| Est-il ici utile de rappeler les péripéties qui ont présidé à la mise en chantier de ce film ? John Frankenheimer (Ronin, L'île du Dr. Moreau), un mois avant sa mort, renonce à réaliser le film. Il est remplacé par Paul Schrader (Affliction). Ce dernier, après avoir réalisé presque entièrement son film, se voit mettre sur la touche par Morgan Creek Productions car son film manque d'effets sanglants et de violence. Pourtant, dès le début, Paul Schrader avait annoncé que son film ressemblerait plus à un drame psychologique qu'à un film gore. 90 % des scènes sont alors refilmés par l'ultime réalisateur, Renny Harlin (Cliffhanger, Die Hard 2 - 58 minutes pour vivre, Peur Bleue). Mêmes déconvenues au niveau des acteurs : dans un premier temps, ce devait être Liam Neeson qui aurait dû incarner le père Lankester Merrin mais aussi... Billy Crawford dans le rôle du gamin possédé ?! Pour le coup, on ne regrette pas ce dernier remaniement. Dans la dernière version, exit Liam Neeson, qui s'était engagé sur le film Love Actually et arrivée de Stellan Skarsgård qui avait déjà joué dans Peur Bleue. En outre, et c'est pour vous dire l'étendue des modifications qu'a subies le film : certains personnages, aussi centraux, que Sarah (Izabella Scorupco) ne figuraient pas dans le scénario original ! Mais passons maintenant au film, car film il y eut. 
Cette préquelle de L'Exorciste de Friedkin nous narre la première rencontre du père Merrin et du démon Pazuzu, en Afrique de l'Est, dans un climat tendu, le pays étant alors sous administration britannique. Ayant perdu sa foi, le père Merrin va la retrouver lors de sa confrontation avec les forces du mal.
Les lacunes du scénario s'expliquent sans doute par la mise en oeuvre chaotique du film et les rajouts ou retraits, plus ou moins intempestifs, de personnages au cours de l'écriture, mais l'histoire se suit toutefois avec intérêt, même si cette préquelle pourrait inviter à une autre préquelle. La première séquence du film, avec ce champ de bataille, au Vème siècle après Jésus-Christ, filmée en contre-plongée, avec ces nombreuses crucifixions tête renversée est pleine de promesses mais le reste du film n'est malheureusement pas toujours à la hauteur.
Stellan Skarsgård incarne ici un père Merrin, défroqué, que rien ne distingue de tous ces héros récurrents des productions américaines, entre autres, qui ont sombré dans l'alcool et le cynisme, après avoir été de grands policiers, de grands artistes, sportifs ou intellectuels, au choix, avant qu'un évènement particulier ne les remette sur le droit chemin et ne leur fasse retrouver leur brillant d'antan. Outre ce personnage cliché, le film multiplie les effets qui sont vus et revus : miroirs brisés, horloge qui s'arrête, fenêtres et portent qui s'ouvrent, croix qui se renversent... Incontournables dans les films qui parlent de possessions diaboliques, mais qui, par voie de conséquence, peinent à créer la moindre tension. Que dire aussi de la présence de ces hyènes réalisées en image de synthèse (ou encore des mouches et de la tempête de sable) ? Si ce n'est qu'elles sont pathétiques et ne font vrai à aucun moment. Pourquoi ne pas avoir, par une astuce scénaristique, fait intervenir des chiens, des vrais, remplacés à la rigueur par leurs homologues virtuels lors des attaques ? Avec la présence de ces hyènes, on est loin de la tension provoquée par celle des chiens dans le cimetière dans La malédiction. A croire que Renny Herlin ne porte que peu d'importance aux effets spéciaux dans ses films : on se souviendra des requins dans
Peur Bleue. D'autres effets spéciaux sont pourtant particulièrement réussis, notamment les maquillages, réalisés par Gary J. Tunnicliffe qui a oeuvré sur plusieurs Halloween et Hellraiser entre autres, mais aussi Sleepy Hollow, ce qui m'amène à traiter désormais des points positifs de ce film.

Tout d'abord, si ce film comporte quelques longueurs, il a l'avantage de les concentrer vers le début, et la dernière partie fait assurément monter l'intérêt pour le film. A cet égard, l'exorcisme a nécessairement des accents ridicules mais, plutôt que dans la surenchère au niveau de la violence verbale, cette préquelle aurait dû se contenter d'une approche plus innovante de l'exorcisme. Est par contre particulièrement intéressante et innovante l'explication du renoncement du père Merrin à la foi liée à un épisode traumatisant vécu pendant la guerre, confronté à l'occupant nazi. Depuis, pour le père Merrin, le Mal n'est pas une entité extérieure à l'être humain, mais il est en chacun d'entre nous. Les parallèles dressaient avec l'occupation coloniale britannique sont des plus osées. A cet égard, la scène où le Sergent Major sombre dans la folie est particulièrement bien faite. D'autres scènes chocs viennent agrémenter le film de manière assez surprenante d'ailleurs et font, il est vrai, rajouté à dessein : on notera notamment la naissance du mort-né putrifié ou encore celle de l'ivrogne décomposé. Le film réserve enfin quelques belles images, qui sont l'oeuvre du directeur de la photographie Vittorio Storaro, oscarisé pour Apocalypse Now et Le dernier empereur, notamment dans les séquences en clair obscur.
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