Sympathique petite série B présentant quelques effets sanglants mais insistant avant tout sur l’ambiance et l’aspect conte d’épouvante. Un film qui demeure encore sympathique près de vingt ans après sa réalisation en dépit de certains effets visuels dépassés et d’une durée relativement courte.
Un couple de voyageur antipathique accompagné de leur fille se perd un soir d’orage en pleine forêt. Apercevant un manoir ils se réfugient dans celui-ci et découvrent qu’il appartient à un couple de vieillards hospitaliers dont l’homme est un fabriquant de poupées. Bientôt de nouveaux venus égarés aux aussi viendront trouver refuse dans le manoir. Cette « nuit la plus longue du monde » ne préservera que les adultes ayant su garder leur âme d’enfant. Pour les autres commence une nuit d’angoisse durant laquelle les poupées prennent vie…
Produit par Brian Yuzna et Charles Band, Dolls marque la fin de l’âge d’or du début de carrière fulgurant de Stuart Gordon. En effet, en 1985 le cinéaste nous assène son Ré-animator qui sortit de nulle part crée l’évènement et promet la naissance d’un cinéaste de la trempe d’un Sam Raimi, d’un Tobe Hooper (qui a à l’époque encore la confiance des studios) ou d’un George A. Romero. Sa persévérance dans l’adaptation personnelle de l’univers de Lovecraft se poursuivra l’année suivante avec l’inégal mais souvent jouissif From Beyond. En 1987, tout le monde attend donc de pied ferme la nouvelle collaboration Gordon / Yuzna / Band : Dolls. Partant d’un scénario classique, le cinéaste va donc livrer une petite perle de série B amoureuse et respectueuse du genre en associant le merveilleux à l’épouvante traditionnelle. Ici point de débauche d’effets gores, de mutations organiques ou d’effets sanguinolents mais l’installation d’une atmosphère de conte qui peut s’adresser à un jeune public en dépit de la noirceur et de la cruauté du sujet.
Les personnages pour la plupart antipathiques (et dont ne survivrons que les plus attachants) sont donc poussé dans cet univers des terreurs de l’enfance et de ces poupées dotés d’une vie propre qui chuchotent dans la pénombre et échafaudent de cruels dessins envers ceux qui ont définitivement basculés dans la rationalité de la vie d’adulte. Un univers contrôlé par d’inoffensifs petits vieux qui changeront de comportement au grée des personnages qu’ils rencontrent, tour à tour d’inoffensifs et attachants à inquiétants et désaxés notoires, lorsque la femme (campée par Hilary Mason vue entre autre dans Ne vous retournez pas de Nicholas Roeg) promène ses poupées dans un berceau le long des sombres couloirs de la maison.
Une fois cette ambiance plutôt réussie et atypique installée commence le massacre et les meurtres des personnages qui réagiront violemment à la prise de vie des poupées. Des meurtres qui amusent plus qu’ils n’effraient et qui finissent par la transformation des victimes en poupées. Une vengeance enfantine donc contre le monde adulte à l’image de cette séquence fantasmée par la gamine dans laquelle son ours en peluche jetée dans la forêt revient se venger des parents en devenant haut de plusieurs mètres et aux griffes et dents acérées. Une punition toujours en réflexe à un mauvais acte des adultes qui apparaît comme une réaction infantile mais cruelle.
Aussi en dépit d’une trame simpliste et de personnages trop caricaturaux (les deux filles), le film parvient à distiller une impression de fable et de conte noir des plus réjouissante qui n’est pas sans rappeler certains classiques des Grimm ou d’Andersen. Aussi l’âge de l’enfance représenté par le personnage de la petite fille n’idéalise pas cette période et préserve les nombreuses zones d’ombre et de noirceur de cet âge.
Petite série B sans prétention aux faibles moyens, Dolls est habilement mis en scène par Stuart Gordon et est doté d’une très bonne composition de Victor Spiegel. Point faible certains effets visuels pas toujours réussi et qui ont pris un terrible coup de vieux qui sont cependant compensés par d’inventives scènes de meurtres et par une photographie magnifique qui donne un aspect visuel particulièrement satisfaisant ) à l’ensemble.
En plaçant ces poupées maléfiques sur leur propre terrain (un vieux manoir perdu dans la forêt), Gordon tranche avec les films de ce genre que nous avions déjà vu et renoue avec un certain classicisme des plus agréable bien différent par exemple du slasher de Tom Holland sorti peu de temps après, Jeu d'Enfant qui consacrera la plus célèbre poupée tueuse de l’histoire du cinéma : Chucky.
Ici, le mal n’habite pas les lieux. Les intrus sont les adultes qui ont perdu toute illusion de l’enfance et qui envahissent ce monde, les poupées reprenant alors progressivement leur place.
Une sympathique petite série B donc, qui présente quelques effets sanglants mais insiste avant tout sur l’ambiance et l’aspect conte d’épouvante. Une optique évidente pour un cinéaste qui voulait montrer qu’il savait raconter une histoire sans prendre le gore comme axe principal. L’idée de ce manoir emprisonnant le mal personnifié par tout ce qu’il y a de plus mauvais chez l’adulte sous forme de poupées semble être la vision fantasmé d’un enfant (peut-être la jeune fille) qui commence au moment ou l’ours attaque les parents. Un exutoire salvateur au terme duquel la jeune héroïne après avoir échangé son père et sa belle-mère contre un père plus compréhensif quitte le manoir en attendant avec impatience les prochaines vacances pour pouvoir revenir en ce lieu…
Stuart Gordon décidera à la suite de se tourner vers l’ambitieux Robotjox - les gladiateurs de l'apocalypse qui malheureusement sera miné par une production désastreuse qui s’étalera sur plusieurs années et des moyens largement insuffisant au sujet. Restera un nanard grotesque qui marquera la fin de la collaboration du réalisateur avec la compagnie Empire de Charles Band et qui ternira fortement la réputation de Stuart Gordon. La suite de sa carrière ne sera plus jamais aussi flamboyante qu’à l’époque de Ré-animator et le cinéaste enchaînera des films plus ou moins bons et parfois inédits en France. Il faudra attendre son retour à l’horreur pure et à Lovecraft pour retrouver un Gordon en pleine possession de ses moyens avec Dagon produit par son compère Brian Yuzna pour le compte de la Fantastic Factory en 2001.
Sympathique petite série B présentant quelques effets sanglants mais insistant avant tout sur l’ambiance et l’aspect conte d’épouvante. Un film qui demeure encore sympathique près de vingt ans après sa réalisation en dépit de certains effets visuels dépassés et d’une durée relativement courte.
Note du rédacteur: 6.5/10
Note moyenne de la rédaction : 6.50/10