Débutant par une fusillade filmée en un unique plan séquence virtuose, Breaking News est un excellent polar hongkongais qui se permet de proposer une intéressante dénonciation de la manipulation des médias.
La presse avait trop vite fait d’enterrer le cinéma de Hong Kong qui connut un déclin durant la seconde moitié des années 90 et plus particulièrement le polar, genre phare de l’ex-colonie depuis Le syndicat du crime de John Woo. Et ce malgré les brillants coups de maîtres que furent Time & Tide de Tsui Hark (2001) et Infernals Affairs d’Andrew Lau (2002). Pas grave puisque Johnnie To avec son Breaking News en rajoute une nouvelle couche et démontre de manière définitive que le cinéma issu de la péninsule n’est pas mort. Comme le prouve la sélection du film au Festival de Cannes de 2004 (hors compétition) qui sonne comme une reconnaissance pour son réalisateur Johnnie To. Celle d’un homme qui a débuté sa carrière comme simple artisan pour devenir petit à petit un auteur à part entière et un grand cinéaste. Et quel meilleur choix que de présenter cette œuvre se situant entre cinéma grand public et cinéma d’auteur. Car même si Breaking News est loin d’être le film le plus personnel de son réalisateur, il n’en demeure pas moins qu’il reste l’un de ses plus
virtuoses, riches et intelligents. L’un de ses meilleurs quoi.
Difficile de parler du film sans commencer par la fusillade qui ouvre le film et dont la presse a plus que parlée, occultant le reste du film : tournée en extérieur, en un seul plan séquence de 8 minutes (il n’y a aucunes coupures) et d’une grande fluidité dans ses mouvements, elle est l’une des plus époustouflantes que l’on a jamais vues. Un grand gun-flight qui mérite sa place dans les annales. Cette scène à elle seule témoigne que le cinéma hongkongais a toujours été celui de l’innovation en termes de mise en scène et d’action. Mais limiter Breaking News juste à cet unique plan c’est passer à côté d’un ébouriffant polar d’action certes moins créatif par la suite dans sa réalisation mais qui restera comme un modèle du genre rien que par son sujet.
Même si le film est généreux en action et qu’il apparaît comme un film populaire, Breaking News cache une vraie critique du gouvernement chinois et plus généralement de la propagande qu’exercent les puissances en manipulant les médias. Par le contrôle des images, le sensationnalisme et la spectacularisation des faits, les autorités peuvent influencer l’opinion publique en détournant son attention des vrais problèmes de société. Divertir pour mieux abrutir les masses. Et tout les moyens sont bons pour se faire aimer du public : faire venir des vedettes du show business pour apporter leur soutien moral à la police, diffuser des interviews (voyeuristes) de parents de victimes mortes en service ou bien faire passer un flic lâche pour un héros ayant fait le choix de vivre pour subvenir aux besoins de sa famille… Des petites scènes satiriques qui montrent avec justesse la différence entre les évènements qui se déroulent dans l’immeuble et la réception faussée qu’ont des journalistes mis à l’écart. De la sorte le réalisateur porte un regard lucide et pertinent sur le caractère dangereux de l’information en direct mais aussi sur le fait que la manipulation des médias est une arme à double tranchant. Si les gouvernements nous manipulent grâce à l’information pourquoi ne pouvons-nous pas faire de même ? Si la police le fait pourquoi pas les gangsters ? Ainsi en plus d’une guerre par les armes à feu, la confrontation des deux clans devient une guerre des images où les flingues laissent la place aux dernières technologies de l’information (internet, téléphone portable muni d’appareil photo). Il est cependant dommage que le scénario utilise très peu l’idée que les policiers soient munis de petites caméras, cela aurait pu donner quelque chose d’intéressant. Mais en l’état la critique est pertinente, jamais sous-traitée au profit de l’action et le scénario ne cède jamais au manichéisme.
En insistant sur le côté manipulateur des autorités, le film brouille la frontière entre les « gentils » et les « méchants ». La police dont la figure de proue est l’inspecteur Rebecca (Kelly Chen qui montre très vite les limites de son jeu) ne trouve pas grâce auprès du spectateur alors que les gangsters deviennent des personnages sympathiques même si l’on ignore presque tous d’eux. Ce qui démontre une fois de plus la grande capacité de Johnnie To pour brosser en quelques traits des personnages forts et marquants. Des personnages qui sont au cœur d’un scénario malin au rythme sans faille (le film rend très bien le sentiment d’urgence), qui ne cesse de surprendre et de prendre des directions parfois inattendues (la scène du repas, la brève complicité dans la cage d’ascenseur entre le flic et les truands, l’histoire d’amour entre l’inspecteur Rebecca et le chef de la bande…) tout en maniant habilement un humour léger jamais plombant. Splendide dans sa forme, intelligent dans le fond, à la fois drôle et tragique, spectaculaire et intimiste. Qui a dit que le cinéma de Hong Kong était mort ?
Débutant par une fusillade filmée en un unique plan séquence virtuose, Breaking News est un excellent polar hongkongais qui se permet de proposer une intéressante dénonciation de la manipulation des médias.
Note du rédacteur: 8,5/10
Note moyenne de la rédaction : 8.50/10