Une réussite envoûtante. Selick et Burton (et Elfman) réussissent leur pari et font vivre au spectateur une expérience unique et magique. Une démonstration et un défi technique qui réussit à faire passer l’émotion à travers des marionnettes à priori immobiles. Du grand art et un chef-d’œuvre de l’animation à regarder bien au chaud une soirée d'hiver.
La fête d’Halloween vient de se terminer. Jack Skelington, le roi de la ville d'Halloween, commence à se lasser de ce monde de noirceur, de meurtres et de monstres. Par hasard, celui-ci va découvrir l’entrée menant au monde de Noël. Subjugué par la joie et l’atmosphère de cette fête, il fait enlever le père Noël et décide de prendre sa place pour une nuit. Hélas, Jack a bien du mal à comprendre les tenants et aboutissants de cette fête. Aussi, ce Noël risque d’être bien différent des autres années…
Au début des années 80, Tim Burton est employé par les studios Disney. C’est à cette époque que celui-ci commence à penser au projet de L’étrange Noël de Monsieur Jack qui est alors refusé par le studio. Burton était auparavant parvenu à réaliser 2 courts-métrages : le film d’animation Vincent (1982) et Frankenweenie (1984) librement inspiré par le Frankenstein de James Whale mais avec un chien et un gamin dans les rôles principaux. Cependant, la noirceur et l’originalité visuelle de ce dernier le classent PG (interdit aux enfants non accompagnés) aux USA, et Disney ne sachant pas comment distribuer cet OVNI le laisse tout simplement de côté. Burton va alors quitter le studio.
Enchaînant par la suite les succès avec Pee Wee big adventure, Beetlejuice, Batman et Edward aux mains d’argent, Tim Burton jouit alors d’une liberté quasi-totale. C’est ainsi qu’il décide de mettre en chantier deux projets conjointement : la suite de son plus gros succès Batman Le Défi qu’il va totalement s’approprier et transformer en un véritable bijou de noirceur, et un film entièrement en animation image par image et projet de longue date intitulé The nightmare before christmas.
L’énorme partie musicale du film va être confiée à son comparse Danny Elfman, quant à la réalisation proprement dite, elle sera confiée à Henry Selick, spécialiste de l’animation qui réalisera un peu plus tard James et la pêche géante (encore produit par Burton).
Le principal défi du film est alors technique. Reprenant le style d’animation rendu célèbre par des maîtres du genre tel que Willis O’brien et Ray Harryhausen, Burton refuse les nouvelles technologies disponibles et entreprend de rendre un hommage ultime à ce type d’animation qui l’a tant fait rêver dans son enfance. Par ailleurs, une grande place sera accordée à la musique. Aussi, les paroles et musiques des différentes chansons seront terminées avant le lancement de la production.
Le résultat à l’écran est tout simplement miraculeux. Jamais la technique du stop-motion n’avait été poussée aussi loin, et de ce point de vue là, le film frôle la perfection. Cependant, cet enchantement visuel de tous les instants n’est pas la seule qualité du métrage. L’inventivité est présente d’un bout à l’autre du film. Reposant sur une histoire classique mais suffisamment bien orchestrée pour faire vivre ses personnages, le film en faisant s’entrecroiser le monde de Noël et celui d’Halloween est propre à stimuler l’imaginaire et à nous présenter une multitude de créatures toutes plus étranges les unes que les autres. S’inspirant des films d’horreur des années 30, Burton et Selick nous proposent alors des vampires, des êtres mi-homme mi-poisson, un savant fou (Fickleystein !) et des créatures rapiécées et véritable bestiaire de zombies et fantômes. En outre, les décors ne sont pas en reste et nous rappellent immédiatement les délires les plus visuels et identifiables de Tim Burton (les rayures blanches et noires, le visuel des créatures et les décors) que l’on avait pu voir dans Vincent, Frankenweenie, Beetlejuice, et plus tard dans Sleepy hollow.
Doté d’une réalisation inventive et rythmé, le film est un véritable moment de magie pure. Outre, la virtuosité de l’animation et des expressions des marionnettes, ce conte est entrecoupé de numéros musicaux de haute volée. Véritable monument de magie et de poésie, L’étrange Noël de Mr Jack est devenu au fil du temps un classique du cinéma d’animation. Un film unique de par ses thèmes, son traitement et son aspect visuel. Des moments de folie douce pour une brillante réussite au final. Le film lors de sa sortie rapporte plus de 50 millions de dollars aux Etats-Unis, ce qui conjugué aux 162 millions rapportés par Batman Returns place Burton dans une position de chouchou d’Hollywood. Ces deux réussites consécutives lui permettront d’ailleurs de s’atteler à son projet le plus personnel à ce jour : la biographie « du plus mauvais cinéaste de tous les temps », à savoir Edward Wood Jr…
Une réussite envoûtante. Selick et Burton (et Elfman) réussissent leur pari et font vivre au spectateur une expérience unique et magique. Une démonstration et un défi technique qui réussit à faire passer l’émotion à travers des marionnettes à priori immobiles. Du grand art et un chef-d’œuvre de l’animation à regarder bien au chaud une soirée d'hiver.
Note du rédacteur: 8.5/10
Note moyenne de la rédaction : 9.04/10