Tous les 23 ans, et pour 23 jours, il revient et il a les crocs. Trish (Gina Philips) et Darry (Justin Long) rentrent chez leurs parents et roulent sur une de ses routes, typiques des Etats-Unis, rectiligne, infinie et déserte. Leur route croise celle d’une camionnette délabrée dont le conducteur est comme fou. Plus tard, ils croisent à nouveau la camionnette près d’une église abandonnée. Le chauffeur semble jeter des cadavres dans la cave : Darry décide d’aller voir tout ça de plus près. Il va découvrir l’horreur absolue et le Jeeper ne va plus les lâcher, maintenant qu’il les a reniflés.
L’ambition de Victor Salva était grande. En effet, tous les éléments disséminés à travers le film, la camionnette sortie de l’Enfer, la musique annonciatrice de la venue du Jeeper, le look cowboy du Jeepers, contribuaient à créer un nouveau boogeyman, à l’instar d’un Freddy ou d’un Michael Myers. Malheureusement, le second opus sera au-dessous des espérances, mais ne brûlons pas les étapes.
En réhabilitant le monstre / boogeyman, Victor Salva apportait une bouffée d’air frais dans un paysage cinématographique envahi par les slashers après le succès de Scream et les bandes de jeunes petits bourgeois aux muscles saillants ou formes généreuses, qui furent d’ailleurs repris malheureusement dans la version 2003 de Massacre à la tronçonneuse.
Première surprise donc : la présence d’acteurs peu connus du grand public, ce qui empêche que ne s’instaure, du moins en partie, cette distanciation que l’on a par exemple avec une Jessica Biel. Et ce rapprochement est des mieux venus, surtout avec la ravissante Gina Philips. En outre, les deux acteurs principaux s’en sortent plutôt bien et, ce qui est rare dans un film d’horreur, on sent cette horreur aussi dans le regard de Justin Long après qu’il ait découvert la déco particulière de l’église abandonnée.
Deuxième surprise : la présence d’un boogeyman, qui plus est innovant. Son besoin de se nourrir de chair humaine répond à des besoins bien spécifiques et qui donnent toute l’originalité à ce personnage. Le Creeper reste pour beaucoup un mystère, mystère qui s’épaissit dans la deuxième partie du film, sans pour autant être du meilleur effet. Ce monstre a en outre son style bien particulier, avec son grand manteau, ses bottes et son chapeau vissé sur la tête. La créature de Brad Parker, son concepteur, est intéressante à plus d’un titre de par son aspect polymorphe, mais, pour ma part, je trouve qu’en étant parfois trop monstre ou parfois trop humain, il lui manque ce côté inquiétant et dérangeant.
Si le scénario comporte quelques lacunes et incohérences, dont l’inévitable décision prise par Darry au début de film et une fin décevante, il n’y a pas grand-chose à redire au niveau de la réalisation que Victor Salva maîtrise avec allégresse. On notera tout d’abord les clins d’œil aux œuvres de Spielberg : Duel au début du film avec cette poursuite et ces angles de vues qui renforcent l’efficacité ; Les dents de la mer, lorsque le Creeper fait face à la voiture (ces clins d’œil aux Dents de la mer seront plus probants dans Jeepers Creepers 2), le tout rehaussé par la musique de Bennett Salvay qui renforce les similitudes. L’attaque du commissariat n’est pas non plus sans rappeler Terminator. D’autres scènes sont parfaitement exécutées avec une très belle photographie, d’autant que la plupart du film se déroule la nuit.
Ce film n’est pas non plus dénué d’humour noir, sans pour autant ôter la personnalité propre du Creeper, ce qui sera moins le cas dans le second opus.