Vincent Freeman est un "enfant du destin". Il a été conçu de manière
naturelle par ses parents. Mais à sa naissance, et comme tous les enfants lorsqu'ils
voient le jour, il a subit un "diagnostic génétique", procédé qui révèle toutes
ses prédispositions et ses futures carences physiques et mentales. C'est ainsi
que Vincent a été déclaré "non valide" pour la société à cause de
sa prédisposition à la violence et une acuité visuelle faible notamment. Peu de temps
après, les parents de Vincent conçurent un second enfant : Anton. Mais cette
fois-ci, les parents de Vincent ont pu "choisir" leur enfant afin
qu'il bénéficie de toutes leurs "forces" sans leurs "faiblesses".
Vincent grandit dans l'ombre de son frère "supérieur" Anton. Les yeux
constamment levés vers le ciel, Vincent n'avait qu'un rêve : atteindre les étoiles.
Après avoir eu divers emplois subalternes, inhérents à son statut de "non
valide", il parvient, grâce à un "valide"
écarté de la société suite à un accident, Jérôme Eugène Morrow, à devenir un "valide"
aux yeux de tous et intégrer Gattaca. Mais lorsqu'un meurtre est commis dans
l'enceinte de Gattaca et qu'un cil de Vincent est trouvé sur les lieux du crime,
ce dernier, qui est, pour tout le monde, Jérôme Morrow, voit sa vie mise en
danger. Que se passerait-il si sa réelle identité était découverte ?
Bienvenue à Gattaca est le premier long-métrage d'Andrew Niccol. Scénariste
talentueux (The Truman Show, avec Jim Carrey dans l'un de ses meilleurs
rôles), il nous offre avec Gattaca un thriller génétique tout simplement
fascinant. Si Niccol n'a pu concrétiser tout ce qu'il avait en tête pour son
film (faute d'un budget assez conséquent naturellement), il n'en a pas pour
autant gâché les nombreuses idées de son script. Les décors sont donc simples
(peu de plans larges)
et sobres. A la manière d'un Dark City, le spectateur ne dispose d'aucune date
afin de pouvoir situer ce futur qui semble étrangement proche de notre présent.
Mis en scène avec une certaine élégance, sans effets "tape-à-l'oeil" inutiles,
Gattaca s'apparente plus à un film d'anticipation qu'à un film de science-fiction
pur et dur. En effet, le film évoque quelque chose de très en vogue actuellement
: la génétique et ses futurs apports pour l'humanité. La direction prise par
la société dans le film de Niccol a de quoi faire froid dans le dos : à chaque
naissance, on détermine à l'avance le devenir de tout individu en le déclarant
"valide" ou "non valide". Et cela, par simple "lecture"
du patrimoine génétique de l'individu. La recherche de la perfection devenant
le moteur de la société, tous ceux et celles qui ne correspondent pas aux "critères"
de validité, ne peuvent accéder aux même privilèges (à noter que la recherche
de l'être parfait n'est pas sans rappeler les sombres années qui virent le joug
d'Hitler, qui cherchait également à atteindre un certain "formatage" de l'individu). En
cela, Gattaca constitue une parabole fascinante sur les dérives de la
génétique.
Vincent Freeman, c'est Ethan Hawke, acteur talentueux qui insuffle à son
personnage une force de caractère et une détermination très convaincantes. Dans
Gattaca, il ne serait rien sans le personnage de Jérôme Eugène Morrow,
campé avec brio par Jude Law. Jérôme Morrow, ou un valide qui avait tout pour réussir dans
ses gènes, mais pas dans sa tête. Et c'est au travers de Vincent
qu'il vivra enfin son rêve comme en témoigne sa dernière réplique : "je
t'ai prêté mon corps, tu m-'as prêté ton rêve". Le personnage et le
destin du personnage de Jérôme n'ont rien de fictifs : valide au potentiel génétique
hors du commun, Jérôme est victime d'un accident qui le cloue dans un fauteuil
roulant. Il est un toujours un "valide" mais plus pour la société
(on retiendra au passage sa brève entrevue avec un policier qui est étonné de
voir que Jérôme est un valide malgré sa paralysie). Et comme dans la vie, on
gravit les échelons aussi vite qu'on les redescend, ou comment la société rejette
ceux qu'elle a engendré. Un personnage fascinant,
touché par ce que l'on appelle "l'ironie du sort"... A leurs côtés,
la toujours somptueuse Uma Thurman (Kill Bill), qui interprète le rôle
d'Irène, une valide qui ne laisse pas Vincent indifférent. Imposante de par
son physique singulier et envoûtant, elle compose un personnage
troublant qui aurait sans doute mérité d'être un peu plus développé à l'écran.
Dans Gattaca, pas question de balancer le spectateur au milieu de grosses
séquences d'action (comme dans I, Robot ou Minority Report). Andrew Niccol préfère
placer le personnage de Vincent Freeman dans des situations qui
le mettent constamment en danger. Etant donné qu'il peut, à tout moment, être
trahit par un cheveu ou une peau morte, il doit faire preuve de sang-froid
à chaque seconde et contrôler le moindre de ses faits et gestes (voir avec quelle
minutie il entretient son bureau). Face à une véritable "gestapo" de la génétique,
Vincent développe d'habiles stratagèmes et diversions pour ne pas qu'ils
découvrent qu'il est un "non valide". Andrew Niccol joue admirablement
avec le spectateur en plaçant le personnage de Vincent/Jérôme dans des situations
délicates qui pourraient mettre à jour l'imposture de Vincent (voir les nombreuses
scènes de contrôles génétiques auxquelles est soumis Vincent - et même son ami
Jerome - dans le film).
Bienvenue à Gattaca est un film de science-fiction/anticipation bourré
de qualités, épaulé par un script intelligent et un casting solide. Il a en
outre le mérite de véhiculer un message et proposer une vision à la fois fascinante
et inquiétante d'une société dépendante de la génétique et totalement assujettie
à cette science.