Un Spielberg mineur à redécouvrir. Le cinéaste raconte une simple histoire d’amour impossible entre une vivante et un mort avec une grâce et un talent rare. Un très joli film vraiment...
Au début des années 90 Spielberg semble éprouver quelques difficultés à se renouveler et à insuffler un second souffle à son oeuvre. Ayant enchaîné le très beau film dramatique La couleur pourpre en 1986, un film de guerre vu à travers les yeux d’un enfant (Empire du soleil - 1988) et le troisième volet de la saga Indiana Jones en 1989 (Indiana Jones et la dernière croisade), le cinéaste se penche pour la première fois de sa carrière sur le remake d’une oeuvre antérieure : en l’occurrence A guy named Joe de Victor Fleming (1944). Remplaçant les bombardiers de la seconde guerre mondiale du premier film par des pompiers volants, pilotes de canadairs, Always va devenir sous la houlette de Spielberg un petit film mélodramatique illustrant avant tout une histoire d’amour. Notons également que le film marque les retrouvailles du réalisateur avec Richard Dreyfuss après l’inoubliable rôle de l’océanographe Matt Hooper de Jaws et celui du témoin d’apparitions d’OVNIS Roy Neary de Rencontres du troisième type.
Cette fois l’excellent Richard Dreyfuss va camper le rôle d’un pilote casse-cou nommé Pete Sandich, amoureux de Dorinda Durston (Holly Hunter) et ami inséparable de Al Yackey (très bon John Goodman comme d’habitude). En sauvant ce dernier lors d’une mission, Pete se tue. Il retourne sur terre invisible de tous avec la difficile mission de faire comprendre à sa compagne que la vie doit continuer. Pour la première fois de sa carrière, Spielberg se tourne donc vers une histoire d’amour teintée de fantastique. Pour beaucoup, Always marque le début de la période creuse de Spielberg (et ce jusqu’à Jurassic Park). Déception au box-office et échec en France (environ 600.000 entrées), le film mérite pourtant beaucoup mieux que sa réputation et son relatif oubli.
Ainsi, cette histoire d’amour devenue impossible, le cinéaste va l’illustrer en oscillant entre le mélo, la comédie et la poésie (l’ange incarné par Audrey Hepburn pour son dernier rôle à l’écran). Le statut de fantôme de Pete va ainsi parfois permettre d’installer un certain nombre de scènes comiques et amusantes, mais aussi de faire passer comme souvent chez Spielberg un degré d’émotion lorsque celui-ci comprendra que la mission de son retour sur terre est de se délivrer de l’amour pour Dorinda et de permettre à celle-ci de vivre en paix le restant de sa vie. Aussi, Always est véritablement un film qui porte la marque personnelle de son réalisateur, celui-ci reprenant des éléments surnaturels comme dans la majorité de ses films, n’hésitant pas à afficher clairement son goût pour les scènes où l’émotion est reine, et en laissant transparaître une nouvelle fois son amour pour les avions, icône très présente dans son oeuvre (Rencontres du troisième type, 1941, de nombreuses scènes de la trilogie Indiana Jones, Empire du soleil, et l’épisode de la série Amazing stories intitulé La mascotte, ...).
Certes, cette abondance de bons sentiments souvent reprochée au cinéaste, que de nombreux détracteurs accusent de faire trop facilement jouer la corde sentimentale des spectateurs dans ses films, est plus que jamais présente dans ce film. Cependant, impossible de penser que Spielberg se fout de nous et qu’il cède à la facilité. Ce cinéaste de l’émotion aime ses personnages et ses histoires, ceci est indéniable, et il filme cette histoire d’amour avec un tact et une grâce rare. Il suffit d’imaginer cette histoire mise en scène par un tâcheron quelconque pour imaginer sans peine ce que cela aurait donner. Dans sa forme, Always est une réussite, pas l’un des meilleurs films de l’impressionnante filmographie du cinéaste, mais un excellent petit film.
Enfin, notons qu’en plus d’une interprétation quasi parfaite, le film permet à Spielberg de faire étalage de toute sa maîtrise des scènes d’actions lors de séquences d’incendies d’une efficacité impressionnante. Comme à son habitude le trop rare Richard Dreyfuss est vraiment excellent et permet grâce à son interprétation la narration parfaite de cette histoire vraiment sympathique et touchante. Une nouvelle démonstration de la large palette cinématographique de Steven Spielberg pour un petit film personnel vraiment très beau et loin d’être lénifiant. Un film simple allant du rire aux larmes pour un réalisateur se débarrassant de ses utopies à la manière de son héros Pete, qui passe soudainement à l’âge adulte et atteint une certaine conscience par sa mort, avant de renaître libre lui et les siens. Un film sur la foi absolue en l’amour à redécouvrir.
Un Spielberg mineur à redécouvrir. Le cinéaste raconte une simple histoire d’amour impossible entre une vivante et un mort avec une grâce et un talent rare. Un très joli film vraiment...
Note du rédacteur: 7.5/10
Note moyenne de la rédaction : 7.00/10