Voilà un film qui se passe dans l'eau qui aura fait couler beaucoup d'encre, certains criant au meilleur film de requin depuis Les dents de la mer, d'autres à l'escroquerie.
Ce film est inspiré d'une histoire vraie, celle de deux touristes qui, au cours d'une excursion en pleine mer pour faire de la plongée, furent oubliés au milieu de l'océan (ah les voyages organisés !) L'intention du réalisateur, Chris Kentis, est d'ailleurs de coller au plus près de la réalité des faits, de cet aspect "histoire vraie" en n'ayant recours à aucun effet spécial mais surtout en filmant en DV, ce qui donne immanquablement un aspect documentaire à l'ensemble (cf. Le projet Blair Witch). Si un tel parti pris renforce l'empathie à l'égard des protagonistes et accroît notre terreur lorsque, comme eux, nous nous retrouvons plongés dans l'eau, la maîtrise de Chris Kentis n'est pas totale : de nombreux plans n'apportent vraiment rien à l'intrigue et ressemblent plus à la vidéo de mon cousin Robert sur ses vacances aux Bahamas qu'à un quelconque film (on pense ici aux nombreux plans qui jalonnent les films de cannibale pour ajouter de l'exotisme à l'ensemble) ; en outre, pour tromper l'ennui du spectateur, parfois bien réel, Chris Kentis met à différentes reprises un fond sonore sur ses images, ce qui n'est pas du meilleur effet.
Les protagonistes, Blanchard Ryan et Daniel Travis, s'en sortent plutôt bien, façon de parler, et la peur est palpable dans leur regard, de même que leur lassitude : il faut dire que pour le film, ils ont passé environ 120 heures en pleine mer ; à ce rythme-là, on doit commencer à avoir la peau qui se décolle... Individuellement, leurs prestations sont donc valables mais, au niveau de leur relationnel, rien ne passe : ils auraient tout aussi bien pu se rencontrer dans l'eau. Difficile de croire à la moindre intimité entre ces deux-là. Il faut dire aussi qu'ils ne sont pas seuls car le personnage principal de ce film, c'est indéniablement l'eau, l'océan, cet espace infini qui sert ici de cadre à un huis clos oppressant.
L'inquiétude devient vite perceptible chez le spectateur, avec cette caméra qui effleure les flots et ne nous laisse apparaître que ce qui est en surface : le spectateur n'est pas omniscient, il est mis au même niveau que les protagonistes. La tension monte lorsque les requins se font de plus en plus pressants et que des ailerons apparaissent ici ou là et, entre deux somnolences, nous sursautons même. Mais si l'aspect documentaire est louable, force est de constater que la tension d'Open Water n'occultera jamais la terreur d'un Dents de la mer.
Même si l'on se félicite que le film ne dure pas plus longtemps, la fin apparaît tout de même des plus abruptes, déstabilise et semble vouloir donner un cachet "auteurisant", inapproprié pour ce genre de films qui doit rester à sa place.