Le plus gros bide de Twohy s’impose comme une oeuvre à redécouvrir et à soutenir. Un excellent huis clôt fantastique qui ne livre ses secrets que dans les dernières bobines. Une tension palpable du début à la fin et quelques séquences d’anthologie. Que demande le peuple ?
En Août 1943, le lieutenant Brice qui dirige le sous-marin USS Tiger Shark reçoit l’ordre de porter secours à des naufragés Britanniques d’un bateau-hôpital. Quelques jours plus tard, d’étranges évènements et un sentiment de malaise s’installent à bord du sous-marin. Claire Page, l’une des naufragée (Olivia Williams vue dans Sixième sens), mène son enquête concernant la mort de l’ancien capitaine disparu dans des circonstances mystérieuses. En effet, le lieutenant désormais à la tête du navire semble être courant de plus de choses qu’il ne veut bien le laisser croire…
Abîmes constitue le quatrième long-métrage de David Twohy. Remontons dix années auparavant lors du festival d’Avoriaz 1992. Le cinéaste présente son premier film intitulé Timescape (qui repartira d’ailleurs très injustement sans aucune récompense et sera un échec public), ingénieuse histoire fantastique à l’ancienne, originale et captivante. Très vite le réalisateur va être intronisé roi de la série B efficace et intelligente, chose que confirmeront ses deux œuvres suivantes : The arrival (1997) et Pitch Black (2000). Aussi, chaque film de Twohy est depuis marqué par le signe de la qualité et d’un véritable et sincère amour du genre. Below dont nous parlons ici ne déroge pas à la règle.
Reprenant le fond des océans, un décor déjà exploité à maintes reprises au cinéma avec plus ou moins de bonheur, le film avait pour défi principal de déclencher l’intérêt du spectateur avec un thème déjà connu. Citons ainsi pour les réussites Abyss (de James Cameron), Peur Bleue (de Renny Harlin), USS Alabama (de Tony Scott), U-571 (de Jonathan Mostow), et bien évidemment A la poursuite d’Octobre rouge (de John McTiernan) ; mais également des films moins prestigieux comme M.A.L. – Mutant Aquatique en Liberté (de Sean S. Cunnngham), Sphère (de Barry Levinson) ou Leviathan (de George P. Cosmatos).
Cependant ici, à la différence des films cités, Twohy n’a pas recours à des monstres, des extraterrestres ou à des conflits géopolitiques. Certes le film se déroule pendant la seconde guerre mondiale, mais ce fond historique, le cinéaste ne s’en sert que comme prétexte et toile de fond. Aussi, le fantôme qui terrorise les soldats du sous-marin n’est autre que la représentation de la culpabilité de ceux-ci (et en particulier de Brice) face à un acte terrible. Une conscience qui s’exprime par une peur surnaturelle qui va se matérialiser par plusieurs apparitions et évènements (la prise de contrôle du navire par une force étrangère).
Dans la première partie du métrage, Twohy brouille les pistes et les points de vues mettant en oppositions celui de l’équipage (devant ramener le bâtiment à bon port) et celui des naufragés (mettant en péril la mission puisque ramenant un soldat allemand à bord). Aussi le spectateur ne sait pas trop à qui se fier dans un premier temps et cela apporte un salutaire mystère sur le film qui parvient ainsi à trouver un véritable vent d’inédit et d’originalité malgré une situation on ne peut plus connue. Par ailleurs, le cinéaste installe une véritable tension par la transformation progressive du navire en espèce de maison hantée. De plus, le film parvient au détour de scènes magnifiquement menées à offrir des séquences anthologiques comme le bombardement sous-marin, l'excursion vers la coque ou la découverte de la partie calcinée du navire.
David Twohy utilise à peu près tout ce qu’il peut pour installer son climat claustrophobique et paranoïaque, et à l’instar de John Carpenter utilise à merveille le hors champs et la pénombre pour faire monter l’adrénaline. Carpenter auquel le film nous fait d’ailleurs penser pour la sensation d’enfermement (Assaut), la paranoïa latente (The Thing) l’intrusion progressive du mal (Prince des Ténèbres) et la malédiction planant sur un groupe d’hommes (Fog). L’habileté du script permet ainsi à Twohy de faire étalage d’un talent de plus en plus prometteur en se posant en défenseur d’un certain classicisme de mise en scène où l’importance des cadrages est prépondérante (Carpenter encore !).
Plus qu’un simple « film de sous-marin » parmi tant d’autres, Abîmes fait preuve de suffisament de qualités pour remporter l’adhésion. Pas de tous cependant, puisque le film essuiera un bide cuisant aux Etats-Unis (même pas 600 000 $ de recette) et ne sera distribué en France que de manière confidentielle pour un résultat là aussi catastrophique (environ 10 000 entrées). Pas grave, Twohy avouera récemment que Abîmes est malgré tout le film dont il est le plus fier. Souhaitons en tout cas quelques succès au box-office à ce cinéaste pour lui éviter de peiner à monter ses films (comme Dante ou Carpenter). Des films toujours sincères et fidèles au genre. Des films indispensables en somme.
Le plus gros bide de Twohy s’impose comme une oeuvre à redécouvrir et à soutenir. Un excellent huis clôt fantastique qui ne livre ses secrets que dans les dernières bobines. Une tension palpable du début à la fin et quelques séquences d’anthologie. Que demande le peuple ?
Note du rédacteur: 7.5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.50/10