| Fred Madison (Bill Pullman), saxophoniste, vit avec sa femme Renée (Patricia Arquette), dans une grande résidence californienne en banlieue. Un jour, ils trouvent une vidéo qui, à travers des images saccadées, montre en réalité l’intérieur de domicile. Dans cette banlieue riche, mais froide, le doute s’installe, surtout lorsqu’une autre cassette est trouvée. Fred Madison devient de plus en plus parano et il se réveille un matin à côté de Renée, sauvagement assassinée. Mais ce n’est que le début, car il est impossible de dresser un synopsis exhaustif de ce film extrêmement riche.
Dire qu’un scénario a été écrit pour ce film ! Quelle prouesse ! Certains crieront sûrement à la folie ; j’appellerai cela génie.

Lost Highway est sans doute le film le moins facile d’accès de Lynch et il pourra peut-être en rebuter certains avec sa première partie, très contemplative, contenant très peu d’action ou de dialogue mais symbolisant avec perfection la lente descente aux enfers d’un homme, Fred Madison, incarné par Bill Pullman qui réalise une belle prouesse d’acteur, loin des autres rôles qu’il a pu incarner au cinéma, beaucoup plus classiques et n’ayant rien d’exceptionnel.
On retrouve dans ce film le style bien particulier de Lynch, avec ces plans saccadés, plans brusquement plongés dans l’obscurité, puis de nouveau baignant dans la lumière crue et blessante et/ou teintée, saturée, des plans agités de soubresauts sonores qui soulignent les couleurs dominantes comme les couleurs soulignent les sons. Tout le travail cinématographique chez Lynch est au service de l’onirisme, ici en l’occurrence un cauchemar, celui d’un homme, perdu dans la folie de sa jalousie et de son amour.
Cette folie aboutit à une déstructuration du langage cinématographique traditionnel mais ce, pour notre plus grand plaisir, et derrière cet apparent non-sens nous soupçonnons un sens, mais qui dépasse l’entendement humain. On est très proche ici de la démarche des surréalistes qui pervertissent le langage sous toutes ses formes pour produire un non-sens au service d’un sens supérieur qui nous transcende.
Attention : cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un film qui n’a aucune structure. En effet, le film peut clairement être divisé en trois parties mais, bien qu’elles s’enchaînent, aucune logique, disons humaine, ne les relie l’une à l’autre, notamment en ce qui concerne le personnage principal, alternativement Bill Pullman et Balthazar Getty.

Face à un tel spectacle, le spectateur est continuellement interpellé, en quête perpétuelle de sens, sens qu’il ne peut jamais totalement appréhender, même après plusieurs visionnages. Ce film contient une réelle forme d’hermétisme qui en fait son atout et nous invite à faire sens du non-sens. Peine perdue ici de tenter d’appliquer nos schémas traditionnels en termes de logique et de sens et d’ailleurs voir le film à travers cette grille de lecture nous en ferait perdre la substantifique moelle.
Produire une telle œuvre nécessite malgré tout, et ce qui peut paraître paradoxal, une parfaite maîtrise du langage cinématographique, comme en témoigne la galerie de personnages qui peuplent Lost Highway, dont la psychologie est dressée avec brio juste à travers quelques traits. Aucun acteur ne dénote ici par rapport aux autres, tous sont traités avec le même soin, un peu à la manière d’un Tarantino. Que dire aussi de ces scènes d’une réelle intensité, comme celle où Fred Madison et Renée font l’amour et où un simple geste traduit tout le désarroi de l’époux et annonce la fin tragique de leur relation, ou d’autres, parfaitement gratuites, comme celle où nous rencontrons un mafioso très pointilleux sur le respect du code de la route, ou encore les parents rockeurs au grand cœur de Pete. Parmi les acteurs, deux sont particulièrement marquants : Patricia Arquette dont la chute de reins et les lèvres ravageuses font indéniablement penser à une succube tentatrice, mais aussi Robert Blake, cet homme mystérieux, qui incarne, à mon avis, la mauvaise conscience de Fred Madison, pour ne pas dire le diable (à noter, ce n’est pas évident au premier coup d’œil, que Robert Blake n’était autre que le détective Tony Baretta dans la série Baretta qui date de la fin des années 1970).

Une réalisation efficace, un scénario troublant, un jeu d’acteurs épatant. Sans oublier la bande originale des plus adaptées. La première rencontre entre Pete Dayton et Alice Wakefield, sur fond de This Magic Moment, de Reed Lou, est inoubliable.
Tout fan de metal se réjouira en outre de la présence dans la BO de Nine Inch Nails, Marylin Manson et surtout Rammstein sur des scènes chocs, notamment une vidéo porno amateur, dans laquelle apparaissent Marylin Manson et Twiggy Ramirez, bassiste qui a quitté le groupe depuis. On notera également la présence de Henry Rollins dans le rôle d’un gardien de prison.

Vous voulez faire un cauchemar éveillé : vous ne pouvez rater ce film !
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