Epreuve périlleuse : reprendre une franchise mise à mal et redonner du baume au coeur à tous les fans du Dark Knight. Pari audatieux : Nolan et Goyer offrent leur propre traitement du personnage mais c'est un défi relevé haut la main. Qu'on se le dise : Batman is back.
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amusant, par ré-animagore88 (Leprechaun à Las Vegas)
Après la mort de ses parents, Bruce Wayne (Christian Bale), hanté par un sentiment de culpabilité et une profonde colère, préfère fuir Gotham et son destin. Alors qu'il est emprisonné au fin fond du continent asiatique, il est repéré par Ducard (Liam Neeson) qui l'introduit auprès de la Ligue des Ombres. Celle-ci va lui enseigner le moyen de maîtriser son plus grand ennemi : sa propre peur. Bruce Wayne, sous la forme de Batman, est désormais prêt à retourner à Gotham City pour rétablir l'ordre et la justice.
Après un Batman et Robin bien loin de l'esprit du Batman originel, tant par la réalisation que par le choix des acteurs - on était alors plus proche du comique que du comics - Christopher Nolan (Memento) et David S. Goyer (scénariste de Dark City, Blade 2 et réalisateur-scénariste sur Blade : Trinity) ont pour dure tâche de relancer une franchise (car l'ambition est clairement affichée dans Batman Begins, il ne s'agit bien que d'un commencement), mais le défi est relevé avec brio sans pour autant retourner aux sources de l'approche burtonienne du mythe (même le thème musical est abandonné).
En effet, l'approche de Nolan et Goyer rompt avec l'univers gothique de Burton, mais aussi de Schumacher, pour une approche plus naturaliste, en ancrant la ville de Gotham dans un environnement urbain qui nous est beaucoup plus familier, de même que ces personnages. En nous en expliquant la genèse (entraînement en arts martiaux, haute technologie militaire développée par la multinationale Wayne), le personnage du Dark Knight perd de son aura quasi-surnaturelle, les némésis aussi perdent de leur superbe : l'Epouvantail par exemple (Cillian Murphy (28 jours plus tard), auditionné dans un premier temps pour incarner Batman) est loin des personnages hauts en couleurs du Joker, du Pinguoin ou encore de Catwoman. Si le métrage gagne en violence et en réalisme, certains regretteront sans doute l'aspect onirique des premiers Batman (même si, comme le soulignaient nos confrères de Mad Movies, les films de Burton étaient plus des films de monstres que des films de superhéros) et surtout le fait que Nolan et Goyer ne respectent pas l'histoire de Batman telle qu'elle nous avait été présentée sur le grand écran en 1989 : en effet, dans Batman Begins, le Joker n'est vraisemblablement pour rien dans le meurtre des époux Wayne. Si la cohérence n'est pas de mise dans le traitement de Batman sur support papier, elle apparaît ici plus problématique.
Les 45 premières minutes du film, à l'instar de Spider-Man, nous présente donc Bruce Wayne sur la voie de devenir Batman, à travers toutes ses séances d'entraînement auprès de Ducard, dans un cadre naturel de haute montagne à couper le souffle. Avec la déferlante Star Wars, la présence de Liam Neeson en tant que mentor de Christian Bale ne manquera pas de rappeler les scènes analogues que l'on retrouve dans la saga de George Lucas, à la différence près qu'il n'y a pas de sabre laser ici. La blancheur immaculée censée représenter le monde du Bien qu'entend défendre la Ligue des Ombres se révèle finalement aussi hostile que l'obscurité de Gotham City et des rues étroites du quartier populaire des Narrows.
A son retour à Gotham, Bruce tente, tant bien que mal, avec les conseils avisés d'Alfred (Michael Cane) de retrouver une vie mondaine à même de cacher ses activités nocturnes. Quant à son équipement, il l'obtiendra auprès de Lucius Fox (Morgan Freeman) qui travaille pour la société Wayne. Exit la batmobile au profit d'un véhicule militaire hight tech tout terrain. L'obsession de Bruce pour les chauves-souris, qui nous est expliquée depuis le début du métrage, va enfin pouvoir trouver son expression pleine et entière. La lutte contre le crime menée par Batman ne donne pas lieu aux débordements des films de Burton ou de Schumacher : elle est plus sobre mais elle nous réserve des scènes de poursuite particulièrement efficaces mais aussi certains plans magnifiques, notamment la descente de Batman dans les bâtiments d'Arkham Asylum, entouré de milliers de chauves-souris. Nolan ne révolutionne pas la mise en scène mais il maîtrise le langage cinématographique pour le mettre au service d'un film d'action entrecoupé de scènes plus intimistes, avec des dialogues parfois empreints d'humour, toujours à propos. On pourra regretter cependant le caractère trop propre et trop nerveux des affrontement entre le Caped Cruisader et les bad guys car, même si les attaques de Batman sont furtives, le spectateur aimerait en voir plus car la nervosité de la réalisation nuit parfois à la violence de certaines scènes (le sang ne coule que très peu) alors que toute l'atmosphère du métrage, soutenue par la photographie de Wally Pfister (qui a déjà travaillé avec Nolan sur Memento) est particulièrement lourde et sombre (cf. les attaques des chauves-souris, le masque du Scarecrow). La panique qui s'empare des Narrows en fin de métrage et le combat contre le véritable méchant du film manquent de force, même si là encore une scène au cours de laquelle Batman croule sous les assaillants est digne d'un film de zombies à la Romero.
Ajoutez à une réalisation efficace, sans temps morts, et à un héros charismatique (auquel le spectateur peut d'autant plus s'identifier qu'il a été démystifié), une pléthore d'acteurs de qualité et la musique de Hans Zimmer et James Newton Howard, et vous obtenez un film de très bonne facture. Ne reste plus qu'à éliminer certains poncifs du genre (cf. l'histoire d'amour impossible) et à y ajouter un adversaire digne de ce nom, et on ne sera pas loin de l'excellence.
Anecdote : plutôt que retourner à la source de Batman, les producteurs avaient dans un premier temps pensé à un film traitant d'un Batman vieillissant. Clint Eastwood se vit proposer de réaliser ce film et de se vêtir de la cape du superhéros mais il déclina l'offre.
Epreuve périlleuse : reprendre une franchise mise à mal et redonner du baume au coeur à tous les fans du Dark Knight. Pari audatieux : Nolan et Goyer offrent leur propre traitement du personnage mais c'est un défi relevé haut la main. Qu'on se le dise : Batman is back.
Note du rédacteur: 9/10
Note moyenne de la rédaction : 7.88/10