Premier long-métrage et première réussite (même si imparfaite) pour son réalisateur Nacho Cerda qui démontre que le cinéma fantastique devra à l’avenir compter sur lui.
Peu de réalisateurs peuvent se vanter d’être connus avant d’avoir pondu leur premier long-métrage. L’espagnol Nacho Cerda lui a la chance de faire parti de ce club très fermé. Auteur de trois courts et moyens-métrages (dont le culte et controversé Afermath) lui ayant conféré une renommée internationale, Nacho Cerda a su imposer dès le départ de sa encore courte carrière, une thématique générale : la mort.
Et c’est tout naturellement qu’on la retrouve dans Abandonnée, récit de Marie, américaine qui adoptée dès son plus jeune âge, retourne en Russie, son pays natal, à la recherche de ses origines. Là-bas elle se rend dans une maison dans laquelle s’est joué un drame horrible responsable de son abandon, et fait la rencontre de Nikolaï son supposé frère jumeau. Très vite, tous les deux seront confrontés à leurs fantômes annonçant leurs morts proches… Abandonnée traite de la nature humaine et de sa constante volonté à vouloir échapper à la mort. Devant leurs doubles spectraux, miroirs de leur propre mort, Marie et Nikolaï auront beau tout faire pour fuir, chaque acte les ramènera à la dure réalité : on ne peut échapper à la mort et à son implacable courroux ! Cette mort omniprésente qui inonde la pellicule du début à la fin. Sa présence inquiétante se sent dès les premières images. Comme si elle se cachait dans les moindres recoins de la maison, dans la moindre petite zone d’ombre, dans chaque plan faisant ressentir son souffle glacial sur notre nuque. Le but premier du réalisateur étant de pousser le trouillomètre à son plus haut niveau, on peut dire que question angoisse on est amplement servi. Usant de toutes les possibilités qu’offre son incroyable décor principal labyrinthique (bravo au département artistique) dont on sentirait presque la poussière et l’humidité, usant d’une photographie ténébreuse repoussant les limites de la sous-exposition faisant baigner l’œuvre dans une obscurité terrifiante, le réalisateur distille avec efficacité une atmosphère angoissante pleine de maîtrise à tel point qu’il se permet même de foutre la pétoche avec des effets usés jusqu’à saturation (l’ombre passant devant l’écran).
Pourtant malgré ses qualités plastiques, il est clair qu’Abandonnée ne fera pas l’unanimité et ce à cause de son scénario. Pas toujours très original mais d’une grande qualité d’écriture et de synthèse (le script de départ trop ambitieux, fut réécrit constamment pour coller au budget), celui-ci est autant le point fort du film que sa principale faiblesse. Jouant sur une structure cyclique où passé, présent et futur se mêlent abondamment, l’histoire comporte quelques trous, différents points obscurs que le spectateur devra faire l’effort de combler lui-même. Mais cet enferment de l’intrigue sur elle-même est le cœur du film : Marie, usée par la vie, cherche désespérément à connaître son identité, ses racines… mais devant l’horrible découverte de ce passé macabre (son père a assassiné sa mère et tenter de la tuer elle et son frère), et croyant que connaître ses origines arrangera son existence, elle s’engouffre sans le savoir dans un piège qui causera sa perte et sera la victime d’une malédiction qui touche sa famille. A trop vouloir dépendre de son passé on se prive de son avenir. Ce n’est pas notre passé qui fait ce que nous sommes mais nos actes et la façon dont nous appréhendons le futur. C’est un peu près ce que l’on peut déduire de la conclusion plutôt optimiste (que je vous laisse découvrir) rattrapant un climax qu’on devinait défaitiste.
Avec son ambiance fignolée, son décor glauque à souhait, sa photographie impeccable et son histoire jouant sur plusieurs époques se confrontant les unes aux autres, Abandonnée prouve que Nacho Cerda est l’homme tout indiqué pour réaliser la suite de Silent Hill (avec lequel il présente beaucoup de similitudes) et succéder à Christophe Gans, cinéphile assidu, qui à mon avis a dû le remarquer depuis un petit moment déjà. Allez Christophe on compte sur toi !
Premier long-métrage et première réussite (même si imparfaite) pour son réalisateur Nacho Cerda qui démontre que le cinéma fantastique devra à l’avenir compter sur lui.
Note du rédacteur: 7.5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.50/10