Un tueur en série tue en mutilant atrocement ses victimes, toutes de jeunes
et jolies jeunes femmes. Le meurtrier n'en reste pas là et n'hésite pas à narguer
la police avec d'étranges appels téléphoniques au cours desquels il déforme
sa voix tel un canard. Le lieutenant Fred Williams (Jack Hedley) mène l'enquête
et décide de faire appel à un spécialiste pour étudier la personnalité du tueur,
le Dr. Paul Davis (Paolo Malco). Celui que l'on surnomme désormais l'Eventreur
de New York reste insaisissable...
Nous sommes en 1982 et Lucio Fulci a déjà derrière lui ses plus belles réussites
: L'Enfer des Zombies, L'Au-delà, La Maison près du Cimetière...
Il rédige le scénario de L'Eventreur de New York avec Gianfranco Clerici
(Apocalypse dans l'Océan Rouge, Cannibal Holocaust, Delirium
entre autres), Vincenzo Mannino (La Maison au fond du parc, Murderock,
Atlantis Inferno) et un autre spécialiste de l'horreur à l'italienne,
Dardano Sachetti (La Baie Sanglante, L'Enfer des Zombies, Demons...).
La production est assurée par Fabrizio De Angelis (L'Enfer des Zombies,
Zombi Holocaust, Ratman...). Le directeur de la photographie s'est
déjà illustré avec brio sur Du sang pour Dracula, Chair pour Frankenstein
ou encore Les Frissons de l'Angoisse. Du beau monde mais manque
- hélas - à l'appel le compositeur Fabio Frizzi, remplacé par le non moins prolifique Francesco
De Masi.
L'Eventreur de New York ne déroge pas aux grandes règles du giallo
avec son assassin adepte de l'arme blanche, ou encore l'usage d'un leitmotiv
permettant à l'assassin de passer à l'acte (lorsqu'il tue ou appelle la police,
il prend une voix de canard - au passage, la VF vaut son pesant de cacahuètes
rien que pour l'entendre!). Fulci brouille les pistes et utilise quelques ficelles
classiques du giallo pour faire douter le spectateur sur l'idendité du meurtrier
(le choix est cependant assez restreint et les habitués du genre auront tôt
fait de trouver le coupable). Si un réalisateur comme Dario Argento reste assez
soft dans la description des meurtres (voir ceux de L'Oiseau au plumage
de Cristal ou Le Chat à Neuf Queues), le réalisateur de L'Enfer
des Zombies ne pouvait passer à côté de ce qui a contribué à faire de lui
le roi du gore à l'italienne : des meurtres sanglants, avec gros plans à l'appui
sur les mutilations subies par les victimes. Attention, L'Eventreur de New
York est quand même assez loin d'atteindre le niveau de Frayeurs
ou de L'Au-delà sur les scènes gores.
Lucio Fulci introduit également dans son film une dose sévère d'érotisme.
Le sexe tient une place importante dans le film et le fait que les victimes
sont toutes des femmes évoque naturellement la mysoginie (des personnages, du
réalisateur...). De ce côté, tout dépend des points de vue de chacun (la révélation
finale démontre, selon moi, qu'il n'est nullement question de mysoginie). Alors,
Fulci nous offrerait-il du sexe gratuit ? Pas vraiment puisque chaque personnage
du film est approché, à un moment, sur un aspect de sa sexualité (le policier
qui couche avec une prostituée, le psychologue qui achète un magazine gay, le
couple de libertins...). C'est un aspect intéressant du film à traiter mais
je laisse le lecteur se forger sa propre opinion à ce sujet.
Sans atteindre la qualité des gialli d'Argento, L'Eventreur de New York
remplit plutôt bien son contrat. Fulci s'applique à rendre ses personnages,
les situations et les meurtres le plus réaliste possible, sans ménager son spectateur
avec des meurtres sanglants et sadiques (le tueur poignarde systématiquement
les femmes là où... ça doit pas faire du bien!). La bande-son, sans être exceptionnelle,
accompagne relativement bien les images de Fulci. Le whodunit laisse
cependant un peu le spectateur sur sa faim (Fulci laisse un peu trop d'indices
- selon moi - sur l'identité du tueur). Un Fulci à (re)découvrir.