Après un Dog Soldiers un peu bourrin aux scènes gore jouissives, place à la terreur pure et viscérale pour Neil Marshall. Exit tout second degré dans ce survival qui renoue d’emblée avec les grands films du genre des années 1970.
La structure narrative, somme toute assez classique, se révèle bougrement efficace. Neil Marshall ne nous plonge pas directement dans l’horreur et prend le temps d’installer ses personnages (avec un casting entièrement féminin, ce qui pour le coup est innovant et des plus judicieux). Pourtant, dès les cinq premières minutes du film, le décor est dressé : l’accident de voiture qui coûtera la vie au mari et à la fille de Sarah se montre particulièrement violent et saignant. Dès cette scène de l’accident apparaît un des autres points forts du film : le montage. Le rythme n’est pas saccadé, les scènes prennent le temps de se structurer devant l’objectif.

Admise à l’hôpital, Sarah erre dans les couloirs, désespérée, à la recherche de sa fille : les lumières s’éteignent alors progressivement ; elle a beau fuir, la pénombre la rattrape. C'est le début de la descente pour Sarah…
Un an plus tard, départ pour les Appalaches, les grands espaces. Une entrée en matière qui nous rappelle celle de Délivrance. Les filles prennent du bon temps avant leur expédition souterraine mais le spectateur sait que cette insouciance (même si apparaît toujours en filigrane le traumatisme de Sarah et les sujets tabous inhérents) n’est qu’un prologue à une véritable plongée en enfer et d’emblée, il se prend d’empathie, et de pitié, pour toutes ces jeunes femmes qui vont subir les pires souffrances.
Le cadre des grottes et cavernes est des plus appropriés pour un film d’horreur et il est même étonnant que celui-ci n’ait pas été plus exploité à ce jour. Car dans les entrailles terrestres – et le terme entrailles se justifie parfaitement ici tant ces décors paraissent organiques – sont propices à une obscurité totale, sans artifices. Il faut ici saluer la performance du chef opérateur, Simon Bowles, puisqu’aucun de ces décors, pourtant criants de vérité, n’est naturel. Et seuls six décors auront été nécessaires pour recréer cet univers souterrain, en y apportant ici ou là des modifications mineures (humidité, poussière, stalactites ou stalagmites supplémentaires…) et en utilisant judicieusement les éclairages. Eclairages, eux, 100 % naturels : torches, briquet, fumigènes, bâtons fluorescents…

La tension est déjà à son comble avant l’entrée en scène des crawlers : peur du vide, de la noyade, claustrophobie… La tension éclate entre les protagonistes lorsqu’un éboulement leur interdit tout retour en arrière.
Après 45 minutes, cerise sur le gâteau avec l’apparition des crawlers et la plongée dans l’horreur. Paul Hyett, responsable du maquillage, a réalisé un joli travail : les crawlers, mélanges improbables entre un golum et le Graig de Creep, dont l’apparence fut cachée aux actrices jusqu'au moment ultime de leur confrontation, sont particulièrement convaincants et effrayants.
L’utilisation du Cinémascope permet en outre des plans larges dans lesquels les protagonistes sont enveloppées dans une obscurité où le danger guette. Plutôt que de tout montrer, Neil Marshall préfère le mystère et d’ailleurs le spectateur en a suffisamment vu pour ne pas souhaiter que toute la lumière soit faite sur ce qui les entoure. L’utilisation d’un caméscope à infrarouges embarquées par l’une des protagonistes donne lieu à de réelles scènes d’angoisse

Le montage se fait plus nerveux lors des attaques, un choix qui ne fait qu’ajouter à leur violence et à la confusion. Neil Marshall ne lésine pas sur les effets sanglants : fracture ouverte, scènes de cannibalisme, empalement, plongée dans un bain de sang et d’abats… à la limite de l’écoeurant par moments.

Confrontées à la violence animale, une seule issue pour survivre : retrouver sa part d’animalité. La métamorphose de Sarah est la plus impressionnante, retrouvant presque le stade néandertalien dans cette scène la montrant un os dans une main et une torche improvisée dans l’autre. D’autres scènes prennent aussi des allures de peintures de l’Enfer, crawlers et survivantes semblant prendre la pose dans des scènes qui, une fois encore, prennent le temps de prendre vie.
Après une telle descente, une telle régression, aucune rémission n’est possible : le film s’achève dans un refus du happy end, soutenu par le score éprouvant de David Julyan.