Le Frères Grimm de Terry Gilliam partait sur de mauvaises bases : en juin 2004, le montage du film est quasiment achevé quand le studio fait part de ses désaccords à Gilliam. Ce dernier décide alors de laisser Les frères Grimm de côté pour tourner Tideland. Le studio cède finalement : Gilliam revient aux Frères Grimm plusieurs mois après.
Pourtant, si la démarche de Gilliam était créative, elle était aussi (et avant tout ?) commerciale : après leurs déboires sur Don Quichotte, Gilliam et Johnny Depp s’étaient entendus, l’un pour réaliser un film commercial, l’autre pour jouer dans un film commercial, et ainsi récolter suffisamment de fonds pour relancer Don Quichotte. Pour Johnny Depp, le résultat avec Pirates des Carraibes– La malédiction du Blackpearl fut des plus réussis ; pour Gilliam, la tâche fut plus ardue dans la mesure où la Gilliam touch y perd toute sa saveur.
Il serait faux de dire que Gilliam s’est totalement perverti avec ce film. Il y a certes des éléments qui nous rappellent son univers et celui des Monty Python, avec ses bad guys un peu délurés et surtout les apparitions de la vieille mégère. Pour le reste, c'est visuellement beau mais émotionnellement creux.
Dommage car le monde des contes se prêtait plus qu’aucun autre à nous replonger dans notre enfance et à retrouver notre âme d’alors. Les références y sont accumulées – Blanche-Neige, La Belle au Bois Dormant, Hansel et Gretel, Le Bonhomme de Pain d’épice, Le Petit Chaperon Rouge – mais plus sous la forme du catalogue que de la nostalgie. Si le spectateur se plaît à reconnaître telle ou telle allusion, il ne s’en émeut pas pour autant.
Sous toutes ces références qui n’apportent réellement rien à l’intrigue – si ce n’est qu’une partie du monde des Frères Grimm n’a pas été créée mais simplement retranscrite (à condition d’y croire, bien entendu) – la trame principale peine à faire son chemin et à trouver son propre rythme et intérêt, d’autant plus que la reine-sorcière cherchant à retrouver l’immortalité et sa beauté d’antan est incarnée par Monica Bellucci, qui n’est décidément qu’une caricature d’elle-même.
L’humour décalé et délirant, marque de fabrique des Monty Python, se retrouve dans certaines scènes, grâce notamment à l’interprétation de Peter Stormare, mais il fait bien trop souvent place à un humour potache et aux beaux sentiments estampillés Hollywood. Au final, alors que la bande-annonce nous vendait un film sombre, on se dit qu'on est bien loin d'un Sleepy Hollow
Niveau casting, le réalisateur aurait dû rester sur son premier choix et faire en sorte que Matt Damon interprète, non pas Wilhelm, mais Jacob (c'est sur demande de Matt Damon et Heath Ledger que Gilliam a accepté d’inverser les rôles), car la prestation de Matt Damon écrase celle des autres et plutôt que de voir Wilhelm Grimm, on ne voit que Matt Damon interpréter un rôle, celui de Wilhelm Grimm. Terry Gilliam n’avait sans doute aucune prétention historique mais le titre du film portait sciemment à confusion.
Rien à dire par contre au niveau de la photographie ou encore des effets spéciaux, mais encore une fois, cela fait trop professionnel pour être sincère.
Réalisé par un autre que Terry Gilliam pour un résultat similaire, la frustration chez le spectateur aurait été moindre mais pour le coup, Terry Gilliam nous livre sans doute son film le plus fade et le moins ambitieux. Impératif commercial, oblige ?