coups de ciseaux. On n’avait tout simplement pas vu ça depuis Haute Tension, la bombe gore d’Aja et Levasseur. A croire que ça marche pas mal les duos ces temps-ci. Alors, bien sûr, A l’intérieur n’enterre pas Haute Tension puisqu’il agit dans un registre différent dans son traitement de l’horreur, plus proche du survival pur et dur, codifié pour mieux surprendre. Là où le film de Maury et Bustillo étincelle, c’est dans son interprétation magistrale, son accumulation de scènes coup de poing et sa décharge émotionnelle.
C’est bien simple, Alysson Parady et Béatrice Dalle habitent leur personnage jusqu’au bout (vous verrez très souvent que l’expression « jusqu’au bout » reviendra souvent…), qu’il s’agisse de scènes violentes ou de plans où l’expression et les sentiments déchirent l’écran. Véritable ogresse tout droit sortie d’un conte, ange noir semant la mort, Dalle apparaît au tout début dans un plan renversant de maîtrise, un clair-obscur de frisson dessinant les contours d’une bête en marche. Alysson Paradis, mère protectrice au bout du rouleau, fait montre d’un savoir-faire indéniable dans l’interprétation de Sarah, jeune maman brisée par la vie dont la prochaine nuit ne sera qu’une descente aux Enfers, sans son Orphée, décédé dans un accident de voiture. Et si l’on se demande très vite pourquoi cette femme (Béatrice Dalle) harcèle la pauvre Sarah, d’autres questions viendront naître avec l’arrivée de nombreux personnages extérieurs, qui finiront bien souvent en amas de chairs et d’os.
Le titre lui-même se prête à une mise en abîme intéressante avec le corps de la jeune mère, la maison elle-même… L’idée de pénétration et de perforation, celle d’un corps étranger envahissant avec fracas un univers protégé se répète tel un leitmotiv tout au long d’un voyage au bout de la nuit, un périple jusqu’au bout de l’enfer. De façon assez surprenante, la réalisation se permet des mouvements de caméras et des lumières dignes des plus grands giallos. Il n’est donc pas surprenant que le giallo, non pas en tant que genre, mais dans ses thématiques formelles, ressuscite dans cette œuvre bouleversante. Ce ne sont pas Argento ou Soavi qui redonneront au giallo ces plus belles lettres de noblesse, mais bien deux français qui, pour un premier long, font mouche et réussissent à élaborer des mises à mort surprenantes dans leur mise en scène comme dans leur crudité. Attention, scènes brutales au programme : ciseaux, revolver, flashball, épingles… Jusqu’à un final, certes grand-guignolesque, mais tellement intense qu’il vous laisse instantanément sur les rotules. Et Maury et Bustillo de présenter même une image finale d’une noirceur jamais vue. Cauchemar éveillé, A l’intérieur se permet surtout d’aller jusqu’au bout de son traitement et de ses idées, chose assez rare pour être soulignée. Fallait être sacrément couillu pour oser aller jusqu’au bout de son propos avec une telle intensité dramatique.
Tragédie humaine jusqu’au-boutiste, giallo épouvantablement maîtrisé, A l’intérieur est une œuvre traumatisante qui ne laissera pas insensible (certains spectateurs sont sortis de la salle…), une bombe qui vous explose à la gueule et bon sang il était temps que ça pète ! Le cinéma (de genre) français a son étendard. Attention, film culte.
A noter que le scénariste et co-réalisateur, Alexandre Bustillo était rédacteur chez Mad Movies avant de se lancer dans cette aventure. J’en profite donc pour saluer toute l’équipe de Mad qui doit être bien fière d’avoir vécu un tel choc ; et pour avoir moi-même collaboré à Mad, je dis chapeau Monsieur Bustillo et Monsieur Maury !
Après un accident de voiture qui a valu la vie à son compagnon, Sarah s'apprête à passer le réveillon seule chez elle, lorsqu'une femme frappe à la porte et cherche à pénétrer chez elle à tout prix.
Note du rédacteur: 9,5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.83/10