Alan Hakman (Robin Williams) est ce que l'on appelle un "monteur". Dans un monde futuriste mais pas si lointain, toute personne qui le désire et en a les moyens peut se faire implanter ou implanter à ses enfants une puce qui enregistre toute leur vie. A leur mort, les "monteurs" réalisent des films-mémoires pour immortaliser les défunts. Alan Hakman est l'un des meilleurs d'entre eux, le moins affecté par toutes ces vies qu'il voit défiler et qu'il doit monter pour en supprimer tous les côtés sombres. Au cours d'un montage, il se retrouve confronté à son propre passé et commence à se remettre en cause.
C'est à l'occasion du tournage de son documentaire de fin d'études consacré à Beyrouth que Omar Naim s'est interrogé sur les images, leur sens et surtout l'impossibilité de leur objectivité. A travers ce film, il a souhaité pousser son interrogation plus loin car, avant d'être un thriller, comme pourrait le faire croire les bandes-annonces, ce film est avant tout une interrogation sur le souvenir et la mémoire. Ce n'est pas la première fois que le cinéma aborde ce sujet : Dark City, Minority Report, Eternal sunshine of the spotless mind ou encore un film asiatique, dont le titre m'échappe, dans lequel il est donné à des défunts récents, dans une sorte de purgatoire, de choisir le souvenir qu'ils veulent préserver avec eux de leur vie terrestre. Et à chaque fois, force est de constater que le résultat est plutôt réussi.
Exit Madame Doubtfire pour Robin Williams qui, depuis quelques temps (Insomnia, Photo obsession), se complaît dans les rôles inquiétants. Alors que le réalisateur avait plutôt en tête de faire du personnage principal quelqu'un de froid et distant, Robin Williams a su malgré tout y apporter une touche d'humanité et il incarne son rôle avec beaucoup de conviction.
Jeu d'acteurs convaincant et scénario intéressant profitent en outre d'une mise en scène et d'une photographie qui mêlent subtilement éléments futuristes et froids et d'autres beaucoup plus nostalgiques et humains. La musique de Brian Tyler (Emprise, Bubba Ho-tep, Constantine) contribue à apporter une réelle touche de sensibilité à l'ensemble.
Certains regretteront que l'intrigue autour du travail de Hakman sur Charles Bannister, un des fondateurs de la société ayant lancé le phénomène des puces, ne soit pas plus développée. Mais ce film reste d'abord et avant tout une interrogation sur l'image et le souvenir et, en refusant de développer telle ou telle intrigue, Omar Naim fait en sorte que chaque spectateur s'intéresse d'abord à cette question, finalement bien réelle et non cantonnée à la fiction.