Après le succès de BLOOD FEAST, H-G Lewis remet le couvert avec plus de moyens. Un survival un peu avare en gore malgré sa réputation de film-choc. A réserver aux nostalgiques et à tout ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux débuts du cinéma "gore".
Herschell Gordon Lewis, un nom aussi indissociable du cinéma d'horreur que
celui de Romero, Fulci ou Argento. On évoque souvent H-G Lewis lorsque
l'on s'intéresse aux débuts du cinéma "gore". Deux titres de Lewis sortent
alors immédiatement du lot : Blood Feast (1963) et 2000 Maniacs
(1964). Deux films qui, à l'époque de leur sortie, provoquèrent les foudres
des critiques mais furent plébiscités par un public avide de sensations fortes.
Car H-G Lewis, dans ses films, jouent beaucoup avec le voyeurisme du spectateur,
laissant travailler à la fois l'imagination morbide de son public en retardant
les séquences de meurtres, et en comblant l'attente générale par de gros plans
sur les membres ensanglantés ou les corps démembrés. L'impact des premiers films
de H-G Lewis aujourd'hui s'est amoindri (il faut dire que depuis, on en a vue
des vertes et des pas mûres avec les Zombie, BrainDead, Premutos et autres L'Enfer des Zombies!) et la nouvelle génération qui a découvert
le cinéma d'horreur avec les Vendredi 13, les Freddy, les Scream
et consorts, ne retiendront que la pauvreté des décors, l'amateurisme de la
réalisation et la médiocrité du jeu des acteurs.
2000 Maniacs, pourquoi ce titre ? Tout simplement parce que 2000 correspond
au nombre d'habitants d'une petite ville perdue nommée Pleasant Valley et dans
laquelle 6 malheureux touristes vont avoir le malheur d'atterir et d'être invités
à un étrange centenaire. La ville est en effervescence et s'affaire autour des
nouveaux arrivants, quelque peu réticents à l'idée de participer à un centenaire
dont ils ne savent pas grand chose. Ils découvrent rapidement que ce n'est pas
à une fête qu'ils sont conviés, mais à un jeu de massacre dont ils vont faire
les frais...
Le scénario de 2000 Maniacs emprunte quelques éléments du Brigadoon
(1954) de Vincente Minnelli dans l'idée de la ville fêtant son centenaire et
disparaissant ensuite. Du reste, l'histoire se résume aux mises à mort dignes
du théâtre du Grand Guignol des touristes "aiguillés" vers Pleasant
Valley par deux hurluberlus, légèrement attardés sur les bords, de la ville.
H-G Lewis prend tout son temps pour amener des séquences de meurtres plutôt
originales comme celle du "tonneau insolite" (avec des clous plantés
vers l'intérieur), celle de la "Course de Chevaux" (un écartelement
avec quatre chevaux partant dans quatre directions différentes) ou encore celle
du "jeu de lancer" (avec une pauvre victime écrasée par un gros rocher).
La mise en scène de Lewis témoigne à la fois d'un manque évident de moyens
(le budget est estimé à environ $65, 000) et d'un amateurisme à la fois touchant
et frustrant. En effet, il est difficile de ne pas imaginer ne serait-ce qu'une
minute ce qu'aurait pu être 2000 Maniacs avec les moyens actuels. Mais
c'est aussi ce que l'on aurait pu se dire en voyant Massacre à la tronconneuse
(1974) et, à la vision de son remake de 2003 (au demeurant un bon film d'horreur),
on ne peut s'empêcher de reconsidérer la réelle nécessité de faire un remake
(à noter cependant que cela peut être un bon moyen de faire (re)découvrir des
chefs-d'oeuvres d'un cinéma qui n'a jamais vraiment eu bonne presse). Car un film est également le "reflet", en quelque sorte, d'une époque. Avec cette approche, on peut alors concevoir qu'un film comme 2000 Maniacs ou Massacre à la tronçonneuse ne pourrait se faire de la même façon aujourd'hui, quand le cinéma est devenu une industrie juteuse où l'on prend des décisions plus par soucis de rentabilité que de crédibilité artistique.
2000 Maniacs souffre malheureusement de longueurs, meublées par
des dialogues inintéressants et plombés par une mise en scène assez "statique"
(mais c'est également proportionnel aux moyens à disposition) et des
cadrages parfois approximatifs. Et concernant le "gore", il se résume à un
doigt coupé au couteau, un bras tranché à la hache, des membres apperçus brièvement
et... c'est tout. Pour l'amateur de gore d'aujourd'hui, c'est plutôt maigre.
Enfin, le jeu médiocre de certains acteurs (quoique le Maire et les deux nigauds de service semblent se donner à fond dans leurs rôles), pas vraiment flattés par un doublage
en version française horrible, risque également d'en faire déchanter plus d'un.
Reste que 2000 Maniacs est aujourd'hui un film d'horreur - que l'on rangera
du côté des survivals - qu'il faut avoir vu au moins une fois (ce devrait être
amplement suffisant) et qu'il faut absolument replacer dans le contexte de sa
sortie en 1964 pour l'apprécier à sa juste valeur.
Enfin, les amateurs du compositeur Fabio Frizzi risquent d'être quelque peu
surpris d'entendre, à plusieurs reprises, des extraits des partitions de L'Au-delà
de Fulci sur les images du film de H-G Lewis. La partition originale de Lewis
et Wellington a été (honteusement!) remplacée sur le support VHS que nous autres
français avons eu entre les mains. Vous aurez donc droit à des musiques country
(par les "Pleasant Boys" yeah!) et des extraits de la bande-son de
L'Au-delà, ne collant pas vraiment avec les séquences qu'ils sont sensés
illustrer.
Après le succès de BLOOD FEAST, H-G Lewis remet le couvert avec plus de moyens. Un survival un peu avare en gore malgré sa réputation de film-choc. A réserver aux nostalgiques et à tout ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux débuts du cinéma "gore".
Note du rédacteur: 6/10
Note moyenne de la rédaction : 4.50/10