Un film imparfait dans le fond, mais beaucoup plus réussi dans la forme. Cette histoire de médecin redécouvrant progressivement son identité et un fond d’humanité en assouvissant ses bas instincts aurait mérité un film qui ose d’avantage. Dommage.
Le docteur Fausto, chirurgien spécialiste des malades en phase terminale se rend à une convention de médecine dans une grande ville. A son arrivée, il rencontre Santos, un individu étrange qui dit avoir été l’un de ses anciens patients. Fausto l’aurait déclaré condamné 8 ans auparavant et lui aurait retiré l’estomac sans espoir de guérison. Aujourd’hui miraculeusement en parfaite santé, Santos va bouleverser la vie du taciturne médecin en devenant de plus envahissant....
A l’origine, la troupe Madrilène « La Fura del Baus » (Carlos Padrissa et Alex Olle) a crée autour du mythe de Faust une pièce de théatre intitulée Fausto 3.0, puis un opéra intitulé Fausto 4.0. La troisième déclinaison de cette histoire qui nous intéresse ici directement, est donc la transposition pour le grand écran. Ainsi, à nos deux compère va s’ajouter un professionnel de la réalisation, Isidro Ortiz, spécialiste de la télévision et de publicité.
Ce qui frappe d’emblée dans Fausto 5.0, est la manière dont la société dans laquelle évoluent les personnages est présentée. Une Espagne urbaine, décalée, noire et déprimante illustrée par des couleurs ternes et froides témoins d’un univers en décadence. Des bandes errent dans les rues en compagnie de clochards dans cette ville qui semble au bord du gouffre. Cette froideur est d’ailleurs relayé par le personnage principal, le docteur Fausto, dont la vie n’a rien de palpitant et qui semble dénué de toute émotion, ce qui ne le rend pas très sympathique. Habitué à cotoyer la mort quotidiennement de par ses patients, tous en phase terminale, celui-ci paraît être lui aussi à moitié mort. Sa part d’originalité et d’humanité ayant progressivement été aspirés par la conception d’une médecine qui ne conduit qu’à la mort. Ainsi, lui comme la ville dans laquelle il se rend, semblent être infectés par un mal étrange.
Beaucoup plus sympathique et attirant est en revanche le personnage de Santos, sorte de diable tentateur, dont on ne sait que peu de chose sur son rôle réel et sur la signification de ses agissements. Sorti de nulle part, celui-ci propose très vite à Fausto son aide pour tout un tas de petits services allant du plus anodin (un transport en voiture) au plus tentateur et malsain (la fille qui est envoyée dans la chambre du médecin et qui s’avèrera être la propre fille de Santos). Ce tentateur va donc amener Fausto à se redécouvrir et à assouvir ses fantasmes les plus inavouables. Librement adaptée de l’histoire du Faust de Goethe, le film illustre ainsi le combat entre l’homme et le mal, les conséquences de cette lutte et la nécessité de connaître ses limites. Ici, la perte de raison progressive de Fausto signifiant son « pacte » passé avec le diable. Ainsi, celui-ci va transgresser les règles et la morale en échange de son âme (ici sa raison). Sur ce postulat de base, et d’après le commencement du film, on peut donc s’attendre à la naissance d’une nouvelle personnalité révèlée pour Fausto, et à un authentique pétage de plomb donnant lieu à des scènes des plus réjouissantes. Et c’est justement là où le film va trouver ses limites...
En réalisant les désirs de Fausto, Santos va agir comme un révélateur pour que ce dernier profite de la vie et de ses plaisirs. Cependant, la suite de péripéties imaginées par les réalisateurs va peiner à faire décoller l’intérêt du spectateur. Non pas par manque d’ambition, mais plutôt en n’osant pas aller trop loin. Ortiz et sa bande jouent la carte de l’étrange et de l’ambiance malsaine et dérangeante, mais justement sans trop nous bousculer. En se libérant, Fausto n’ira pas beaucoup plus loin que casser quelques vases précieux, sauter sur un canapé et faire l’amour à une jeune fille (mais dont le jeune âge n’est que suggéré) consentante. Un pétage de plomb assez consensuel et contrôlé qui est donc loin d’illustrer les basses envies d’un homme qui peut soudainement jouir de tous les pouvoirs et aller au-delà de la morale (ce qui me semble quand même être le sujet du film) ...
Par manque d’objectifs assez définis, et par un scénario qui n’explore pas suffisamment les pistes les plus intéressantes du récit, les réalisateurs ne parviennent pas à véritablement réussir totalement leur coup. Par ailleurs, le final est totalement obscur et on a du mal à comprendre le but réel de Santos dans cette histoire. Celui-ci devenant lors de la dernière scène une espèce d’ange gardien qui permet au docteur de nouer une histoire avec la femme qu’il aime avant de « laisser la place » et de disparaître. Un final vraiment pas clair du tout sur son sens et qui fait disparaître le personnage le plus intéressant du film d’une façon qui semble en totale opposition avec ses supposées motivations...
De nombreux défauts qui font donc que le film paraît inabouti dans ses ambitions et par rapport à ce qu’il aurait pu être. Cependant, sans être une réussite totale Fausto 5.0 est tout de même digne d’intérêt. Il fait partie de cette récente vague de cinéma fantastique hispanique amorcé par Alex de la Iglesia au milieu des années 90 et dont les meilleurs artisans sont Alejandro Amenabar, Jaume Balaguero ou les jeunes cinéastes issus de la Fantastic factory de Brian Yuzna , réinstallant ainsi le genre en Europe comme il le fût il y a près de 25 ans en Italie. En revanche, sans être révolutionnaire, le film laisse une trace grâce à sa bizarrerie et l’étrangeté qui ressort du métrage. Visuellement les cinéastes réussissent leur pari et plusieurs scènes décalées donnent du corps à l'ensemble (le chien qui dévore les entrailles de Fausto, l’étrange atmosphère et la réaction des autres médecins lors de la convention, l’insistance inquiétante du personnage de Santos). Autant de scènes qui donnent l’impression que le métrage commence à trouver sa voie sans jamais réellement y parvenir. La paternité partagée du film ayant probablement soulignée d’avantage ces défauts et un manque d’identité, une réelle vision d’auteur.
Un film qui, à l’image du personnage principal, se cherche sans jamais aller trop loin dans la transgression. Des défauts qui malgré eux ne nous dispensent pas de découvrir ce film vraiment étrange qui saura par son étrange atmosphère en captiver plus d’un. Notons enfin, que le film sortit dans un quasi anonymat en dépit du Grand Prix remporté au festival de Gérardmer en 2002. Une récompense un peu trop lourde à porter pour un film, certes original mais qui n’est pas franchement une totale réussite. Un prix qui est même apparut comme totalement injuste lorsque l’on sait que le concurrent direct qui n’a obtenu que le Prix spécial du Jury (et tout un tas d’autres récompenses) n’est autre que le chef-d’oeuvre de Guillermo Del Toro : L'échine du diable. Comme quoi un Grand Prix pas franchement mérité ne rend pas service au film, tant la déception générée peut être grande...
Un film imparfait dans le fond, mais beaucoup plus réussi dans la forme. Cette histoire de médecin redécouvrant progressivement son identité et un fond d’humanité en assouvissant ses bas instincts aurait mérité un film qui ose d’avantage. Dommage.
Note du rédacteur: 6/10
Note moyenne de la rédaction : 6.00/10