En 1884, à Londres, un jeune médecin anglais, Frederick Treves (Anthony Hopkins) , découvre dans une baraque foraine un « homme-éléphant », John Merrick (John Hurt), un pauvre être, rendu difforme par une étrange maladie. Treves « rachète » Merrick à son « maître ».
Produit par Mel Brooks qui avoua avoir choisi Lynch après avoir vu Eraserhead, Elephant man fût le film qui lança véritablement auprès d’un large public la carrière de son réalisateur. Dans un visuel noir et blanc tout en sobriété (magnifique photographie de Freddie Francis) et sur fond de musique mélancolique (de John Morris), David Lynch nous montrait déjà il y a vingt ans combien il aime explorer l'âme humaine. Film à la structure classique, Elephant man permettait à Lynch de se lancer dans un projet "classique", un film grand public dramatique qui lui permettrait de montrer ses talents visuels et de narration. A ce propos, Lynch ne manqua jamais de souligner le soutien indéfectible de Brooks à son égard, en ignorant à quel point celui-ci s’était battu pour l’imposer à la réalisation. Distribué par la Paramount, Elephant man sortit Lynch du ghetto underground de ses précédents courts-métrages et des séances de minuit d’Eraserhead. Jouissant d’une liberté (presque) totale, le réalisateur parvint (grâce à Mel Brooks encore une fois) à imposer quelques images étranges et terriblement Lynchiennes que la Paramount avait souhaité voir supprimées : les images semblant sorties d’un rêve montrant des éléphants et la mère de Merrick.
Inspiré d’un fait réel, Lynch nous dépeint ici le dramatique destin de John Merrick, un jeune homme affreusement difforme. Dans le Londres des années 1900, John est exhibé en tant que monstre de foire comme la femme à barbe et autres nains. Jusqu’à ce qu’un médecin (Anthony Hopkins, alors peu connu) le découvre et l'arrache à son "propriétaire". Celui-ci cherchera alors à l’intégrer à la société, mais oubliant que son physique difforme ne lui donnera jamais totalement ce droit. Accepté par une partie de la haute société, Merrick est également exhibé par un gardien de l’hôpital qui organise des visites payantes.
En voyant ce film et son ambiance Victorienne, on pense à cette époque à laquelle séviçait Jack l’éventreur, mais aussi et surtout au formidable Freaks de Tod Browning.
Triomphe publique et critique, le film reçoit même 6 nominations aux oscars, mais n’en remportera aucun (Des gens comme les autres - Ordinary people de Robert Redford rafflant les principales statuettes), ce qui fera dire à Mel Brooks au lendemain de la cérémonie : "Dans dix ans, Des gens comme les autres sera au mieux une réponse au Trivial Pursuit. Alors que Elephant man restera un film à voir".
Mieux que ça, le film reste non seulement un film à voir, mais il constitue désormais une œuvre phare de l’histoire du cinéma. Un pamphlet pour la tolérance qui est à la fois une présentation désespérée de l’âme humaine. Au final, Merrick apparaît comme un des personnages les plus humain du film, loin du monstre de foire et dont cette idée culmine lors de la déchirante fameuse tirade : "Je ne suis pas un animal, je suis un être humain". Poignant mais jamais lénifiant, le film touche même parfois au sublime lors de la découverte par le docteur Treves de Merrick dans une scène tout en retenu. Accompagné d’une excellente composition musicale, Elephant man est un classique du cinéma fantastique. Le film, présenté au festival d’Avoriaz en 1981, remportera le Grand Prix et se paiera un bon succès au box-office en France (2 400 000 entrées) ; le plus gros succès de Lynch qui s’imposa alors définitivement comme un des réalisateurs à suivre en ce début des années 80.