Un troisième volet respectueux des bases établies par le premier film. Au final, un film jouissif, déconnant, sympathique et saupoudré de gore et d’un zest d’érotisme. Bien que ne disposant pas de l’alchimie inexplicable du premier film, et donc inférieur à celui-ci, Beyond re-animator est une satisfaction qui se hisse en tout cas bien au dessus du décevant Bride of re-animator.
En 1985, un film révolutionne totalement le monde du cinéma gore. Trois ans après Evil dead, Stuart Gordon lance son Ré-animator et nous permet d’assister aux premières expériences du plus barge des médecins : le devenu mythique docteur Herbert West. Film incroyable jouant sur le périlleux mélange gore / humour, Ré-animator parvient à s’imposer immédiatement comme un classique du fantastique grâce à un équilibre et une magie qui fonctionne encore aujourd’hui. Aussi, en 1990 le producteur Brian Yuzna décide de réaliser une suite qu’il intitulera Bride of re-animator pour profiter de la richesse du personnage et des multiples situations pouvant être engendrées par le sérum. Moins réussi, ce second volet pêche surtout par la faute à une histoire classique et peu surprenante et une folie beaucoup moins audacieuse que dans l’original (bien que le film soit ouvertement plus parodique).
Et puis plus rien, le bon vieux Dr. West semblait bel et bien rangé au panthéon des grands cinglés et rien ne présageait un quelconque retour…. Mais voilà, en 2003 Brian Yuzna décide de lancer West dans le 21e siècle en réalisant pour sa firme espagnole Fantastic Factory (Dagon, Darkness, Faust, La Secte sans nom,…) un troisième volet à la série. Autant dire que ce retour était attendu au tournant…
Emprisonné suite à ses précédentes expériences ayant coûtées la vie à de nombreuses personnes, West parvient malgré tout à s’occuper en poursuivant ses expériences grâce à tout ce qui lui passe sous la main (rats, électricité provenant de l’éclairage de sa cellule,…). Bientôt l’arrivée d’un nouveau médecin-chef va bouleverser la vie du pénitencier. Grand fan des travaux de West, celui-ci en le prenant pour assistant va tenter de poursuivre avec lui ses recherches. L’arrivée à la clinique d’un premier patient puis son rapide décès va tout déclencher : le médecin Howard Philips (Lovecraft ?) a en sa possession un reste du fameux sérum de West. La première injection est alors effectuée…
Commençant comme un slasher typiquement années 90 « post-scream », le film renoue très vite avec les habitudes de la série avec l’irruption d’un zombie sans mâchoire, seule la langue de ce dernier étant encore présente. Le zombie en question tue la sœur d’un jeune garçon (qui se révèlera être le futur docteur Howard Philips) puis est abattu par la police. Dehors nous découvrons l’arrestation du principal suspect de toute cette foire : Herbert West. Générique plus ou moins semblable à celui du premier volet, musique très ressemblante. Nous sommes bien dans un Ré-animator et le fameux sérum vert fluo va pouvoir agir après plus de 13 ans d’inactivité.
Doté d’un casting pour l’essentiel Espagnol, nous trouvons heureusement toujours dans le rôle principal un Jeffrey Combs une nouvelle fois très en forme (sa performance hallucinante d’agent du FBI « infiltreur » (et infiltré !!) de sectes à tendance néo-nazie dans The frighteners de Peter Jackson nous avait déjà rassurée). Si le film fonctionne aussi bien, il le doit en partie l'interprétation de Combs et à ses dialogues froidement distillés avec son détachement et son goût pour les expériences inédites. Tout le monde se doute (et lui aussi) qu’il va faire une très grosse connerie…, mais il l’a fait quand même juste pour voir ce que cela va donner, et nul besoin de dire que ce comportement entraîne de nombreuses situations des plus réjouissantes.
A ses côtés dans le rôle du jeune docteur nous trouvons le convaincant Jason Barry surtout connu pour avoir été l’ami Irlandais de Léonardo DiCaprio dans le Titanic de Cameron, et la (très) charmante Elsa Pataki dans un rôle de potiche blonde qui dévie vite vers un incroyable personnage de « réanimée consciente » qui ne peut réfréner ses pulsions meurtrières. Impossible en voyant ce personnage de ne pas penser au très réussi Le Retour des morts-vivants 3 et au très beau personnage de morte-vivante campée par Mindy Clarke.
Le rôle de l’enfoiré de service autrefois incarné par David Gale (inoubliable Dr. Hill, tête coupée puis réanimée dans la majorité des deux premiers films) échoue cette fois au sadique directeur du pénitencier Warden Brando (Simon andreu). Signalons enfin l’interprétation du prisonnier complètement barge « Speedball » joué par Santiago Segura.
Allant crescendo, le film se passant essentiellement dans un décor unique (la prison) va vite basculer dans le délire le plus total. Reprenant le schéma narratif du premier volet, Beyond re-animator va à l’image de son modèle nous décrocher de francs éclats de rire à la vue de certaines scènes (l’arrestation biblique de Speedball, le détenu toxico se faisant des injections de sérum jusqu’à explosion, le croisement du directeur avec le fluide d’un rat, … et l’anthologique moment du générique montrant l’affrontement dantesque entre le rat en question et la bite désormais indépendante du directeur !!). Yuzna va loin et c’est justement ce qui fait plaisir à voir dans cette réjouissante séquelle. Reprenant les principes de base du premier film, le cinéaste parvient à réadapter les scènes cultes du modèle en les modifiants (le chat est remplacé par un rat, la célébrissime scène de cunnilingus est ici remplacée par une très « incisive » fellation), et la petite touche d’érotisme apportée par Barbara Crampton cède ici sa place au rôle d’Elsa Pataki et à l’infirmière jouée par Raquel Gribler. Enfin, l’apport essentiel est la nouvelle trouvaille de West, le prélèvement d’un fluide électrique provenant des cellules qui permet en le réinjectant à un « réanimé » de lui redonner une conscience humaine, ce qui cependant n’est pas une franche réussite à la vue des différents changements de personnalité et à l’exacerbation de la violence chez les sujets en question…
Bien mieux réussi qu’un Re-animator II en demi-teinte et trop premier degré, ce troisième volet est l’occasion de retrouver l’ambiance et la folie du premier film. A l’heure où les remakes de grands classiques du fantastique ont le vent en poupe, cette suite près de 20 ans après le film original fait plaisir à voir. Sans complexe, Yuzna s’inspire du matériau et de l’esprit de l’original pour nous offrir une réjouissante séquelle. Le réalisateur s’est visiblement amusé et celà se voit. Aidé par l’efficace travail sur les effets gores de Screming Mad George, le film aurait mérité une sortie en salle dans l’hexagone. Parions que nous n’en avons cependant pas terminé avec les pérégrinations du Docteur West, la fin du film laissant une ouverture pour un quatrième volet. En attendant savourons cet excellent film de Brian Yuzna qui signe au passage l’un des meilleurs films de sa carrière.
Un troisième volet respectueux des bases établies par le premier film. Au final, un film jouissif, déconnant, sympathique et saupoudré de gore et d’un zest d’érotisme. Bien que ne disposant pas de l’alchimie inexplicable du premier film, et donc inférieur à celui-ci, Beyond re-animator est une satisfaction qui se hisse en tout cas bien au dessus du décevant Bride of re-animator.
Note du rédacteur: 7.5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.00/10