| Le jeune Philippe "La Souris" Gaston vient tout juste de s’échapper des donjons d’Aquila. Poursuivi par la garde de la cité, il est sauvé in extremis par Etienne de Navarre, un chevalier noble et fier, ancien capitaine de la garde d’Aquila. Il est rapidement engagé de force par celui-ci pour l’aider dans sa quête : le faire pénétrer dans Aquila afin de tuer l’évêque de la cité et rompre ainsi la terrible malédiction qui pèse sur lui depuis trop longtemps. Malédiction que "La Souris" ne va pas tarder à découvrir : le jour, Navarre est homme, accompagné de son magnifique faucon. La nuit, le faucon devient une magnifique jeune femme, Isabeau, et Navarre un loup au pelage plus noir que la nuit elle-même… Une malédiction séparant les deux amants, aussi longtemps qu’il y aura le jour et la nuit…

Après La Malédiction, Superman premier et deuxième du nom, et avant Les Goonies et L’Arme Fatale, Richard Donner (Maverick, Assassins…) réalisait ce film, budgeté à 20 millions de dollars (soit presque 3 fois moins qu’un Superman, 7 ans plus tôt), magnifique ode à l’amour sous fond d’héroïsme et de fantasy. On y retrouve Rutger Hauer (Hitcher, Blade Runner, La Chair et le Sang et bientôt dans Batman Begins), magnifique, majestueux, poignant, dans le rôle de Navarre et la divine Michelle Pfeiffer (Batman Le Défi, Scarface, Les Sorcières d’Eastwick ou encore Wolf et Apparences), absolument incroyable dans le rôle d’Isabeau D’Anjou, la belle autrefois promise à Navarre, que la malédiction de l’évêque transforme non seulement en un magnifique faucon le jour, mais aussi et surtout en une douceur, une merveille lunaire, un poème. De celles qui ne se voient bien qu’à la dérobée, du coin de l’œil, un murmure (pour le plaisir, tachez de revoir la première apparition d’Isabeau, devant un Philippe à mi-chemin entre le rêve et l’hallucination). Et si Philippe Gaston tombe lui aussi, bien sûr, amoureux de la belle, ce n’est qu’un exutoire à l’amour que nous autres spectateurs pouvons porter à cette merveille directement issue d’un songe. Elle qui dit "n’être que chagrin", disparaissant, au lever du soleil, dans un froissement d’ailes, sous le regard d’un Navarre encore à moitié loup, fou de douleur…

Vous l’aurez aisément compris, ce film, selon moi, est une merveille absolue, alliant un nombre de qualités proprement hallucinantes, une force émotionnelle et narrative hors du commun, tenant la draguée haute à, dernièrement et dans un genre qui lui ressemble, bien que plus profond et travaillé, au Seigneur des Anneaux. Alors, bien sûr, le film date de 1985 et ça se voit, tant le réalisateur use et abuse de filtres dégradés qui ne sont pas toujours du plus bel effet, ça s’entend, la musique d’Alan Parson’s Project, mélange de synthés pop et new age, de guitares et de batteries rock, portant un sacré coup à l’ambiance pleine de poésie que le film dégage.
Toutefois, il en faudrait plus pour ébranler ce véritable chef-d’œuvre, qui est servi par un casting somptueux et incroyablement inspiré (l’évêque est parfaitement haïssable tout en gardant un côté touchant dans l’amour qu’il porte lui-même à Isabeau, le moine Imperius est…impérial, absolument déchirant quand il raconte l’histoire des amants…), un scénario plein de rebondissements et parfaitement traité. Les effets spéciaux, très datés aujourd’hui, n’enlèvent eux non plus rien à la beauté du film : au contraire, ils ne font qu’apporter un cachet tout particulier, un côté "vieillot" qui saura, je le pense, en toucher plus d’un, moi compris. En témoigne cette scène absolument magnifique et douloureuse des mains d’Isabeau et de Navarre, tous deux sous leur forme humaine, au lever du jour, se frôlant sans jamais se toucher, avant l’inévitable transformation…

Certains pourront se demander le pourquoi de la présence d’un tel film dans les chroniques de ce site… Si la forme n’est pas à proprement parler celle d’un film fantastique, il n’empêche que le fond, quant à lui, traite bel et bien d’une malédiction qui appelle aux forces les plus obscures du mal, plongeant notre couple de héros en plein dans ce que le fantastique compte de plus triste. Cela dit, amateurs exclusifs de monstres, de gore, de tripailles, passez votre chemin. Ce film est à conseiller à ceux et celles qui aiment la poésie, la tendresse, l’amour, les beaux sentiments… à l’image, une fois de plus d’un Seigneur des Anneaux. Ce film est une merveilleuse histoire d’amour contrariée, digne des plus célèbres auteurs classiques, dans laquelle règne un parfum d’héroïsme, de courage, une fresque épique aux décors somptueux…
Je demande d’ailleurs par avance à nos lecteurs de m’excuser pour la quantité de superlatifs, mérités selon moi, que j’ai pu utiliser dans cet article, mais quand on aime, on ne compte pas !
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