Par le fait de vouloir impressionner à tout prix son spectateur, Contre enquête accumule les erreurs scénaristiques et ne fait que survoler un sujet qui aurait pût être palpitant en d’autres mains. Dommage pour les acteurs principaux qui livrent une bonne prestation.
Attention la critique contient de nombreux spoilers à propos de l'histoire, dilvugants tout l'intérêt de l'intrigue. Il est chaudement conseillé d'avoir vu le film au préalable.
Il y a quelque chose d’intrigant dans l’échec d’un film comme Contre Enquête qui semble s’expliquer principalement par un problème de choix : en effet toute l’intrigue échoue parce que le réalisateur paraît faire de mauvais choix ou hésiter entre plusieurs solutions rendant l’ensemble bancal. On ne s’étonnera pas alors de la présence de choix artistiques complètements contradictoires tout le long du film. La solution de l’explication vient peut être du fait que le récit est prisonnier des ses deux twists final. Ainsi le premier twist nous révèle que Daniel Eckmann (Laurent Lucas excellent comme toujours) est bel et bien le meurtrier. Une scène qui de la façon dont elle est mise en valeur n’a d’autres but que de surprendre le spectateur censé être trompé depuis le début. Oui mais alors pourquoi nous balancer à la figure des indices (la lettre de confession lu qu’à moitié, le secret du médecin de Salinas qui nous est inaudible, le côté manipulateur d’Eckmann…) nous faisant comprendre d’emblé qu’il est bien le coupable ? Un manque de subtilité qui aurait pu être rattrapé par le deuxième coup de théâtre si celui-ci n’était pas trop gros à avaler. Donc en fait tout ceci n’était qu’une machination du personnage de Malinowski, attendant secrètement l’heure de sa vengeance, qui a profité du fait qu’un autre tueur d’enfant soit passé dans le coin le même jour du viol et du meurtre de sa fille, pour démonter le dossier inculpant Eckmann et ainsi le faire sortir de prison et se faire justice lui-même. Mouais sans commentaire…
Mais en plus d’être peu crédible (pour ne pas dire acadabrantesque) ce dernier rebondissement est la cause de l’écroulement entier du film : voulant conserver secret le désir de vengeance de son personnage principal, campé par Jean Dujardin qui revient à un rôle dramatique (après le un peu trop surestimé à mon goût Le Convoyeur), le réalisateur adopte pour une narration elliptique (chaque grande étape de l’intrigue est survolée) mal adaptée à la courte durée du film ; et pour une mise en scène éloignée (et plan-plan) qui ne prend jamais le point de vue d’un des personnages, se faisant juste le témoin des évènements qui se déroulent sous nos yeux. Une démarche que le sujet du film n’imposait pas vraiment et qui empêche toute empathie pour son « héros », gâchant la bonne prestation de sa vedette et des autres acteurs comme Aurélien Recoing dont la présence est malheureusement très limitée.
Contre Enquête se résume alors à une accumulation de mauvais choix scénaristiques et artistiques, ce qui est d’autant plus regrettable que le réalisateur avait prouvé qu’il était capable de mélanger de manière habile, fiction et faits réels (l’histoire s’inspire de l’affaire Francis Haulme), puisque Franck Manciso n’est autre que le scénariste du 36 quai des Orfèvres d’Olivier Marchal, œuvre beaucoup plus réussie que cet énième polar français lisse, faussement noir et aseptisé de toute violence (le film n’aura aucun problème pour être diffusé en prime time), qui échoue dans sa démarche à redorer le blason d’un genre en perte de vitesse depuis trop longtemps dans notre hexagone.
Par le fait de vouloir impressionner à tout prix son spectateur, Contre enquête accumule les erreurs scénaristiques et ne fait que survoler un sujet qui aurait pût être palpitant en d’autres mains. Dommage pour les acteurs principaux qui livrent une bonne prestation.
Note du rédacteur: 4/10
Note moyenne de la rédaction : 4.00/10