Le plus grand film d’horreur Français de tous les temps. Le film se hisse sans problème au niveau des meilleures réussites de l’époque de la Hammer ou du cinéma Italien de Mario Bava. Une tentative qui malheureusement ne sera pas acclamée et défendue par la critique de l’époque, ce qui n’encouragera pas d’autres réalisateurs à suivre cette voie. Un film magnifique à l’interprétation parfaite à redécouvrir, et qui fait d’hors et déjà partie du patrimoine national.
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Bon thriller, par langanay (Frisson dans la nuit, Un)
Victime d’un terrible accident de la route Christiane (Edith Scob), la fille du célèbre professeur Génessier (Pierre Brasseur), vit recluse dans le domaine familial et porte un masque pour cacher son visage défiguré. Afin de redonner une apparence normale à sa fille le professeur et son assistante (Alida Valli), n’hésitent pas à enlever des jeunes femmes et à se livrer à d’horribles greffes expérimentales.
On le sait, la France n’est pas le haut lieu mondial du fantastique, de la science-fiction ou de l’épouvante. Rares sont les films de l’hexagone qui ont su s’imposer au rang de classiques du genre, Les yeux sans visage est de ceux-ci. Historiquement, le film est d’ailleurs l’un des premier film d’horreur graphique Français (Franju avouera d’ailleurs que lors d’une projection à l’étranger plusieurs personnes ont tourné de l’oeil lors de la scène de l’opération). Sans verser cependant dans le déluge d’hémoglobine, le film au contraire brille par l’instauration de son ambiance étrange et poétique grâce à une superbe photographie noir et blanc. Ecrit par le duo Boileau-Narcejac déjà à l’origine des chef-d’oeuvres Les Diaboliques de Henry Georges-Clouzot et Vertigo / Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, Les yeux sans visage reste encore aujourd’hui l’une des pièce maîtresse du cinéma de genre Européen.
Un cinéma fantastique dont Franju n’est d’ailleurs pas un franc défenseur, lui qui n’hésitera pas à critiquer ouvertement les films de la Hammer ou ceux de Mario Bava. Pourtant, il y a bien un lien étroit avec les oeuvres du maître Italien dans la qualité de l’installation d’une atmosphère morbide et noire avec une qualité visuelle étonnante. Le personnage tragique de Christiane (Edith Scob) dont le visage ne nous sera révélé que dans un plan trouble et dans les plans de photographies montrant l’échec de l’opération chirurgicale et la dégénérescence qui s’en suit, apparaît alors comme un fantôme errant et hantant son domaine familial. Son visage, ainsi que son existence « administrative » ont été effacé, elle est déjà morte et ne vit plus que pour son père et son assistante comme une éternelle enfant / poupée au visage figé. Détruite psychologiquement, celle-ci n’est plus qu’une morte vivante qui perd peu à peu tout espoir de retrouver une apparence et une vie normale avant d’accepter sa condition et faire ce qui lui semble être la meilleure solution.
Par ailleurs, l’horreur la vraie, surgit du décalage qui existe entre la normalité de l’homme de science qu’est Génessier et la déshumanisation de ses actes monstrueux et criminels. Nous comprenons peu à peu que pour lui l’être humain n’est que matière susceptible de faire progresser la science. Or ce monstre, Franju nous le présente avant tout comme un père qui agît par amour et qui commet une série d’actes désespérés. Là est toute la tendance trouble du personnage, sa fille avouant en effet n’être pas sûre que celui-ci agît par amour plus que par défi personnel et scientifique. En effet, peut-être trouve t-il dans l’accident l’occasion de perpétrer des actes que la morale réprouve et lui interdit habituellement ? En cela réside une des qualités d’un film qui en comporte énormément : le monstre est humain et il s’attaque à d’innocentes jeunes femmes "à priori" pour une raison on ne peut plus humaine, l’amour. Notons dans ce sens l’excellente interprétation d’un Pierre Brasseur véritablement entêté et sans morale dans un rôle qui pourra trouver de proches échos avec celui du docteur taré de Ré-animator : Herbert West.
L’horreur est par ailleurs également présente de façon graphique lors de la fameuse scène de l’opération chirurgicale sur une pauvre innocente, qui va se voir enlever la peau couvrant son visage. Une scène qui à elle seule assoira à l’époque la réputation sulfureuse et insoutenable du film à travers le monde. Signalons d’ailleurs à ce propos que la version distribuée aux Etats-Unis sera fortement amputée. Intitulée The horror chamber of Dr. Faustus cette version n’aura au final plus grand chose à voir avec la version d’origine, puisqu’en plus d’atténuer la scène de l’opération, de nombreux plans du docteur Génessier (qui deviendra Faustus) seront enlevés pour rendre la personnage véritablement mauvais et sans pitié. Dès lors toute la subversion originale de la version Française disparaîtra au profit d’une version bas de gamme de 83 minutes (l'originale reprendra plus tard ses droits sous le titre Eyes without a face).
Cependant la version qui nous intéresse elle, n’a rien perdue de sa qualité au fil des années. Franju nous livre une oeuvre qui sait être à la fois brute, poétique, horrible et profondément humaine. Le tout plongé dans une ambiance parfois macabre et d’une qualité de photographie et d’éclairage qui contribuent définitivement à imposer Les yeux sans visages comme un classique du genre.
Le plus grand film d’horreur Français de tous les temps. Le film se hisse sans problème au niveau des meilleures réussites de l’époque de la Hammer ou du cinéma Italien de Mario Bava. Une tentative qui malheureusement ne sera pas acclamée et défendue par la critique de l’époque, ce qui n’encouragera pas d’autres réalisateurs à suivre cette voie. Un film magnifique à l’interprétation parfaite à redécouvrir, et qui fait d’hors et déjà partie du patrimoine national.
Note du rédacteur: 9/10
Note moyenne de la rédaction : 9.10/10